‹ Michel Servet et CalvinChapitre 26 sur 49 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Ce parti politique a été flétri par les calomniateurs

'Ivinistes et apologie par les historiens nationalistes? dont le ^lus notoire est Galiffe.

De qui ce parti se composait-il? Il comptait dans ses rangs les hommes dont les pères avaient fondé, au prix de leur sang, la liberté de Genève. Protestants sincères, gagnés à la Réforme par les prédications de Froment, de Viret et de Farel qui, deux ans avant l'arrivée du Picard, en Suisse, avaient établi le culte nouveau, ces patriotes détestaient, en Calvin, le chef arrogant des étrangers venus à Genève.

Attirés par le théologien de Noyon, des Français, parmi lesquels se rencontraient de nombreux prédicants, fuyant la persécution catholique, avaient envahi la petite ville genevoise, qui comptait à peine treize mille habitants, et s'y conduisaient comme en pays conquis. En chaire les pasteurs nouveaux arrivés vitupéraient les vieux genevois ou les accusaient, en termes ditlamatoires, d'impiétés et de mauvaises mœurs. Calvin donnait lui-même l'exemple de ces agressions

calomnieuses. Les genevoises femmes ou filles étaient publiquement traitées de « courtisannes », si elles se permettaient de transgresser les ordonnances dévotes qui réglaient les menus détails de la toilette, et jusqu'à l'arrangement des cheveux. Pour la moindre peccadille, pour les plus légers écarts de langage les hommes s'entendaient appeler « paillards, chiens, mécréants, pourceaux. » Dès qu'on proférait un mot de blâme contre l'étranger, venu de Picardie, où jusqu'à vingt-cinq ans, il avait joui, dans l'église romaine, de bénéfices ecclésiastiques, on s'exposait aux pénalités les plus avilissantes.

L'homme que ses panégyristes n'appellent jamais que « le grand Réformateur, » se montrait, dans les manifestations de son autorité et de son influence, égoïste mesquinement et tyrannique avec bassesse. Il écoutait ou faisait écouter aux portes afin de connaître les propos tenus sur son compte, et d'en tirer vemgeance s'ils déplaisaient à son orgueil. Si, dit l'historien genevois et protestant Amédée Roget, « quelques traits malicieux sont, de loin en loin, lancés contre lui, les téméraires ne tardent pas à reconnaître que l'État couvre d'une protection exceptionnelle le chef moral de l'Église. » Un notable de la ville ayant qualifié Calvin de « méchant homme » est promené dans Genève « tête nue, en chemise, une torche à la main (i). » Un genevois, Pierre Ameaux, est emprisonné pour avoir, dansj un repas, « tenu mauvais propos » contre le réfor-j mateur. Guillaume Du Bois est mis aux fers, banni] ensuite pour un délit semblable. P. D. Berthelier est enfermé à l'évêché, où sévit la peste, « pour ce qu'il a dit aucunes paroles contre Calvin. » Le notaire André

(1) Histoire de la Reformations par H. Lamarche, pasteur à Né" grepelisse, et président de consistoire. Paris 1882, p. 33.

Picard ayant blâmé le prédicant est arrêté, mis au cachot, privé de sa charge. Humbert, du pays de Faucigny, est banni de la ville, sous peine du fouet, pour u mauvaises paroles contre les Seigneurs prédicants. » On compte par centaines les victimes de ce genre : u On ne saurait disconvenir, écrit le calviniste Gautier, que cet attachement a poursuivre sévèrement ceux qui donnaient la moindre atteinte à la réputation de Calvin, ou qui avaient des idées différentes des siennes, ne fût un défaut chez le réformateur. »

Eh quoi 1 c'était pour en venir à cette tyrannie tracassière, insolente et brutale que les vieux patriotes avaient secoué le joug des évéques et des seigneurs savoisiens, qu'ils avaient chassé les prêtres catholiques, donné aux prédicants les églises, la vieille cathédrale, supporté tant de misères et soutenu de si rudes combats! C'était pour livrer la ville — leur ville — à des diffamateurs dévots, accourus du dehors, que le sang de Philibert Berthelier et de ses compagnons avait été répandu !

A bien des reprises, il y eut contre les étrangers qui abusaient si insolemment d'une hospitalité généreuse des révoltes de colère et des sursauts d'indignation. Ces accès de fierté ne duraient-^pas, et, malgré d'infimeset partiels échecs, Calvin et ses amis gardaient le pouvoir et l'exerçaient avec dureté et outrecuidance.

