‹ Michel Servet et CalvinChapitre 25 sur 49 · SERVET A GENÈVE · texte numérisé non relu

SERVET A GENÈVE

Libertins parce qu'elle avait existé, comme il aurait afiîrmé l'entente avec Servet si elle s'était produite.

Sans doute au moment où le condamné de Tinquisition de Vienne arrivait à Genève pour y être aussitôt emprisonné, les factions politiques (comme avant et comme après cette venue) s'agitaient dans la ville, et il est possible, sans qu'il y ait aucune corrélation réelle, de mêler, en brouillant les textes, des événements d'ordre distinct et de prétendre ensuite que l'issue d'un procès théologique fut la conséquence de l'agitation des partis politiques. On raisonne, en ce cas, ainsi que la bonne femme qui s'imaginait, voyant de sa fenêtre des passants dans la rue, qu'ils n'étaient dans la rue que parce qu'elle se mettait à la fenêtre.

En outre rien n'est plus vain que cette tentative de déplacer les responsabilités, d'essayer de les diminuer en les multipliant.

Qu'il y eût ou qu'il n'y eût pas de partis politiques à Genève, le sort de Servet était fatal. Dès que Calvin pouvait « faire prévaloir sa volonté », le bourreau devait apparaître. En une phrase prophétique l'homme de Noyon avait écrit que l'homme de Villanova ne sortirait pas vivant de Genève, s'il avait le pouvoir de le faire mourir, et il est incontestable que la victime désignée ainsi par Calvin, sept ans à l'avance, ne sortit pas « vivante » de Genève.

Si le théologien, afin d'arriver par ce meurtre prémédité au triomphe de son vouloir, eut à lutter contre une partie de l'opinion genevoise, plus clémente, plus humaine que lui, s'il eut à la réduire, à la dompter, en quoi ce fait allège-t-il sa responsabilité?

Il l'alourdit, au contraire et la rend plus criminelle ; il établit que u l'esprit du siècle » — cet argument si souvent invoqué — n'était pas, autant qu'on l'a dit, avec les persécuteurs, même à Genève.

D'ailleurs, ainsi que le constate justement Barni dans sa remarquable étude sur Les Martyrs de la Libre- Pensée, lorsque Calvin dénonçait Fauteur de La Restitution chrétienne « à l'inquisition catholique par l'intermédiaire de son ami Guillaume de Trye et du Lyonnais Arneys, et livrait les pièces nécessaires pour le convaincre, le perdre, le faire brûler partout où il serait, quel rapport cette dénonciation et cette trahison avaientelles avec le parti des Libertins de Genève ? »

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