LE PRINCE THOMAS A LE TELLIER. — EXTRAIT
15 janvier 1643.
Le remède que Ton peut apporter pour les moulins de Tortone c'est d'en faire faire quantité à bras et à cheval, et ordonner aux bourgeois de s'en pourvoir. Car, dès que les moulins seront accommodés (réparés), ils retourneront les rompre jusqu'à ce qu'ils voient que l'on pourra s'en passer.
LETTRE DU ROI A LE TELLIER. — EXTRAIT
15 janvier 1643.
Monsieur Le Tellier, je vous dirai qu'ayant reconnu que les enseignes sont fort inutiles dans les compagnies d'infanterie, même que dans les nouveaux régimens plusieurs capitaines n'en ont point, ou qu'ils y mettent des gens qui dépendent d'eux pour en tirer les appointemens, j'ai résolu de ne garder en chaque régiment d'infanterie que deux enseignes, l'un à la compagnie colonelle, aux régimens à drapeau blanc, l'autre en la compagnie mestre de camp; et aux autres régimens, l'un en la compagnie du mestre de camp et l'autre en celle du premier capitaine. Ecrit à Saint-Germain-en- Laye, le 15 janvier 1643.
Signé : Louis, et plus bas, Sublet.
MAZARIN A LE TELLIER. — EXTRAIT
Monsieur, j'ai reçu votre dépêche du premier de cette année avec l'état des dépenses qu'il faut faire pour les recrues de l'armée d'Italie ; mais comme j'avois déjà \u tous les papiers que vous avez envoyés à M. Des Noyers, je n'avois pas attendu jusqu'à la réception de ladite vôtre à me prévaloir de cette occasion pour faire connoître de plus en plus à Sa Majesté le zèle, intelligence et affection avec laquelle vous servez, et vous prie de vous assurer que je m'emploierai avec joie en toutes les rencontres qui se présenteront pour votre service. Sur quoi j'ai déjà fort entretenu M. le duc de Longueville et M. Du Plessis; et, ayant appris du premier la grâce que vous souhaiterez de Sa Majesté, je n'omettrai lien de tout ce qui pourra dépendre de moi pour vous la faire obtenir.
Je vous dirai en confidence et ne le ferez, s'il vous plaît, savoir à personne hors M. d'Aiguebonne, que l'on a donné tous les ordres nécessaires pour faire passer promptement en Italie le régiment des Galères au nombre de douze cens hommes, et, pour cet effet, M. de Tavannes qui le commande est déjà parti d'ici et attendra à Antibes où ledit régiment est, ce que lui écrira M. Damontot qui a ordre de faire instance à la république pour le passage d'icelui régiment, ayant été jugé plus à propos de l'envoyer par mer, afin que les soldats ne se débandent, et qu'ils arrivent avec plus de commodité et de diligence.
270 23-29 JANVIER KiiS.
DES KOYERS A LE TELLIER
23 janvier 164Î.
Monsieur, pour éviter la longueur des dépêches , j( vous ferai savoir les instructions du roi, à mesun qu il y aura quelque article résolu , ce sera autant de fait. M. Talon arriva hier au soir, et ce matin on a résolu au conseil trois ou quatre des principaux articles de ce que portoient ces dépêches.
Premièrement, que le roi donnera trois mille mousquets et autant de bandoUiers à son infanterie de Piémont, et les ordres vous seront portés en temps et heure.
Secondement, Sa Majesté ayant considéré ce qui a été représenté par ledit Talon, elle a résolu d'augmenter les recrues de chaque compagnie de cavalerie de mille livres pour, avec les trois, faire quatre mille livres pour chacune.
Troisièmement, que l'on donnera une paire de souliers à chaque soldat et une paire de has.
Vous avez maintenant reçu soixante mille livres pour envoyer à Tortone et y employer au ravitaillement de la place. Mandez-moi, s'il vous plaît, jusques où cela ira afin que sur cela nous prenions nos mesures.
Le reste à une autre fois et me croyez, etc....
LETTRE DU ROI A LE TELLIER. — EXTRAIT
29 janvier 1643.
J'aurois été bien aise de faire remettre le fonds des recrues ès-mains des officiers de ma sœur. Mais étant nécessaire pour l'ordre des finances que les trésoriers
françois rapportent les acquits et décharges en bonne forme des paiemens qu'ils font, et qu'ils fassent aparoir de la distribution d'iceux, par le menu, je désire que les fonds desdites recrues soient désormais fournis par les commis du Trésorier de l'extraordinaire des guerres à chacun des capitaines desdites troupes qui seront préalablement avertis de les venir toucher. Pour faire qu'il n'y ait aucune difficulté ni retardement à les leur délivrer, et afin aussi qu'il ne se fasse rien en cela dont ma sœur n'ait connoissance, mon intention est que ces paiemens soient faits en présence de tels de ses officiers qu'elle voudra ordonner pour y assister, n'ayant autre dessein en l'établissement de cet ordre, sinon que ma sœur et mon neveu le duc de Savoie en soient mieux servis, comme je n'ai commencé et ne continue à présent cette dépense que pour leur considération; ce çiue vous avez a faire entendre à ma sœur et à ses ministres avec le sieur d'Aiguebonne, en sorte qu'il n'y arrive point de difficulté et qu'il ne leur en demeure aucun dégoût, s'il est possible.
