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» des officiers. » Il explique qu'un régiment seul ne suffit pas pour la garde d'une place, il en faut mettre un autre. Le régiment d'Aiguebonne, qui devrait être de quinze cens hommes, n'en a que trois cent. On lui adjoint le régiment Caderousse; ces deux régiments réunis ont un effectif de mille hommes et de quatre-vingt-dix officiers (*).
De semblables réformes ne peuvent pas se réaliser d'un jour à l'autre, mais elles n'en font pas moins grand honneur à l'administrateur qui, sans égard pour les traditions et les privilèges du temps, en constate l'importance et en démontre l'évidence avec tant de tact et de simplicité. Pourquoi ceux qui entourent Le Tellier ne voientils pas ces choses comme lui ? C'est que les uns sont militaires, élevés dans un milieu auquel ils sont accoutumés, ils ne s'y arrêtent pas, sollicités peut-être parleurs intérêts; les autres, par négligence ou par faiblesse, n'osent pas soulever de si grosses questions. Au contraire. Le Tellier, élevé à l'école austère de la magistrature, a appris de bonne heure à voir juste et à condamner ces capitulations de conscience qu'on regrette de trouver trop souvent dans l'armée. La
(1) Le Tellier à MazarÎD, 10 juin 1641, p. 75.
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doctrine administrative qu'il expose et pratique est excellente et de tous les temps; elle convient plus que jamais à notre époque.
Celle exposition si ferme et si nette des vices de l'organisation de l'armée au XVIP siècle, qui ne pouvaient pas être réformés du premier coup ni abordés de front, nous fait bien apprécier la haute valeur de la création de l'intendant d'armée, sans attache aucune avec le militaire ; ses attributions multiples, son influence, quand il est habile, auprès des généraux qui désirent lui être agréables, tout en se tenant sur la réserve avec lui; influence qui le met en relations directes avec le premier ministre et avec le roi luimôme, et dont les résultats sont décisifs quand les circonstances viennent à les rapprocher l'un et l'autre. Bonne fortune qui a été le partage de Le Tellier.
Les temps de révolution ou seulement de troubles, comme ceux de la Fronde, ne sont pas ordinairement favorables à des réformes administratives qui exigent beaucoup d'esprit de suite. Comment Le Tellier se conduira-t-il dans des circonstances aussi critiques ? Il va avoir à porter double fardeau : du second rang comme administrateur, il arrive de plein saut au premier ; et, en secondant Mazarin, il débutera dans la poli-
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tique, la plus belle, mais la plus difficile et la plus ingrate des conditions. Le livre de l'histoire n'est pas encore ouvert pour Le Tellier, et les cinq ou six cens volumes qui renferment sa double correspondance administrative et politique, attendent encore un historien qui nous révélera, nous n'en doutons pas, le grand homme que fait pressentir son administration de l'armée d'Italie.
xv. le tellier est nommé secrétaire
d'état.
Pour faire diversion à l'attaque des Espagnols qui assiégeaient Tortone, l'armée française, dans l'impuissance de secourir cette place, marcha contre Asti et s'en rendit bientôt maître. Dans le même temps, le roi nommait Le Tellier secrétaire d'Etat, en remplacement de Des Noyers tombé en disgrâce (*) , et c'est dans Asti que le gentilhomme chargé par Mazarin (^) des ordres
(1) La disgrâce du secrétaire d'Etat Sublet Des Noyers eut lieu le 10 avril 1643. Il reçut Tordre de se retirer à sa terre de Dangu, en Normandie, Eure {Documents inédits relatifs à l'Histoire de France^ par A. Cheruel, 1*' vol. p. 151). — « Il passa le reste de sa « vie en de saintes occupations, et mourut le 20 octobre 1645, âgé » de 57 ans. m Dictionn, de Moreri.
(3) Mazarin à Le Tellier, H avril 1643, p. 312.
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du roi, trouva Le Tellier, le vendredi 17 avril, à la pointe du jour (*). La lettre du roi était contresignée par Boulhilier, surintendant des finances, et accompagnée des lettres de Mazarin et de Chavigny (*). Ces lettres là et les remerciements de Le Tellier se lisent et ne s'analysent pas C). Le Tellier, né à Paris, rue de la Vieille- Truanderie, le 15 ou le 19 avril 1603, avait donc quarante ans quand il a été nommé secrétaire d'Etat.
Nous désirons vivement que M. Jung mène à bonne fin l'œuvre qu'il a entreprise sur Le Tellier. Nous avons mentionné dans notre préface son article : « Un ministre de la guerre » oublié. » Nous lui empruntons une citation qui sera la conclusion de notre travail :
« Ainsi Michel Le Tellier a les affaires de la » guerre , ce qui comprend : cavalerie , infan- » terie, armée, garnison, la levée, la marche et
* la réforme des troupes , et généralement tout
* ce qui en dépend. Le long temps qu'il y a que i> ce ministre vaque à cet emploi, joint à beau- » coup de prudence naturelle et acquise , l'y a » rendu très-consommé. C'est ce qu'avouent
(1) Le Tellier au comte de Chavigny, 19 avril 1643, p. 316.
(2) Lettre du roi à Le Tellier, 11 avril 1643, p. 314.
(3) Le Tellier à Mazarin, 19 avril 1643, p. 3i5.
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» tous ceux qui, pour ceci, ont à passer par ses
» mains. Les officiers d'épée et tous les gens de
» guerre s'en louent fort, rencontrant en lui une
» civilité agréable , point de faste , de la facilité
» à comprendre les choses à demi-mot et quoique
» mal expliquées, une prompte résolution et
» expédition. Qualités qui plaisent le plus à
» ceux qui font profession des armes, et sans
» lesquelles il est très-difficile de se bien démô-
» 1er avec eux (*). »
(1) Extrait d*un rapport adressé au roi à la un de 1671 et ÎDséré aux Affaires étrangères dana le Fonds France,