La prison, le fouet, le bannissement, la ruine ne suffisant pas à apaiser l'orgueilleux ressentiment du théologien persécuteur, il demanda à la torture, à l'échafaud et au bûcher un supplément de satisfaction. Le 28 juin 15i7, Jacques Gruet u vrai genevois d'ancienne roche, » est arrêté et emprisonné. Son crime?... Il est accusé d'avoir placé dans la chaire de Saint-Pierre « un billet auquel sont contenues plusieurs paroles vilaines et infâmes contre les ministres de la parole de Dieu. »

Autre crime : en perquisitionnant chez lui, on a trouvé dans ses papiers une lettre où Calvin est appelé « grand hypocrite. »

Le 9 juillet, Gruet ayant nié être l'auteur du billet trouvé dans la chaire de Saint-Pierre est condamné à passer par les instruments de torture. Il devra subir l'estrapade jusqu'à ce qu'il s'avoue coupable.

Le 12 juillet, Gruet « reçoit deux estrapades. « Affolé de souffrance, il supplie, « avant d'endurer la tierce, qu'on le mette bas. »

Calvin n'intervient pas directement dans le procès, mais, remarque l'historien, Roget « nous voyons par une lettre du réformateur à Viret qu'il était exactement informé!... et qu'il n'use pas, dans le sens de l'indulgence, de l'influence qu'il pouvait avoir sur les juges. >•>

Le 18 juillet une demande de condamnation à mort est introduit^ contre le torturé Gruet « coupable des peines ordonnées par la loi de Dieu et des hommes, lesquelles sont toutes capitales, comme il appert. » [Deutéronome, chap. xviii.)

Au gré de Calvin, la condamnation définitive et le supplice de Gruet n'arrivant pas assez vite, le réformateur se plaint au prédicant Viret des lenteurs de la procédure. On fait trop attendre le bourreau :

« Les syndics, écrit Calvin, le 24 juillet, traînent en longueur le procès de Gruet ; le Sénat désapprouve ces ajournements, mais ne s'y oppose pas comme il conviendrait. »

Le 25 juillet, Calvin a la joie d'apprendre que c Gruet sera mené à Champel et, illec, aura tranchée la tète de dessus les épaules, le corps attaché au gibet, et la tête clouée en iceluy. »

Le 26, Gruet est décapité.

Le 16 aoùtj Calvin écrit à M. de Falais : '

«. Vrai est que Sathan a icy assez d'allumettes ; mais

la flambe s'en va comme celle des étoupes. La punition capitale qu'on a fait d'un de leurs compagnons (Gruet) leur a abattu les cornes. »

Sathan devait être bien marri ; mais <' le grand Réformateur » était satisfait.

Contre les « Libertins » le calvinisme usait de moyens d'intimidation singulièrement religieux. Un jour quelques personnes ayant, dit le pasteur Bungener, « troublé le sermon de Calvin, en entrant avec un grand bruit dans le temple, une potence fut dressée sur la place de Saint- Gervais » (1). Cette potence remplaçait le légendaire bonnet de Gessler. Il y avait progrès dans le choix des symboles.

La férocité du théologien de Noyon à l'égard des vieux genevois s'explique (remarque Albert Rillet) par ce fait que Calvin « était étranger aux combats que les enfants de Genève avaient livrés pour la conquête de leurs libertés... 11 ne venait point pour jouir avec eux de la victoire, mais pour en profiter. >->

L'expression est exacte, mais insuffisante. Calvin ne voulait pas seulement profiter de la victoire que d'autres, au prix de leurs souffrances et grâce à leur héroïsme, avaient remportée ; il voulait aussi abattre quiconque ferait obstacle à sa volonté. Oh! il ne s'agissait pas pour lui, bien qu'on ait soutenu le contraire, de profits matériels, de fonctions lucratives à exercer ou à distribuer à des parents et à une clientèle. Le théologien picard n'a certes pas reculé devant la diffamation lorsqu'il s'agissait de perdre ses adversaires et de les déshonorer. Il a enduit de fiel la coupe de mort que sa main leur présentait. Nous le verrons bientôt s'acharner à l'injure, à l'outrage, aux calomnies contre

(l) Calvin, sa vie et ses œuvres, par le pasteur Félix BunîTener. P. 282.

Servet prisonnier, souffrant, vivant dans Tombre de Téchafaud. Si l'axiome de droit : patere quam ipse fecisti legem; si la parole évangélique : il vous sera fait comme vous avez fait aux autres, devait lui être appliquée, la diffamation serait de droit contre sa personne. Elle n'est pas nécessaire. Ses actes publics l'accusent et crient plus rudement contre lui que tous les pamphlets.

