VANDEL
Prenez garde : il convient de parler bas, quand les potences parlent si haut! [Il montre legibel.) (1).
(1) Le dramaturge Marc Foiirnier n'a rien compris au caractère de Servet. IK'veur passionné, ri'^spagnol n'était capable de conspirer qu'avec les idées. S'il fut, dès le premier jour de sa venue, arrêté à Genève, c'est, d'après une anecdote qui est, peutêtre, une légende, parce qu'il ne sut pas résister au désir d'aller entendre un sermon ? Quittant l'auberge de « La Rose, » il se rendit au prêche de Saint-Pierre. Aperçu un peu avant l'office par des collègues de Calvin, il fut dévotement dénoncé à celui-ci, qui. non moins dévotement, fit requérir un ordre d'arrestation. Telleétaitlaliberté théocratique dont on jouissait <à (ienève : un passant pouvait y être appréhendé, emprisonné et, finalement, brûlé vif, pour avoir publié vingt ans auparavant en Allemagne des brochures qui n'avaient donné lieu à aucune poursuite et fait imprimer en Franct; un livre qui n'avait pu être mis en circulation et dont les exemplaires avaient été confisqués.
Qui est responsable de cette iniquité et des suites qu'elle entraîna? GalvinI 11 l'a reconnu lui-même : «.16 ne dissinmle point, a-t-il écrit, (jue ça été à mon aveu que Servet a été appréhendé pour rendre compte de ses maléfices. » Du reste le souvenir de cette action lui était léger. « Quel reproche peut- on m'adresser, disait-il, de ce que le Conseil de Genève, sur mon exhortation, [meo hortatu) a tiré vengeance de blasphèmes exécrables? » Calvin
ARRESTATION DE SERVET
Un écrivain français, beaucoup plus illustre que Marc Fournier, — le grand romancier Honoré de Balzac, — a flétri, dans des pages peu connues, l'épouvantable cruauté de Calvin : « Ceux qui voudront étudier, dit Balzac, les raisons des supplices ordonnés par Calvin trouveront, proportion gardée, tout 1793 à Genève. Calvin fit trancher la tête à Gruet pour avoir écrit des lettres impies, des vers libertins et avoir travaillé à renverser les ordonnances ecclésiastiques. Réfléchissez à cette sentence, demandez-vous si les plus horribles tyrannies ofl'rent, dans leurs saturnales, des considérants plus cruellement boufl'ons... Michel Servet. passant par Genève, y avait été arrêté, jugé, condamné sur l'accusation de Calvin, et brûlé vif pour avoir attaqué le mystère de la Trinité, dans un livre qui n'avait été ni composé, ni publié à Genève. Souvenez-vous ensuite de Jean-Jacques Rousseau, dont le livre, qui renversait la religion cathoHque, écrit en France, et publié en Hollande, mais débité dans Paris, fut seulement brûlé parlamain du bourreau, etlauteur, un étranger, seulement banni du royaume où il essayait de ruiner les vérités fondamentales de la religion et du pouvoir, et comparez la conduite du Parlement à celle du tyran de Genève. . . Pesez ces considérations et demandez- vous si Fouquier-Tinville a fait pis. La farouche intolérance >^ religieuse de Calvin a été moralement plus compacte, plus implacable que ne le fut la farouche intolérance politique de Robespierre. Sur un théâtre plus vaste que Genève, Calvin eût fait couler plus de sang que le terrible apôtre de l'égalité politique (1). »
écrivait ces mots en 1562, presque dix ans après la mort de Servet. La vengeance, dit un proverbe espagnol, est un mets qui demande à être mangé froid.
(1) Swr Catherine de Médicis, par H. de Balzac, tome XV, pages 628 et 629. Edition Furne et Dubochet, Paris, 18io.
Servetqui, selon la très juste observation de Balzac, n'était à Genève qu'un « passant », fut arrêté le 13 août,
jour dominical.
Le 20 août, — deux mois et trois jours avant le bûcher de Champel, — Calvin écrit à Farel :
(( J'espère qu'il y aura peine de mort. »
fn