Je vous ai adressé par le sieur Gouteri vingt commissions pour la cavalerie de mondit cousin, afin d'être remplies des noms des capitaines qu'il voudra choisir, et pour faire qu'il n'arrive en cela aucune difficulté, s'il est" possible, vous aurez avec le sieur d'Aiguebonne à faire connoître à mondit cousin que mon dessein n'est que d'empêcher la jalousie que peut avoir ma sœur de voir, sous l'autorité particulière de mondit cousin, un si grand corps de cavalerie. Que néanmoins, s'il y faisoit tant de difficultés que vous ne les puissiez vaincre, sans lui donner de la mauvaise satisfaction, je n'entends pas qile vous passiez outre, ni que vous l'en pressiez, après vos premières instances, jusqu'à ce que, sur l'avis que vous me donnerez
de la réponse qu'il vous aura rendue sur ce sujet, vous ayez mes ordres plus exprès de ce que vous aurez à faire. Comme il pourra s'offrir diverses occasions en portant plus avant les desseins commencés dans le Milanais où l'on aura besoin de l'assistance des Génois, je désire que vous établissiez correspondance avec le sieur Damontot, résidant pour mon service à Gènes, et que, dès à présent, vous lui écriviez afin qu'il fasse instance pour retirer des hôpitaux de l'état de Gênes, les soldats qui ont été contraints d'y chercher refuge.
En conformité de quoi, il lui donnera ordre de s'employer à cet effet de ma part, comme en tout ce qui s'offrira pour le bien de mes affaires et de mon service, sur les avis que vous lui en pourrez donner.
La satisfaction que j'ai des services du sieur colonel Monti et l'estime que je fais de sa personne, m'obligeant à lui en donner des témoignages particuliers, je vous adresse une lettre que je lui écris pour cet effet, laïuelle vous lui rendrez de ma part, et y ajouterez toutes les assurances que vous estimerez à propos de lui donner de ma bonne volonté. C'est ce que je vous dirai par cette lettre, priant Dieu, etc....
Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 29 janvier 1643. Signé : Louis, et plus bas, Sublet.
MAZARIN A LE TELLIER
30 janvier 1643.
Monsieur, pour réponse à vos lettres dont la dernière est du 19 courant, j'ai peu de chose à vous dire, vous ayant fait une ample dépêche, la semaine dernière passée, et ayant donné avis des grands soins qu'on apporte ici pour la conservation de Tortone, ainsi que
30 JANVIER ia43. 273
VOUS aurez pu voir par madite dépêche, par celle de M. Des Noyers et par les ordres qu'on a donnés de tous côtés pour renforcer au plus tôt l'armée d'Italie, où l'on a aussi envoyé de l'argent pour remonter les cavaliers qui sont à pied et pour introduire des vivres dans Tortone.
Afin que M. le prince Thomas ait lieu de faire à la cour le voyage qu'il a résolu, le roi fait partir dans deux jours M. le comte Du Plessis, qu'il a gratifié d'une bonne abbaye pour un de ses en fans, d'un gouvernement pour lui et d'une ajute de cote en argent. (^)
Encore que nous voyions assez qu'il faille beaucoup d'argent pour entretenir la garnison de Tortone, et que les ennemis n'aient autre but que de recouvrer cette place, à cause de la facilité qu'ils ont d'en entreprendre le siège, la relation néanmoins que vous nous avez envoyée ayant été lue ce matin au roi, lui a fort soulagé l'esprit, et nous a fait espérer que nous n'aurons eu que la peur de reperdre cette place.
Tous prendrez surtout garde de ne point laisser manquer d'argent M. de Florin ville, afin qu'il ait moyen de bien munir et accommoder le château, et qu'il n'épargne quoi que ce soit pour y mettre du blé, car, comme la saison ne peut permettre aux ennemis de l'attaquer par force, à cause de la situation, il faut aussi leur ôter le moyen de la prendre par famine.
Il sera à propre auparavant que M. le prince Thomas parte, qu'il concerte avec M. Du Plessis-Praslin ce qu'il sera nécessaire de faire en cas que les ennemis se mettent en campagne et veuillent tenter quelque chose.
(I) Le gouvernement du comté de Tcul (Notice sur le maréchal Du Plessis précédant ses Mémoires, p. i'2i).
Je vous dirai confidemment que n'étant pas possible de contenter M. le marquis Villa sur les prétentions qu'il a pour le commandement, il y a apparence qu'il sera plus éloigné que jamais de vivre de bonne intelligence avec M. Du Plessis ; c'est pourquoi il sera de votre prudence et de votre adresse d'employer tous les moyens que vous jugerez propres pour détourner ce mécontentement qui ne peut être que très-préjudiciable au service du roi et à celui de Madame. J'en écris audit marquis en des termes si forts et si efficaces, que je veux croire qu'il se laissera vaincre à la raison, et que nous aurons toujours sujet d'être satisfait de sa conduite.