11 lui fallait à tout prix, — c'est encore un mot de Rillet — rendre les vieux genevois « fidèles sujets de Jésus-Christ et faire de leur ville un sanctuaire de l'Évangile. » — Un sanctuaire taché de sang et où on pénétrait en marchant sur des victimes. « Ce que, — continue Rillet, que j'aime à citer parce qu'il ne saurait être suspect d'anticalvinisme, — ce que les fondateurs d'ordres religieux avaient tenté pour les cénobites, cloîtrés dans des monastères, Calvin osa l'essayer sur une ville corrompue (?) etUbre ; il imposa une règle aux habitants de Genève et il la fit exécuter. Il comptait dans le gouvernement plusieurs membres favorables à ses vues, et il s'appuyait, en outre, sur ceux qui dans le peuple avaient accepté sérieusement sa doctrine, et sur les étrangers, toujours plus nombreux, réfugiés à Genève pour cause de religion. 11 trouvait là des sujets soumis; et, dans le consistoire chargé de surveiller la vie et la foi du troupeau, un utile instrument. »

Lorsque Servet arriva à Genève la domination de Calvin y était définitivement établie depuis plus de douze ans. Le Noyonnais avait vaincu toutes les résistances, ce qui ne signifie pas qu'il eut supprimé tous les mécontentements. Les libertins n'étaient sans doute pas les plus forts, mais le calvinisme ne les avait pas anéantis. Ils regimbaient, passaient d'un semblant de soumission à des essais de résistance, que Calvin, fidèle à sa constante méthode de confondre sa cause avec

LE PARTI DES LIBERTINS l.i7

celle de Dieu, déclarait « satanique ". Excellent moyen dans une cité théologique de provoquer d'implacables excès de répression. Puisque s'attaquer au Picard, c'était, suivant son orgueil et sa doctrine, s'attaquer à Dieu et servir Sathan, la plus petite opposition à sa personne devenait un attentat contre la justice sur la terre et une offense au ciel. L'opposition intermittente et sans effet durable des libertins n'inspirait aucune crainta sérieuse au dominateur.

Dans sa correspondance avec ses amis de France ou d'Angleterre, il étalait complaisamment les preuves de son indomptable autorité et de la méprisable faiblesse de ses adversaires. « Je ne sais, mandait-il à M. de Falais, à propos de ses adversaires, s'il vous sera venu quelque bruit de nos troubles, car on en parle si haut par le pays circonvoisin qu'il semble que nous soyons tous perdus. Surtout on me fait mort souvent ou bien navré. Mais tant y aque je n'en sensrien. Et, en la ville, nous ne voyons pas la centième partie de ce qui s'est dit. Il y a bien eu quelques murmures et menaces des gens dél)auchés qui ne peuvent porter le chastiment. Même la femme de celui qui vous devait aller voir et vous écrivit de Berne s'était élevée bien fièrement. Mais il a fallu qu'elle ait gagné les champs, pour ce ol'il

NE faisait pas BON EN LA VILLE POUR ELLE. LcS autreS

baissent bien la tête, au lieu de lever les cornes. Il y en a un qui est en danger de payer un écho bien cher; je ne sais si la vie 7i'y demeurera point. Il semble avis aux jeunes gens que je les presse trop. Mais si la bride ne leur était tenue roide, ce serait pitié. Aussi il faut procurer leur bien, malgré qu'ils en aient. »

Ce langage, oîi la dévotion alterne avec des propos d'insolence et de cruauté à l'égard d'une femme, des prophéties de mort contre un adversaire, des menaces contre la jeunesse genevoise, à qui il faut ^< tenir la

bride raide », décèle-t-il autre chose qu'une attitude de tyran certain de sa domination et décidé à Fexercer brutalement? L'infortuné qu'il a obligé à l'exil, le malheureux qu'il voit déjà sur les marches de l'échafaud (je ne sais si la vie n'y demeurera point) appartiennent aux familles influentes des libertins. La femme qu'il outrage est Tépouse d'Amédé Perrin, le chef du parti nationaliste; Fhomme qu'il voue à la mort, c'est Jacques Gruet, décapité peu après comme blasphémateur, séditieux et altier !

Calvin ne doute pas de sa toute-puissance dans cette ville de Genève dont il a fait un État théocratique, gouverné par des ministres de l'Évangile et où l'inquisition de ses confrères ecclésiastiques s'étendait à tous les détails delà vie. Une Visitation annuelle de maison en maison, faite par les pasteurs, permettait d'établir l'état religieux et moral de chaque habitant et de tenir l'exacte comptabilité des croyants zélés, tièdes ou douteux (1). Malheur à qui s'écartait de la foi ! La mort ellemême ne délivrait pas de la persécution. On faisait, pour plaire au Dieu de Calvin, la guerre aux trépassés. On déterrait les cadavres pour les maudire. « Dans cet étroit enclos, sombre jardin de Dieu, fleurissaient, pour le salut de l'âme, des roses sanglantes sous la main de Calvin », a imprimé Michelet, ajoutant que « s'il fallait quelque part en Europe un homme pour brûler ou pour rouer, cet homme était à Genève, prêt et dispos, qui partait en louant Dieu et lui chantant des psaumes. »

La phrase est belle, mais elle a besoin d'être complétée. Calvin n'envoyait pas seulement des martyrs au

