‹ Michel Servet et CalvinChapitre 35 sur 49 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Il fallait à Calvin un singulier oubli de lui-même pour oser reprocher à quelqu'un d'user « de diffamations et d'injures ».

Sans doute au cours du procès, à la fin surtout, Servet se laissa emporter à des paroles d'exaspération. Elles lui ont été durement reprochées par certains écrivains calvinistes, par ceux-là, en particulier, qui n'ont rien trouvé à redire à l'attitude et aux propos lâchement injurieux du Réformateur.

Il y avait, pourtant, entre les deux hommes une différence de situation remarquable : Calvin était libre et Servet en prison. Et quelle prison ! Calvin était entouré de serviteurs et d'amis; à Genève il avait une Cour d'ecclésiastiques. « Calvin, dit un écrit du temps, se fait appeler Seigneur et domine de telle façon qu'il est plus dangereux de lui déplaire que d'oflenser le roi de France en personne... »

La colère, l'indignation ne s'expliquent que trop chez

un infortuné comme Servet, qui se voit poursuivi par un persécuteur acharné à le faire mourir. Mais Finsulte au vaincu, Toutrage au mallieureux provoquent le dégoût et révoltent la conscience.

Le 15 août, Nicolas de La Fontaine, c'est-à-dire Calvin, présente au Conseil une requête tendant à « ce que lui accusateur, soit mis en liberté et Servet reconnu criminel ».

« Pardevant Vous, magnificques, puissans et très redoubtez Seigneurs propose Nicolas de la fontaine sestant constitué prisonnier en cause criminelle contre Michel Servet pour les graves scandales et troubles que ledict Servet a desja faict par lespace de vingt quattre ans ou envyron en la chrestienté, pour les blasphèmes qu'il a prononcé et escript contre Dieu, pour les hérésies dont il a infecté le monde, pour les mescuantes calumnies et

FAULSES diffamations QUIL A PUBLIÉ CONTRE LES VRAIS

serviteurs de Dieu et notament contre m"" Calvin duquel ledict PROPOSANT EST TENU DE MAINTENIR LHONNEUR COMME DE SON PASTEUR, SIL VEUT ESTRE TENU POUR CHRES- TIEN, ET AUSSI A CAUSE DU BLASME, ET DESHONNEUR QUE POURROIT AVENIR A LEGLISE DE GeNEVE POURCE QUE LEDICT

Servet condamne par especial la doctrine qu'on y

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