J'ai entretenu au long M. de Castellan des affaires du delà, de quoi je ne vous parlerai point, je me contenterai de vous dire, avant que de finir, que je ne perdrai point d'occasion où je vous puisse faire paroître combien j'estime votre personne et combien je la tiens utile au service de Sa Majesté; assurez-vous que je ne manquerai point d'employer en temps et lieu mes offices, afin qu'elle récompense vos services et que vous receviez les marques de la bienveillance que vous souhaite, etc....
DES KOYERS A LE TELLIER. — EXTRAIT
2 février 1643.
Monsieur, donnez contentement à M. de Florinville sur ce qu'il vous demande que vous jugerez nécessaire, et faites, s'il vous plaît, grande différence de ceux qui sont à Tortone et des autres qui servent à la campagne, car ceux-là méritent d'être tout autrement bien traités, afin de les inciter de plus en plus à une bonne défense en cas qu'ils soient attaqués.
Pour parvenir au but où vos vœux aspirent et où vos amis vous comluisent, vous n'avez qu'à continuer vos services, bien assuré que vous semez eu bonne terre.
M. Talon vous instruira du reste et vous assurera que vous avez en moi, etc....
DES NOYERS A LE TELLIER
G février 1643.
Monsieur, c'est un grand renfort pour l'armée d'Italie que le retour de M. Du Plessis-Praslin. Il vous assurera des diligences que nous faisons pour vous envoyer des forces, et du soin que Sa Majesté prend de tout ce qui regarde vos intérêts comme étant aujourd'hui des plus importans que nous ayons dans l'Etat.
Sa Majesté a entendu ce matin lecture entière de votre mémoire du 27 du passé et a été bien aise de voir combien utilement vous vous appliquez à la conservation de Tortone, et elle m'a commandé de vous écrire que vous ne lui pouvez rendre aucun plus grand service que de continuer à maintenir cette place, parce que de sa conservation dépend le succès de la prochaine campagne. M. le cardinal Mazarin assure le roi que, compris ce qui y a fait entrer M. de la Jaconnière, gouverneur de Puby, il y a été jeté huit mille cinq cens pistoles. Mandez-moi je vous prie, exactement, ce qui en est en général, tout ce qui y a été mis depuis la prise, combien il en faut au juste par chacun mois et jusques à quel jour durera ce qu'il y a dedans. Quels moyens vous aurez d'y en jeter? Combien il vous est dû de ce que vous y avez envoyé ; bref, donnez-moi un compte exact de toute la recette et dépense qui a été faite devant et dedans Tortone, par chapitres séparés. M. Damontot m'a envoyé un état de vingt-une mille
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livres, qui lui sont dues pour munitions envoyées à notre armée devant Tortone. Je lui en ai fait ordonner le remboursement, bien que nous crussions qu'il dût être pris sur les deniers qui vous ont été envoyés devant et depuis la prise de Tortone; vous nous en éclaircirez, s'il vous plaît.
Il est assez dur au roi d'entendre que ses troupes, qui ne sont en Piémont que pour le service de Madame, y reçoivent de si mauvais traitemens, et il importe grandement que Sa Majesté soit éclaircie des causes de cette conduite par ses ministres de delà, et que vous ne vous contentiez pas d'en effleurer la vérité, mais que M. l'ambassadeur et vous, la pénétriez jusques à la source, et qu'enfin l'on sache qui sont ces bons con seillers qui portent le conseil de Madame à de si injurieuses résolutions. Mais cela se doit faire accortement et sans que l'on puisse craindre un mauvais effet.
Sa Majesté m'a commandé de vous écrire de prendre garde par qui sera fourni le pain de munition à l'infanterie dans les quartiers d'hiver, parce qu'il y a beaucoup à ménager, étant certain que vous le pou vez avoir pour vingt-quatre ou vingt-six deniers la ration, et elle vous en coûte quarante-deux, passant par les mains du munitionnaire. Sur quoi il convient noter que, par deçà, les marchés des munitionnaire changent aussitôt que les troupes entrent en garnison. Sur quoi vous voyez bien qu'il y a à ménager; et il n» faut pas que les munitionnaires nous allèguent le avances qu'ils font; car il est certain que jamais entrepreneurs ne gagnèrent tant et ne furent si bien payés. De sorte qu'il seroit aisé, si besoin étoit, de trouver le fonds dudit pain et le vous envoyer ponctuellement et par avance, afin d'y profiter pour le roi, ce qui tourne à l'avantage de ces gens-là.
G FEVRIER iGi3. 277
Cet aiiide est de telle consé([uence, que j'avois presque résolu de vous faire porter celle-ci par un courrier exprès, afin d'arrêter le cours de la dépense, en traitant avec ceux qui sont en chaque lieu de garnison, ou du moins de vous en servir pour acheminer le traité du pain de cette armée à un prix raisonnable. Sur quoi j'ai aussi à vous dire qu'il ne faut pas omettre, en traitant pour le pain de cette campao-ne, à obliger les munifionnaires à avoir un certain nombre de chevaux ou de mulets pour porter ou voiturer le pain en quelque part qu'aille l'armée. Quoiqu'ils assurent que l'armée ne manquera de rien, et qu'ils feront encore mieux qu'ils n'ont fait jusques ici, car il n'est pas raisonnable d'abandonner la vie de tant de braves gens à la merci et à la bonne foi d'un munitionnaire, quand il seroit sujet du roi; bien moins avec qui ne devant rien à Sa Majesté par sa naissance, n'a aucune règle en servant que celle de son intérêt et de son caprice.