(1) On lit dans la chronique manuscrite de Michel Roset, livre V, chapitre xxii : « Sur Favis des ministres il fut ordonné, le 3 avril looO, une Visitation annuelle de maison en maison, pour interroger hommes et femmes de leur foy, pour discerner les endurcis d'avec les chrétiens... »

loin, il en faisait sur place. Dans cet étroit enclos, sombre Jardin de Dieu, « malheur à qui, mort ou vivant, faisait ou avait fait la guerre au dogmatisme du Picard ! -- Trois ans après la décapitation de Gruet, un ouvrage autographe du supplicié ayant été trouvé dans un galetas, Calvin, ne jugeant pas cet écrit assez châtié par le supplice de son auteur, le fit brûler par la main du bourreau après en avoir lui-même dressé la censure en des termes où respire encore la haine inassouvie : « Gomme ainsi soit que l'écrivain du livre ait été par jugement condamné et exécuté, afin toutefois que la yengeance de Dieu ne demeure point sur nous pour avoir enduré ou dissimulé une impiété si horrible, et aussi pour donner un exemple à tous complices d'une secte si infecte et plus que diabolique, même pour fermer la bouche à tous ceux qui voudraient excuser ou couvrir telles énormités et leur montrer quelles condamnations ils méritent, soit ordonné le brûlement du livre ; le plutôt sera le meilleur. »

On retrouve cet accent de colère persistante et triompliante dans toutes les lettres et les écrits où le théologien parle de ses adversaires politiques et religieux :

« J'aperçois, écrit-il à un de ses habituels correspondants, qu'on augmente par delà, comme ailleurs, ce que nous avons ici eu de fascheries. On ma fait mort à Lyon en plus de vingt sortes. Par tout le pays on dit mervoilles dont nous ne sentons rien, Dieu merci... Quant à votre hoste, Amédé Perrin, je ne sais quelle mine il nous tiendra à son retour. 11 fit semblant de partir bon ami, toutefois pie fuyant plus de honte et révérence qu'autrement. Cependant sa femme a tant fait la diablesse, qu'il a fallu quelle ait gagné les champs. Il y a déjà environ deux mois qu'il est absent. 11 faudra qu'il file doux à son retour. »

Et, dans la même lettre, à propos d'un autre adver-

saire : « Quant à ses injures, elles ne me poisent non plus que sa personne a d'importance envers moi, qui est un peu moins qu'une plume. Joint aussi qu'on s'aperçoit qu'il était ivre quand il a ainsi écrit. Moyennant qu'il n'aille point jusqu'aux coups de pierre, notre patience ne sera pas trop dure à porter ses injures. Mais nous ne sommes pas meilleurs que David, quand il serait question d'être plus outragé, et lui vaut bien Séméï » ; Séméï que David fit exécuter !

Une des particularités de la correspondance du « Serviteur de Dieu » et « ministre de l'Évangile Calvin », c'est qu'il est tellement assuré de sa domination qu'il se laisse emporter à tout instant à des menaces de mort. Le souvenir du mal qu'il a fait aux autres n'amène jamais sous sa plume ou sur ses lèvres un mot de regret, une parole de mélancolie. Il ravive au contraire ses sentiments de haine. La pensée qu'il est le plus fort ne l'apaise pas. Elle fait déborder le venin de sa colère et le fiel d'une animosité toujours plus abondante et plus acre.

Un tel phénomène psychologique ne se rencontrera à un pareil degré que chez le picard Robespierre.

On a dit pour justifier ou expliquer l'âpreté de ce ressentiment qu'il n'avait pour mobile ni des pensées de lucre, ni des idées de vanité personnelle. C'est discutable ; mais quand même ce serait vrai, que vaudrait cette excuse, applicable à tous les fanatiques qui ont passé dans le monde en répandant le sang, en faisant verser des larmes et à qui l'histoire a reproché leurs scélératesses? Qu'importe d'être tué par quelqu'un que l'orgueil spirituel pousse à l'homicide ou par quelqu'un qui convoite des profits matériels?

Torquemada aussi n'était pas avide de richesses !

Jusque dans les épîtres adressées à des femmes, Calvin cède au besoin d'étaler sa superbe, son désir de

vengeance et de meurtre. En 1552, très peu de temps avant le brùlement de Servet, il écrit à madame de Cany à propos d'un inconnu : « Sachant en partie quel homme c'était, j'eusse voulu qu'il fut pourri en quelque fosse, si ce eut été à mon souhait... Et vous assure, madame, s'il ne se fut si t()t échappé que, pour m'acquitter de mon devoir, il n'eût pas tenu à moi qu'il ne fut passé PAR LE feu. »

. Faire pourrir en quelque fosse, faire passer par le feu, ce sont les leit-motives de cette piété réformatrice.

