‹ Michel Servet et CalvinChapitre 24 sur 49 · SERVET A GENÈVE · texte numérisé non relu

SERVET A GENÈVE

Selon Topuscule : Bistoria de morte Serveti, publié très peu de temps après la mort de Servet, l'Espagnol fut arrêté Taprès-midi du 13 août, au sortir du prêche où Tavait conduit la curiosité théologique. D'après une autre version rarrestatioi( aurait eu lieu à l'hôtellerie de La Kose, mais toujours le dimanche 13 août. Cette dernière indication concorde avec les dires du fugitif et les résultats de la procédure. Servet put affirmer, sans recevoir aucun démenti (et certes si un démenti eût été possible on en trouverait trace au procès), qu'il était venu pour aller au delà des monts, qu'il avait demandé à Thûte et à Thùtesse de lui procurer immédiatement une barque, afin que par le haut du lac, il se rendît à Zurich, ajoutant qu'il se « tenait caché en la ville tant qu'il pouvait, afin de pouvoir s'en aller sans être cognu;... qu'il n'a communiqué à personne du monde, et ne connaît personne du monde. »

L'hôte et l'hôtesse de La liose ont confirmé les dires du fugitif. La loi — une loi sévère — obligeait les tenanciers d'auberge à faire connaître à l'autorité, dans un délai de trois jours, les noms des étrangers arrivés chez eux. Matériellement donc il n'aurait pu y avoir entente entre Servet et les Libertins. Moralement non plus.

Nous possédons sur l'arrestation de Servet un document qui n'a pas été assez consulté : l'écrit de Castellion intitulé : Contra libellum Calvhii. On y lit :

« Voici ce qu'on a fait pour Servet : on le reconnaît au temple, le dimanche, on l'arrache du sermon pour le traîner en prison et il n'en est sorti que pour aller au bûcher. Saisir, pour les envoyer au supplice, des étrangers qui passent par la ville, sans bruit et sans scandale, est-ce là montrer qu'on craint Dieu? Citez donc, chez les papistes, un seul luthérien ou calviniste qui ait été anêtéàla messe, comme Servet le fut au sermon !... »

On s'est demandé à quel sentiment aurait obéi le fugitif en se rendant au temple ? On se serait épargné cette interrogation si on avait bien voulu se souvenir que la présence au sermon, sous le règne intellectuel de Calvin, était obligatoire. Le Réformateur avait réclamé l'aide de la force publique pour obliger à l'assistance aux sermons du dimanche et de la semaine ; on publiait à son de trompe que nul, sous peine d'amende, n'eût à y manquer ; en ville le guet pénétrait dans les maisons afin de lever des gages sur les délinquants ; à la campagne les châtelains étaient tenus d'envoyer des gardes pour contraindre à la fréquentation du culte. L'historien protestant et genevois Roget rapporte que Calvin, en personne, était allé, à plusieurs reprises, dans des villages, avec un officier recruteur. Servet ne pouvait donc pas éviter le sermon. Et s'il n'a pas été arrêté au temple, contrairement au récit de Castellion, s'il a été arrêté à l'hùtel de La Rose^ c'est précisément parce qu'il aurait évité de se rendre au sermon.

Une autre preuve de cette vérité que les Libertins ne songèrent pas à appeler Servet à Genève, ou à nouer des relations avec lui, nous est donnée par la déclaration que fit, en 1558, Jean Trolliet, alors gagné au Calvinisme, et, jadis, le principal, le plus intime confident du chef des Libertins :

« Interrogé si Perrin, Vandel, Berthelier et autres complices n'ont pas soutenu et maintenu les hérétiques comme Servet, Jérôme Bolsec, et autres, a répondu Trolliet que quant à Servetus il n'en a jamais rien su, et quant à Bolsec que Perrin, Vandel et Berthelier l'avaient en bonne réputation et disaient qu'il était homme de bien, et, en la cause qu'il eut contre M. Calvin, le sollicitaient de tenir bon. » Trolliet était Valterego de Perrin, chef des Libertins. Il disait tout ce qu'il savait, et il savait tout. îl avouait la complicité des

Page 1