La règle ordinaire des munitionnaires de deçà est de fournir quatre cent cinquante ou cinq cens chevaux pour dix mille rations de pain, neuf cens ou mille pour vingt mille rations, et ainsi à proportion. Aussi, vous dirai-je que, sur ce pied, ils font compte d'avoir autant pour la voiture que pour le blé et la confection de pain : si que la ration revient chez le boulanger à quinze deniers, ils n'ont point de tort d'en prendre trente.
Sur cette règle que la voiture coûte autant que le pain, vous ne prendrez pas tout ce discours pour un or-lre, mais pour mon avis, car, après tout le roi s'assure que vous prendrez toujours le meilleur parti, aussi ne vous prescrit-on rien : que si le munitionnaire prétendoit être en droit de servir sans être ()))ljgé
à avoir un cer(ain nombre de chevaux, et que Ton fût obligé à lai donner le même prix dans le quartier dliiver que dans la campagne, j'estime qu'il gagneroit plus du tiers sur chaque pain, l'un compensant l'autre; s'il vous plaît d'en faire le calcul, je m'assure que vous n'y aurez pas grande peine.
C'est trop parler de pain sans manger.
Je change donc ce discours pour vous dire que je ne perdrai jamais d'occasion de vous témoigner combien je suis, etc....
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, 8 février 1643.
J'ai reçu votre dépêche du 10 du passé et le duplicata par les mains de M. de Gontevi avec quatre dépèches du roi, des 12, 13 et IG en suivant. L'une concerne les recrues à laquelle on a satisfait en pressant les officiers de cavalerie et infanterie de se rendre à Lyon; mais il y a si peu qu'ils sont arrivés au quartier qu'ils n'ont pas eu le temps de se refaire, ni de tirer de l'argent pour leur donner moyen de se mettre en chemin, de sorte qu'ils ne partent pas si promptement qu'on voudroit, ni qu'il seroit nécessaire pour fortifier l'armée.
L'autre concerne la réformation des régimens de toutes compagnies à vingt, et le licenciement des enseignes des nouveaux régimens à la réserve de deux, ce qui a été exécuté, tant à la campagne qu'aux garnisons. M. d'Aiguebonne y a fait quelque difficulté, pour ce que la dépêche ne s'adressoit pas à lui ; mais à mon égard j'y ai satisfait, n'ayant employé dans l'état de la montre qui a été payée depuis peu de jours, que les enseigner de la compagnie rnestie de camp et
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du premier capitaine. De quoi il ne manquera pas de se plaindre, car il ne veut pas être contredit et notamment en choses qui le regardent. Il n'y a eu à réformer que le régiment de Touraine dont le régiment est dans Tortoné. J'ai ôté seulement la subsistance aux capitaines supernuméraires, outre les vingt.
La troisième dépêche du roi sert de règlement pour le quartier d'hiver, dans laquelle il n'y a rien que ce qui s'observe ici, sinon ce qui regarde MM. les maréchaux de camp et les offflciers- majors de l'armée, lesquels étoient payés de leur subsistance, absens comme présens. Je leur ai ôté en conséquence de l'ordre du roi ; mais je pense vous devoir représenter que par ce moyen, Sa Majesté charge ses finances de sommes notables d'argent qu'il faudra donner à MM. les maréchaux de camp, par chacun an, pour leur donner moyen de continuer leur service, parce qu'il y a tel de ces Messieurs qui partant d'ici a laissé plus de trente chevaux et quinze mulets, pour la dépense desquels il conviendra de payer bien de l'argent à son retour, qu'il faudra qu'il trouve d'ailleurs, si le pays ne lui fournit. M^NI. de Salis et de Gastellan sont de ce nombrelà, lesquels n'ayant pas de troupes demeureront chargés de leurs équipages, six ou sept mois durant. Ce qui se peut appliquer aux sergens de bataille et aides de camp pareillement. Et il me semble qu'il eût été de la prudence des ministres de Madame de ne pas choquer les intérêts de ces Messieurs-là, qui ont employé jusqu'ici leur vie si utilement pour le rétablissement de Sa Majesté dans ses États, et qui peuvent procurer vingt fois plus de soulagement au pa^'s que ne porte de charge la subsistance qu'ils en tiroient.
Cette même dépêche porte défense aux gouverneurs des places de tirer des contributions du Piémont. Sur
quoi je vous puis assurer que, depuis que j'ai l'iionneur de servir ici, ils n'en ont pas tiré un sol que ce que je leur ai donné à prendre régulièrement sur les deniers que Madame a accordés par ses ordres, au commencement de chaque campagne pour aider à l'entretien des garnisons. En cette forme, j'ai fait le fonds d'une montre pour un régiment tenant garnison à Carmagnol , montant par exemple à quatre mille livres. (*) Puis, j'en ai assigné le paiement sur les terres chargées desdites contributions.