Le personnage auquel se rapportent les regrets du théologien picard, est-ce Jérôme Bolsec, alors domicilié à Veigy et qui se qualifiait de sujet de Berne? On l'a soutenu, et c'est là une supposition assez naturelle. Calvin haïssait Bolsec qui avait eu la témérité de ne pas souscrire à la doctrine du pape huguenot sur la prédestination, et qui avait commis le crime d'avoir raison contre « l'infaillible. » Bolsec incarcéré avait souffert quelquesunes des tortures que Servet devait, lui aussi, endurer plus tard. Emprisonné, Bolsec s'était adressé en ces termes à ses persécuteurs : « Très redoutés Seigneurs, supplie humblement Vos Excellences Hierosme Bolsec, sujet de messieurs de Berne, qu'il vous plaise avoir souvenance que sont trois semaines qu'il est détenu en vos prisons avec grands despens et dommages, sans avoir commis crime de lèse-majesté, et sans avoir tué, meurtri, ni frappé, dérobé, ni injurié personne vivante, mais seulement pouravoir contredit à une opinion maintenue par vos ministres, laquelle chose ne doit être cause de si longue détention en prison, attendu que, en votre ville, a été permise disputes à papistes et anabaptistes. »

Mais Calvin et les calvinistes ne l'entendaient pas ainsi. Le parti des Libertins tenta vainement de protéger Bolsec qu'une fraction du peuple genevois entourait de sa sympathie. Les ministres de Dieu insistèrent

pour obtenir que l'adversaire théologique du Réformateur fût puni par les magistrats de façon à ne pouvoir plus scandaliser le monde. Farel et ses collègues neufchâtelois présentèrent Bolsec comme un « personnage profane des pieds à la tète, qui se vautre dans les choses sacrées, ainsi qu'un porc immonde fouillant le sol de son groin impur. » Calvin ne se montra pas moins injurieux et implacable.

Afin d'expliquer l'inextinguible animosité du théologien de Noyon, on a allégué le misérable état de sa santé. L'impartialité oblige à ne pas refuser à celui qui fit souffrir tant de gens, l'excuse ou l'atténuation matérialiste de la maladie. Calvin fut presque sans cesse en proie à des maux physiques, dans lesquels s'il s'était agi d'un autre que lui-même, il aurait reconnu le juste châtiment de Dieu.

Voici donc, telles qu'on les trouve rapportées dans une de ses lettres, les so.uôrances physiques qui firent de lui le plus tourmenté des tourmenteurs (1).

Aux médecins de Montpelliei:.

« Lorsque Sarazin, mon médecin, m'a voulu faire prendre les remèdes que vous m'aviez ordonnés, je luy ay demandé qui avait pris la peine, à mon insu, de vous consulter sur mes maux. Il m'a répondu qu'à la prière d'un de mes collègues, qui est à Montpellier, il avait fait une relation de l'état où je me trouvais, afin que vous puissiez me donner conseil. Je reconnais par le détail où vous étiez entrez dans votre réponse combien ma vie vous est chère puisque vous prenez tant de

(l) Cette lettre est tirée du volume qui a pour titre : Lettres choisies de Jehan Calvin, mises en français par Antoine Teissier. Cologne, M. H. C. II.

soin pour la prolonger. Si vous m'aviez rendu ce bon office après vous en avoir priez, je vous en serais fort obligé ; mais je le suis bien davantage de ce que vous m'avez prévenu. Cependant je ne puis vous témoigner ma reconnaissance qu'en vous offrant les remèdes spirituels qui sont contenus dans mes Écrits. Il y a vingt ans que Tayaut et Gallas, très habiles médecins de Paris, eurent la même honnêteté pour moy. Mais alors je ne sentais pas les douleurs de la goùle, je n'avais pas à combattre la pierre et la gravelle, je n'étois pas tourmenté de la colique, ni des hémorroïdes, je n'étois pas menacé du crachement de sang. Tous ces maux ont fait en même temps irruption sur moy. Dès que j'ay été guéri de la fièvre quarte, j'ay été attaqué d'un grand mal aux cuisses, qui après avoir un peu cessé, m'a repris à deux diverses fois, et qui entîn s'est changé en une goûte qui est montée des piez aux genoux. Après avoir été chatouillé par des vers que les médecins nomment ascarides, j'ay eu pendant très longtemps un ulcère fort douloureux dans les veines hemorroidales duquel je suis maintenant délivré. Ce fut cause que Tété passé la colique me prit ; car comme je ne pouvais souffrir l'agitation du cheval, j'alloys en litière à la campagne. Au retour je voulus faire une partie du chemin à pié. A peine eus-je fait une lieue que les maux que je sentais dans les reins m'obligèrent de m'arréter. Et alors je fus surpris de voir que mon urine étoit toute sanglante. Ktant rentré chez moi je me mis au lit, où je fus pas plutôt que j'eus divers accès de colique dont je ne fus guères soulagé par les remèdes qu'on me donna. Enfin ayant rendu une pierre avec de violents efforts, je sentis quelque adoucissement à mon mal. Mais cette pierre étoit si grosse qu'elle me blessa les veines et l'on ne put arrêter la perte de sang qu'en jettant avec une seringue du lait de femme dans la

