COMMISSION DU ROI DE LE TELLIER GOMME
Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à notre amé et féal conseiller en notre conseil d'Etat, maître des requêtes ordinaires de notre hôtel, le sieur Le Tellier, salut...
Ayant appris avec beaucoup de déplaisir que le sieur d'Argenson, conseiller en notre conseil d'Etat, qui faisoit, très-dignement et à notre entière satisfaction, la charge d'intendant de la justice, police, finances et vivres en notre armée d'Italie est fortuitement tombé ès-mains des ennemis, et y ayant sujet de craindre qu'il ne puisse pas en être délivré aussitôt qu'il seroit nécessaire pour notre service, les affaires de ladite charge étant de très grande conséquence, et ne pouvant être interrompues sans préjudicier beaucoup à notre armée d'Italie et aux desseins auxquels elle est employée : Nous avons estimé nécessaire d'en-
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voyer promptement une personne capable de nous servir en la place, et sachant que nous ne pouvons pour cette fin faire un meilleur ni plus digne choix que de vous, qui nous avez rendu preuve, tant en votre charge de maître des requêtes qu'aux autres que vous avez exercées, de votre capacité, expérience au maniement des affaires, probité, bonne conduite, diligence de votre fidélité et affection à notre service. A ces causes et autres bonnes considérations à ce nous mouvant. Nous vous avons commis, ordonné et député , commettons , ordonnons et députons par ces présentes signées de notre main, intendant de la justice, police et finances et vivres en notre dite armée d'Italie, au lieu dudit sieur d'Argenson, pour en cette qualité vous trouver aux conseils de guerre qui seront tenus par notre très cher, très amé cousin, le comte d'Harcourt, notre lieutenant général en icelle, pourvoir à ce que la justice y soit administrée suivant nos réglemens et ordonnances, ouïr les plaintes qui vous seront faites par nos sujets et autres sur tous excès, torts et violences , leur en rendra bonne et briève justice. Informer de toutes entreprises, pratiques et menées qui se feront ou auront été faites contre notre service. Procéder contre les coupables jusques à jugement définitif et exécution d'icelui inclusivement, appeler avec vous le nombre déjuges ou gradués requis par nos ordonnances, et généralement connoître de tous crimes, délits, abus et malversations qui seront commis en notre dite armée, soit par nos oflSciers ou quelque autre personne que ce puisse être, et de tout ordonner ainsi que vous verrez être juste et à propos, validant, dès à présent comme pour lors, les jugemens qui seront ainsi par vous rendus , tout ainsi que s'ils étoient émanés de nos cours souveraines, nonobstant
toutes récusations, prises à partie, édits, ordonnances et autres choses à ce contraires. Voulons aussi que vous entendiez et ayez l'œil à la direction, maniement et distribution de nos deniers qui ont été ou ci-après destinés tant pour la solde et entreteneraent des gens d'armes, chevau-légers et gens de pied, dont notre dite armée et les garnisons des places tenues par nos •^rmes en Piémont, sont et seront composées, que pour les dépenses de l'artillerie, vivres, munitions, réparations, fortifications et parties inopinées, emprunts et contributions qui pourroient avoir été ou être levées pour toutes lesdites dépenses et autres frais faits ou à faire pour notre service en ladite armée et ès-places où sont les troupes d'icelle. Voir, vérifier et arrêter les états et ordonnances qui en ont été expédiées par notre dit cousin aux trésoriers de l'ordinaire et l'extraordinaire de nos guerres, cavalerie légère et artillerie ou aux commis à l'exercice de leurs charges, et tous autres qui n'auront été vus et arrêtés par ledit sieur d'Argenson, et ceux qui seront expédiés ci-après, par notre dit cousin. Vous faire représenter par lesdits trésoriers ou commis et tous autres, lesdits états et ordonnances expédiées et à expédier, comme aussi par les commissaires et contrôleurs ordinaires ou extraordinaires de nos guerres, les extraits des montres et revues qui seront par eux faites, leurs contrôles et registres, et en tout ce que dessus circonstances et dépendances, faire et ordonner ce que vous verrez être nécessaire et à propos de notre service et pour le bon ménage de nos deniers. Voulant que vous jouissiez de ladite intendance aux honneurs, prérogatives et prééminences qui y appartiennent, et aux appointemens qui vous seront ordonnés par nos états. De ce faire, vous avons donné et donnons pouvoir, commission,
autorité et mandement spécial par ces présentes. Mandons à notre très cher, très amé cousin, le comte d'Harcourt notre lieutenant général en notre dite armée, de vous faire jouir de l'effet et du contenu de ces présentes, et ordonnons à tous autres nos justiciers, officiers et sujets qu'il appartiendra, de vous reconnoitre, obéir et entendre en ladite qualité; vous assister et prêter main forte et prison si besoin est, pour Texécution d'icelles. Car tel est notre bon plaisir.
Donné à Chantilly, le troisième jour de septembre. Tan de grâce mil six cent quarante, et de notre règne le trente-unième, signé Louis, et plus bas, par le roi, signé SuBLET, et scellé du grand sceau.