Et de là, vous jugerez s'il se peut dire que les gouverneurs du Piémont ruinent le plat pays par les contributions qu'ils en tirent. Ceux qui fournissent ces mémoires-là ne seroient pas si riches, s'ils ne tiroient rien du Piémont qu'avec de pareils ordres et de si bons titres.
La dernière est pour le règlement de l'ustensile de la garnison de Turin, à laquelle on a commencé à satisfaire par une revue qui a été faite en présence de MM. d'Aiguebonne et de Samet-André Montbrun. Je vous en envoie copie; je contribuerai de tout mon possible au soulagement de la ville et à l'exécution des ordres de Sa Majesté. Mais comme M. d'Aiguebonne y a toute l'autorité, qu'il y est plus sédentaire que moi, qu'il peut savoir le nombre des officiers présens et de la force des régimens qui y servent, je pense que les habitans ne peuvent espérer l'exécution de ce qu'ils ont poursuivi à la cour que de lui seulement.
Je viens présentement à votre dépêche sur laquelle je vous dirai, Monseigneur, que, comme je ne désire rien tant au monde que de faire quelque chose qui
(i) Il y a là des calculs que nous avons omis, ne les comprenant bien (voir manuscrit n" 5,159, pages 87 recto).
8 FÉVRIER l'i53. 281
VOUS soit agréable, j'avoue que je n'ai point plus de joie que quand j'apprends que j'ai rencontré votre sens eu ce que je fais ici. Mais j'attribue la satisfaction qu'il vous plaît me témoigner de mes derniers mémoires, à votre bonté et facilité, dont je vous rends grâces très - humbles , sachant bien que je n'ai point d'industrie qui vaille cela, mais seulement une passion très-particulière de vous plaire, laquelle je conserverai tout entière pour votre service, tant que je vivrai.
Mon indisposition m'ayant ôté le moyen d'aller à Ivrée trouver M. le prince Thomas, je lui ai envoyé le paquet du roi et lui ai fait savoir que j'avois entre les mains les vingt commissions pour sa cavalerie, que vous m'avez adressées. Il m'envoya hier le comte de la Trinita qui a grande part auprès de lui, lequel me dit de sa part, sur le sujet desdites commissions, que M. le prince Thomas étoit résolu de faire tout ce qui plaîroit au roi en cela et en toutes autres choses, mais qu'il croyoit qu'il ne désireroit pas de lui que ceux qui servent dans sa cavalerie prennent des commissions de Sa Majesté quand il lui auroit représenté :
i'' Que par le traité fait avec Madame il doit réduire sa cavalerie à vingt compagnies, lesquelles doivent servir près de sa personne, sous l'autorité de M. le duc de Savoie, et qu'ainsi elles ne peuvent prendre les commissions du roi, sans contrevenir aux termes du traité ;
2» Que donnant part aux princes d'Italie de son accommodement avec le roi et Madame, il leur a fait dire qu'une des raisons qui l'avoient obligé de quitter les Espagnols étoit qu'ils l'avoient voulu obliger de faire pi-endre des commissions du roi catholique à ceux qui servoient dans ses troupes, et que, si présen-
tement il leur en faut prendre du roi, les Espagnols se serviront de ce prétexte-là pour donner atteinte à sa réputation auprès des même princes d'Italie ;
3« Qu'il y a dans sa cavalerie des officiers qui ont eu le titre de colonel jusqu'ici, lesquels ne voudroient pas servir comme simples capitaines seulement ;
40 Qu'il y a aussi dans sa cavalerie des officiers de l'Etat des Vénitiens et qu'il attend encore, des Allemands de bonne condition qui prendront commission de M. le duc de Savoie sans scrupules et feroient peutêtre difficulté d'en prendre du roi ;
5^ Que ceux qui ont servi dans sa cavalerie jusqu'ici, étant nés sujets de M. le duc de Savoie et mariés dans ses Etats, ont à désirer de se conserver les avantages que l'antiquité de leurs services et leur rang leur peuvent donner, comme la charge de commissaire de la cavalerie, et d'être entretenus pendant la paix, ce qu'ils perdroient absolument, s'ils sortoient du corps de la cavalerie de Sa Majesté en prenant des commissions du roi.
Pour tâcher à faciliter l'affaire, ledit sieur comte de la Trinita me dit que M. le prince Thomas prendroit volontiers une commission de Sa Majesté pour mettre sur pied vingt compagnies de cavalerie, avec faculté de pourvoir aux charges, et qu'il répondroit à Sa Majesté de la fidélité de ceux qu'il emploieroit. Et ledit sieur comte de la Trinita m'ajouta, comme de lui que, quand M. le prince Thomas voudroit obliger les vingt compagnies qu'il veut conserver dans sa cavalerie à prendre des commissions du roi, il y rencontreroit peut-être beaucoup de difficultés qu'il n'en prévoit, mais que s'il piaît à Sa Majesté d'augmenter la cavalerie de mondit sieur le prince Tliomas, que les capitaines des compagnies qui excéderont le nombre
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de vingt prendront plus volontiers des commissions du roi (jue de se voir licenciés sans emploi.