partie affectée. Depuis ce temps il est sorti plusieurs petites pierres de mon corps, et la pesanteur que je sens dans mes reins marque qu'il y en a là une carrière. Le repos que mes piez malades m'obligent de prendre, me fait désespérer de guérir. Les douleurs que me causent les hémorroïdes m'empêchent aussi d'aller achevai. J'ay encore un autre mal; c'est que la viande ne pouvant pas se bien digérer dans mon estomach, se convertit enphlègmes, qui ne peuvent pas sortir parce qu'elles sont aussi épaisses que de la glu. Mais je suis bien indiscret de vous récompenser de vos soins, en redoublant la peine que vous avez prise, et en vous engageant, non pas à consulter de nouveau mon mal, mais à lire des choses ennuyantes que je vous ayj écrites. — A Genève, février 1564. »

La nature répugnante et douloureuse des maladies de Calvin explique, et dans une certaine mesure excuse, les violences, les âpretés de son caractère. Avec une santé aussi délabrée, aussi lancinante que pouvait faire un homme à qui la joie de vivre était interdite, sinon chercher dans le travail, Tespérance en l'au delà et le tourment d'autrui l'oubli de ses maux physiques? Calvin fut un scribe prodigieux, atrabilaire et morose. II tenta de faire une société à l'image de sa personnalité impuissante au plaisir, à qui le rire était défendu et l'austérité la plus sèche indispensable. Il s'inspira pour édifier la Rome protestante des misères de son estomad et de l'acre pauvreté de son sang. Il croyait légiférer} pour Dieu, il légiférait pour ses infirmités.

Elles firent de lui le plus maussade, le plus exaspéra et le plus cruel des tracassiers théologiques. L'organisation sociale qui fut la conséquence de sa domination « spirituelle » est affreuse. Il est peu de cauchemars aussi effroyables. Sous prétexte d'ouvrir le ciel â quelques élus (et encore cette prétention ne pouvail

être sérieusement produite, puisque l'élection et la damnation étaient de toute éternité), Calvin faisait descendre « l'enfer » sur la terre. Le gouvernement théocratique qu'il conseilla et fit prévaloir à Genève est d'une morosité et d'une dureté sans précédent. Le théologien à qui ses maux physiques faisaient une âme de fiel, d'hypocondrie et d'angoisse, proscrivait le plaisir, l'art, le luxe, l'agrément, le sourire. Il n'admettait la liberté sans aucune forme. Les châtiments par lesquels on réprimait les « écarts » de conduite et de langage, c'est-à-dire l'exercice de la pensée, le droit de ne pas soumettre les actes de la vie à des doctrines de dé' sespoir, comprenaient la prison, les punitions corporelles en public, l'exil et la mort. ,

La méchanceté théologique n'épargnait personne. Elle s'abattit sur le pauvre poète Clément Marot, ce moineau franc égaré parmi les corbeaux de la Réforme. Le poète du « doux nenni », afin d'échapper à la persécution catholique en France, s'était réfugié à Genève : il y trouva des persécuteurs d'une autre sorte. S'étant permis, un jour, pour se distraire, de faire avec son ami Bonivard une partie de tric-trac, il fut dénoncé au consistoire et dut quitter la ville au plus vite.

Nous ne connaissons pas toutes les mesures prises sous le régime calviniste « pour tailler le peuple au modèle d'un puritanisme ridicule et odieux ». Toutefois il suffit de parcourir l'histoire de ce temps et de relire le recueil des ordonnances civiles, particulièrement les articles connus sous le titre de lois somptuaires, pour comprendre la répulsion que devait éprouver le parti national, dont les Libertins étaient les représentants, en face d'une réglementation burlesquement et cruellement oppressive.

L'homme qu'on représente comme un « grand Réformateur », comme une intelligence de haute envergure,