Or sur cela, étant sur les lieux, je suis obligé de vous éclaircir de la vérité du fait de tous les points ci-dessus, afin que vous jugiez plus aisément de la force des raisons dont on se sert pour s'excuser de se servir des commissions que vous m'avez envoyées.
11 est certain que, quand on a accordé à M. le prince Thomas, de la part du roi, qu'il pourroit retenir vingt compagnies de cavalerie près de sa personne,, il a été convenu qu'elles seroient entretenues dans les troupes du roi ou dans celles de Madame indistinctement, ainsi qu'il seroit avisé ; de quoi il n'a été fait aucune mention au nom du roi avec MM. les princes; et, de ce qui a été convenu entre Madame et M. le prince Tiioraas, n'oblige pas le roi, si ce n'est qu'on vous dit que M. d'Aiguebonne a signé les traités au nom de Sa Majesté, pour les autoriser et obliger chacun à l'exécution de ce qui dépend de soi, et que de là on veuille dire qu'on ait déterminé que celte cavalerie seroit entretenue sous l'autorité de M. le duc de Savoie. Je me souviens bien que M. le prince Thomas n'a jamais voulu faire prendre à ceux qui servent auprès de lui des commissions du roi catholique; mais aussi faut-il qu'il avoue qu'il s'en est toujours excusé sur ce qu'il agissoit en qualité de tuteur de Son Altesse de Savoie, lequel prétexte cesse présentement, s'étant démis de la tutelle par le traité de son accommodement. Il est certain qu'il a des colonels dans ses troupes, qui ne voudroient pas servir comme simples capitaines, mais aussi ai-je pris la liberté d'offrir à M. le comte de la Trinita que le roi accorderoit la patente de mestre de camp aux colonels et que M. le prince Thomas pourroit former de ces vingt compagnies autant de régi-
mens qu'il jugeroit nécessaire, pour la satisfaction de ceux qui ont servi en cette qualité-là jusqu'ici. Pour les Vénitiens et les Allemands, le service étant à même fin, vous pourrez juger si la difficulté qu'ils feront sera de mise.
Le dernier article semble plus pressant, mais je n'en sais pas la vérité, je veux dire que je ne sais pas s'il y a dans les vingt compagnies des ofl^ciers qui puissent prétendre rang dans les troupes de M. le duc de Savoie, ni les avantages que leur antiquité leur puisse donner.
Je crois pour moi que tout cela aboutit à faire que le roi augmente la cavalerie de M. le prince Thomas, lequel outre cela appréhende peut-être que le cas advenant, les officiers desdites vingt compagnies vinssent à décéder et qu'il n'ait pas faculté de pourvoir à leurs places.
Le régiment d'infanterie que vous avez destiné pour cette armée ne doit pas arriver par Gènes. 11 faudroit une armée pour l'aller recevoir. Il ne sauroit aborder ici par mer qu'à Nice de Provence. Je pense que M. Du Plessis-Praslin n'aura pas omis de vous en informer, quand ce régiment sera arrivé.
Sur ce que vous m'avez écrit qu'il falloit faire repasser en France les officiers des régimens qu'on estime pouvoir mieux servir qu'en Piémont, j'ai persuadé à M. Samet-André de donner des ordres aux officiers de Saint-Paul et Gaderousse pour leur retour. Il les a aussi donnés aux officiers de Batill}^ suivant la lettre du roi. Pour le régiment de Bonnes, il est toujours dans Verrue , d'où on n'oseroit le tirer que premièrement la place ne soit restituée à Madame, ce qui dépend (le la direction de M. d'Aiguebonne comme ambassatleur.
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J'ai oublié en son lieu de vous dire que la compagnie de dragons de Révol se peut réunir au régiment d'Argilliers fort utilement; mais que pour celle de Maucomble, il faut que vous sachiez qu'elle étoit cidevant commandée parle sieur Scindré, lequel n'étant point venu servir les deux dernières campagnes, et les deniers de la recrue ayant été touchés par le lieutenant qui n'en a pas bien usé, la compagnie s'est trouvée tout à fait dépérie. Et, pour cette raison, je ne lai point employée sur l'état des quartiers d'hiver par ordre de M. le duc de Longueville; de sorte que, s'il vous plaît qu'elle subsiste et serve dans le régiment d'Argilliers, il est préalable que vous pourvoyiez à la charge de capitaine , et que celui que vous nommerez se résolve à remettre sur pied ladite compagnie tout de nouveau. J'en ai déjà donné avis à M. de Ghampigny, afin qu'on ne le surprit pas en ce lait-là.