Calvin, se préoccupe quotidiennement d'empêcher les genevois de danser, de jouer aux quilles, de chanter des chansons, de porter des « pourpoints croisés », sous peine de « trois jours en prison au pain et à l'eau, et de soixante sous d'amende, la première fois... » Il fait arrêter et emprisonner un nommé MoUier qui « se trouvant à Thonon a dit, en demandant des cartes : Apportez les psaumes de David; il dénonce au Consistoire les mécréants qui « portant des enfants au baptême, s'en retournent sans avoir ouï le sermon. » Le premier juillet 1550 on mit « en prison, au pain et à l'eau, Pierre Renard parce qu'il a dit à Bastien Foncelet, bourguignon, qui venait de comparaître devant les ministres : « Que Vont dit ces baguenaudiers? » Le 8 septembre, le sieur Conte, boucher, convaincu de savoir mal dire « ses prières, est condamné à se trouver tous les jours au sermon, sous peine d'un teston ; » le 20 août 1551, Calvin fait comparaître Philibert Bonna devant le Consistoire et l'accuse « d'avoir dansé chez Jacques Blondel, et d'être sorti du temple vers le milieu du sermon sans tirer son bonnet. » Dans la même année les genevois sont avertis « de la part des magnifiques et très redoutés seigneurs que nul ne doit être assez hardi de jurer le nom de Dieu, sous la peine pour la première fois de baiser terre et crier à Dieu merci ;\ pour la seconde fois de rebaiser terre à genoux en' criant à Dieu merci, et à payer dix sous ; pour la troi-1 sième fois à payer soixante sous et à être en prison un jour et une nuit, au pain et à l'eau; pour la quatrième fois d'être banni de la cité durant trois mois », aji baisement de terre et paiement d'amende. Le 30 octobre, Calvin dénonce Paul Bienvenu pour avoir appelé « les ministres ménétriers et autres injures. » Un \u'\] plus tard « un pâtissier qui, sans avoir ouï le sermon, est allé prendre la cène, en venant de panser ses che-

vaux, est condamné à vider la ville dans six jours et à n'y plus retourner sous peine du fouet. »

Vingt pages ne suffiraient pas pour énumérer les vexations du genre- de celles que nous venons de citer. C'est pourquoi les écrivains les plus favorables à la Réforme, les plus indulgents à Calvin, Marc iMonnier entre autres, ont été obligés de reconnaître que, sous la domination du Picard, « Genève était devenue une ville triste et avait chassé non seulement le plaisir, mais tous les arts de sa maison. La loi intervenait partout, réglait les modes, fixait le menu des repas : deux plats ^ viande et lérjume^ sans pâtisserie... Le Consistoire citait à comparaître devant lui tous ceux qui avaient péché contre les mœurs, et quels étaient les délits de ces grands coupables?... — Une femme s'était avisée de prier en latin et de dire : Ave Maria! — Une autre avait porté des cheveux pendants; un autre s'était montré en public avec des culottes bouffantes, un autre avec un bouquet sur l'oreille; des jeunes gens avaient été surpris dans une hôtellerie : les hôtelleries n'étaient permises qu'aux étrangers, surveillés de près par les aubergistes. Le voyageur, en y arrivant, devait être dépouillé de son épée ; il ne pouvait sortir après souper, ni boire autre chose que le vin rouge du pays; il était tenu de faire sa prière avant le repas ; s'il y manquait l'aubergisto était responsable. On citait devant \c consistoire des filles qui s'étaient exercées à patiner, un priseur qui, au prêche, avait offert du tabac à son voisin, un créancier et un débiteur qui avaient réglé leur petite aft'aire en sortant du temple, une femme qui avait regardé le prédicateur avec un peu trop d'attention... » Nous prenons au hasard parmi des milliers de faits semblables.

« Toutes les muses, ou presque toutes, furent littéralement bannies. Défense de danser, et même de voir

danser, d'entonner chansons « lugubres et vaines. » La musique fût interdite, même aux fêtes nuptiales; on ne toléra que celle des psaumes, alternant avec le bruit des clairons, des fifres et des tambours, ou, tout au moins, avec le hennissement de la trompette qui épiait Tennemi du haut de la tour. Il n'est pas jusqu'à la mu sique sacrée qui ne fut suspecte à Calvin. Dans sa pensée, le chant d'église pouvait servir à l'édification, « pourvu toutefois que l'on se donnât garde que les oreilles ne fussent plus attentives à l'harmonie du chant que les esprits au sens spirituel des paroles » (1).

Quant aux étrangers de passage à Genève, on peut s'imaginer par la lecture de Tédit suivant de l'agrément qu'ils devaient avoir dans la cité de Calvin :

« Que nul citoyen, bourgeois, ni habitant la ville quel qu'il soit, n'ait à aller boire, ni manger en aucune taverne ou cabaret ; et que nuls hôtes, taverniers et cabaretiers n'aient à leur donner à boire, ni manger, à peine pour les particuliers de soixante sous pour chacune fois, et, pour la seconde, d'être privés de tenir 1 logis.

a Que les dits hôtes et cabaretiers ne donnent à boire ni manger aux étrangers pendant les heures des ser- ' mons des dimanches et jours des prières, à peine de • soixante sous. — Est défendu aux étrangers de sortir de leur logis après la retraite sonnée, à peine de prison, • et autres châtiments dont leurs dits hôtes seront tenus : les avertir, et, à ces fins, feront tenir fermées les portes < de leur logis. Que les dits hôtes et hôtesses fassent faire en leur logis la prière à Dieu devant et après le repas, à peine de soixante sous pour une chacune fois.

« Que tous citoyens, bourgeois et habitants soient tenus veiller et observer diligemment tous allants et^

(1) Genève et ses poêles, par Marc Monnier, pp. 78, 79 et 81.

menants. » L'espionnage et la délation étaient obligaoiresl

A défaut des joies mondaines, des jouissances du uxe et des arts, des gaietés de la table, des divertisse- Qents et des plaisirs, le calvinisme offrait au peuple genevois la contemplation édifiante « des têtes tranhées, des corps coupés en quatre quartiers, du foncionnement des instruments de torture. » Le parti des libertins faisait les frais de ces spectacles de sang épandu et de chair meurtrie.

Au lendemain d'une échauffourée, à laquelle avaient )ris part deux bateliers du parti des Libertins, les rères Comparet, une condamnation intervint portant [ue « ces deux pauvres diables » — la qualification est leThistorien protestant Amédée Roget — auraient « la ête tranchée, en Champel, et leurs corps coupés en [uatre quartiers. » L'aîné des Comparet fut mis à mort e premier et ses membres furent exposés aux quatre ;oins de la ville. Les deux frères, par suite de la mala- Iresse du bourreau, qui s'y prit à plusieurs reprises )0ur achever de les tuer, « languirent » dans un sup- )lice effroyablement douloureux.

Calvin, racontant cette exécution à son bon frère ^arel, écrit : « Je suis persuadé que ce n'est pas sans me volonté spéciale de Dieu que les condamnés ont lubi, en dehors du verdict des juges, un long tournent sous la main du bourreau. »

Plusieurs siècles avant Joseph de Maistre, le ministre ie l'Évangile Calvin avait, à propos d'un fait d'atrocité, nventé la théorie du bourreau-providence; il avait osé 'aire d'un instrument de meurtre, cruellement manié, e glaive « spécial » de Dieu. Les frères Comparet, dit 'historien genevois Uoget, « n'étaient coupables que l'un simple délit de tapage nocturne, » — et anti-calviliste.

Afin d'anéantir, par Téchafaud ou par l'exil, ce parti des Libertins dont l'indépendance intermittente offensait son orgueil et contrariait sa passion de despotisme, Calvin s'efforça de faire transformer en complot le « tapage nocturne » qui coûta la vie aux frères Comparet. Pour obtenir ce résultat la torture était nécessaire. Gela n'était pas pour arrêter la volonté évangélique de Calvin. Au contraire. Parlant des malheureuxprisonniers à qui ce genre de souffrances était réservé, Calvin écrivait à Farel : « Nous verrons, je l'espère, dans deux jours, ce que la torture tirera de leur bouche, Videmus ante hiduum, ut spero, quid illis extorqueat qusestio (1) ». Dans une autre lettre, sur ce même sujet, le Réformateur disait au pasteur Bullinger : « On n'a pas usé, à l'égard des prisonniers, d'autre violence que d'élever un peu {non multum)\es condamnés après avoir lié leur| bras à la corde. En fait on s'est contenté de leur pré-v senter la perspective de la question pour les effrayer. ■• Or il était tout naturel d'en agir ainsi, sans cela ilsl auraient tout nié, encouragés par leurs adhérents. Lesî juges ne pouvaient souffrir qu'on niât le complot qulg était évident. » Il était si peu évident, remarque Roget J qu'on cherchait, par la torture, à en établir la réalité.

A l'apologie du bourreau-providence, le RéformateuD ajoutait l'apologie delà torture « naturelle. » Il est vrai qu'il en parlait avec une désinvolture souriante. « Ob s'est contenté, disait-il, de faire subir aux prisonnière un petit, un tout petit (non multum) supplice. » DansU langue des bourreaux, que Calvin devait connaître, c^ tout petit supplice s'appelle l'estrapade. l

Calvin n'étaitpas « cruel», a écrit un des pasteurs qui i ont raconté la vie du picard. Qu'est-ce qu'il lui faut donc à ce pasteur ?

(1) Opéra Calvini, xv, p. 639.

Le bourreau et les bannissements avaient exterminé, annihilé le parti des Libertins. L'ordre régnait. «Toutes les magistratures, du haut au bas de l'échelle, étaient aux mains des amis de Calvin. » Genève se courbait docilement sous le regard et le geste du belluaire théologique. La servitude abaisse l'homme jusqu'à s'en faire aimer.

Avec le théologien de Noyon la cruauté n'a jamais dit son dernier mot. Tous les Libertins n'avaient pas été tués ou écartelés. Quelques-uns avaient réussi à prendre la fuite. Calvin fit demander quepar édit exprès, « nul, quel qu'il soit, n'ait à parler de remettre, ni laisser venir devant cette cité les dits fugitifs et séditieux, A PEINE QUE CELUI QUI EX PARLERA, AVANCERA, OU PROCURERA, AURA LA TÈTE COUPÉE ».

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