Quant à ce qui regarde M""^ le Cardinal- duc, vous n'entendrez jamais dire qu'on n'en parle qu'avec vénération, au lieu où le roi m'aura donné quelqu'autorité. J'ai trouvé jusqu'ici que les François ont parlé de sa mémoire avec plus de respect qu'on n'a fait pendant sa vie : Virtutem incolumcn ocUmiis, sutlatam ex oculis quœrimiis invicU. Pour les Piémontois non idem; ils croient que cette mort les doit délivrer de la gusrre et du quartier d'hiver; mais il est difficile que des gens qui souffrent, aient les sens aussi bons que ceux qui sont en santé. Je n'en désire pour moi que vous pouvoir témoigner que je suis avec vérité, etc....
LE TELLIER A DES NOYERS
Turin, 9 février 1643.
Monseigneur, depuis que mes paquets vous ont été faits, j'ai eu avis de M. Daraontot de Gênes que les ennemis marclioient le 6 du courant droit à Tortor< avec leurs pièces de canon, et présentement, je viens d'avoir avis du Montferrat de delà le Tanaro, qu'on y entend le canon, et ai reçu de Casai la lettre ci-jointe. M. le prince Thomas est Ici, qui diffère à prendre résolution jusqu'à ce qu'on sache si les ennemis en veulent seulement à la ville ou s'ils entreprendront d( forcer le château. Au premier jour, ils feront faire h circonvallation à l'entour du château par des paysans,' laisseront dans la ville une garnison proportionnée à la nôtre et marcherons droit où nous irons, soit poui diversion, soit pour ravitaillement de la place, croyan' la faire tomber par nécessité. Mais, s'ils la veulent attaquer par force, ils donneront moyen de choisir, oi de la secourir ou au moins de profiter de quelqu'autn place, pendant qu'ils s'attacheront à celle-là ; ruineront sans doute leur armée, et se mettront par ce moyen à la discrétion de Sa Majesté, pendant la campagne prochaine, si ce n'est qu'ils soient assurés d'avoir une autre armée bien promptement. C'est ce qui fait croire qu'ils prendront le premier parti, comme le plus facile pour leurs affaires. On peut avoir ici deux mille hommes d'infanterie de service, si Sa Majesté a donné ordre pour les armes et les chaussures. Il y en a plus grand nombre dans les quartiers, mais ce sont valets d'ofïîciers qui sont aux recrues, et des malades qui n'ont pu encore se refaire, pour le peu de temps qu'il y a qu'ils sont arrivés de l'armée.
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Pour la cavalerie, elle est en petit nombre ; nul ne s'est remonté et les chevaux qui ont réchappé sont malades du travail qu'ils ont soufïert, si Lien que hors 'e régiment de Monti, il y a fort peu de compagnies qu^ soient en état de servir. M. le marquis Villa dit qu'il donnera sept cens chevaux, ]\I. le prince Thomas quatre cens et M. Samet-André estime qu'il en tirera des troupes du roi six cents ; mais, quand il faudra marcher, il y aura du mécompte. Les cavaliers sont sans équipages, n'ayant rien reçu du quartier par la malice des habitans qui ont été instruits que les Espagnols attaquant Tortone, on seroit obligé de partir sans avoir le temps d'exiger ce qui leur restera dû ; et les officiers qui restent ici, n'ayant rien reçu du tout, ne sont guère en meilleur état. Pour rartilleiie, il y a ici trois cens chevaux; mais ils n'ont ni harnais, ni cordages, ni charrettes, n'ayant pas eu le temps, ni l'argent pour s'équiper de nouveau, point d'outils du tout et point de plomb.
On dit que les ennemis ont six mille hommes de pied et quatre mille chevaux par le moyen de ce qu'ils ont remonté leur cavalerie qui étoit à pied, ce qu'ils font fort aisément dans leur pays. Je ne pense pas qu'ils aient tant d'infanterie, car il ne leur est venu que quelques Suisses et huit cens autres soldats qui ont débarqué à Rappato; mais, agissant dans leur pays, leur milice soulage beaucoup leurs troupes pour les travaux et les autres corvées qu'il convient faire dans un siège.
Quant à l'état auquel est Tortone, il est besoin que vous sachiez que M. Florinville m'a fait dire par le gouverneur de Buby qu'il a du blé jusqu'à la fui du mois d'avril prochain. J'y ai fait tenir en tout cent cinquante-huit mille livies, outre trois mille deux ceiis
que j'ai payées au sieur Tarin pour y avoir fait tenir quatre mille pistoles à ses frais, qui y ont été portées les 24 et 20 du passé; de sorte que je pense qu'ils ont de l'argent pour les officiers jusqu'au 15 avril, et pour les soldats jusqu'au commencement du prochain. Si on les veut prendre par nécessité, les ennemis auront le temps de s'ennuier et nous de les secourir; et étant bloqués, l'argent ne leur sera pas fort utile, parce qu'il n'y aura point d'occasion pour l'emplo^-er.
Mais ce que j'appréhende est que les soldats se V03'ant réduits au pain et à l'eau ne se lassent bientôt, et se rendent aux ennemis, comme ils ont fait depuis que les Génois ont cessé d'y conduire des vivres. Car, M. de Florinville m'a donné avis qu'il a perdu près de soixante soldats, sous prétexte d'aller au bois, et que cela l'a obligé de leur ôter la liberté de sortir. J'ai eu aussi nouvelles de Novi, que plusieurs de ces soldatslà ont passé par Alexandrie et par l'état de Gênes et que, pour excuser leur infidélité, ils ont publié que la garnison souffroit extrêmement faute des vivres, et que les soldats n'avoient plus que du pain et de l'eau absolument.
Vous serez averti ponctuellement de ce que je ferai ici et de ce que avanceront les ennemis. Or, sur le fait de l'argent que j'ai envoyé à Tortone, je prends la liberté de vous représenter que ne l'ayant pas reçu de la cour, je l'ai emprunté pour faire que la garnison ne se dépérit pas, faute d'entretien. Et, comme je crois. Monseigneur, que vous approuverez ce que j'ai fait, je vous supplie de tout mon cœur de me donner moyen de maintenir mon crédit et de croire que je serai toujours, etc ...
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LE TELLIER A MAZARIN
14 février 1G43,
Monseigneur, j'ai reçu la dépeclie de Votre Eminence du :;1 du passé, à laquelle je répondrai succinctement pour ne lui point faire perdre de temps inutilement.
L'argent qui a été destiné pour les recrues qui se peuvent faire en Piémont nous est arrivé depuis peu de jours, et je n'en ai rien fait donner à la cavalerie du roi, parce que je n'ai pas cru qu'elle pût se renouveler ici, et que je sais que le chemin d'Italie n'est pas plus ouvert qu'il étoit, il y a deux ans, parce que, de Tortone ici, il faut une escorte de cinq à six cens chevaux ; et de Tortone plus avant, le chemin est moins libre qu'il n'étoit l'année dernière, à cause que les ennenis tiennent Pontecouronne qui serre le passage plus que Tortone. Il n'y a pas un officier de cavalerie du roi qui n'eût bien voulu avoir ici de l'argent, sous prétexte de remonter les cavaliers qui sont à pied, auxquels ils n'auroient pas donné un sou ; et afin de pouvoir par là s'exempter de faire passer en Piémont les vingt cavaliers armés auxquels le règlement de Sa Majesté sur le fait des recrues les oblige, lequel leur tient fort à cœur. S'ils n'amènent avec eux que des valets, au moins sera-t-on assuré qu'ils feront passer en Piémont des chevaux et des armes qui serviront aux cavaliers démontés qui leur seront restés ici. Je ne connois que M. Maillard, capitaine dans Villeneuve, qui se puisse remonter, à cause des habitudes qu'il a dans l'Italie, étant marié dans Casai, lequel j'ai fait avertir de venir prendre sa recrue. Il faudra que le reste serve aux troupes de Madame et
de M. le prince Thomas, qui pourront avec industrie faire venir des chevaux d'Italie par les mêmes voies de^-quelles ils se sont servis autrefois. M. le prince Thomas me donnera le rôle des vingt capitaines qu'il veut retenir, si tôt que le jour de la naissance de Madame sera passé, qui sera demain, et puis, je leur ferai donner de l'argent.
M. Damontot m'a écrit qu'on l'avoit averti de Provence qu'il auroit ordre de demander passage à la république de Gènes pour le régiment des Galères. Il ne sera pas bien aisé de faire aborder ce régiment-là par Gênes en toute sécurité, car il y a de Rossillon à Grémontin où il faudroit qu'il vînt, sept milles de pays qui ne sont point assurés du tout, et ne le peuvent être qu'en y envoyant nombre de troupes considérable. Néanmoins, je pense que si M. Du Plessis en a été d'avis, il faut que l'affaire soit faisable ; le passage de Nice-de-Provence eût été le plus assuré, ce me semble.
Je ferai valoir à MM. de Marsin et vicomte de Lamet les soins que Votre Eminence a pris de leur liberté, et procurerai, autant qu'en moi sera possible, l'exécution de cet échange. Ce sont certainement deux aussi bons officiers que le roi ait dans ses armées, lesquels payèrent de leurs personnes pour sauver tous les fourrageurs qu'ils escortoient, qui eussent été pris absolument, si ces Messieurs-là eussent eu moins de résolution qu'ils ne firent paroître en cette occasion-là. ^ Je suis bien obligé à M. de Longueville de la proposition qu'il a faite à Votre Eminence pour moi, quoique je ne me sois ouvert à lui de chose quelconque qui me regarde. Aussi, crois-je que s'étant souvenu de la recommandation que Votre Eminence lui fit en ma faveur, lorsqu'il vint en Italie, il a cru faire chose qui lui seroit agréable en lui proposant quelqu'avan-
tage pour moi, et ainsi j'en ai toute l'obligation à Votre Eminence, de laquelle j'accepte de bien bon cœur les offres qu'il lui plaît me faire pour l'obtention de cette gràce-là qui est très-importante à ma fortune dont je demeurerai bien satisfait, si elle me pouvoit fournir une occasion bien sortable pour faire connoître à Votre Eminence les ressentimens véritables que j'ai de toutes les bontés qu'il lui plait avoir pour moi, et avec combien de passion je suis sincèrement, etc....