‹ Michel Servet et Calvin [microform]Chapitre 39 sur 51 · PEINE · texte numérisé non relu

PEINE

Lorsque, en dehors des conditions de ce duel, auxquelles il ne pouvait pas se soustraire, Servet parle, en son propre nom et doctrinalement, du droit d'examen, il se prononce pour la liberté. Ainsi dans les déclarations émouvantes de ses divers interrogatoires, ainsi dans la Itesianralion.

Pour obtenir une condamnation à mort, ses persécuteurs ont invoqué, non seulement des griefs théologiques, mais aussi le crime de libre pensée. Servet est donc mort victime du calvinisme et martyr de la

pensée libre.

Aux tourments qu'on lui fit subir en prison, faut-il ajouter la menace de la torture ? Elle était dans les intentions de Calvin, s'il faut s'en rapporter à Castellion. En un dialogue fictif entre le Réformateur et un certain Vaticanus, qui personnifie Castellion, on trouve cette

révélation :

Calvin. — Les papistes ne permettent pas aux martyrs de se défendre par la parole de Dieu. ' Vaticanus. — Si! On le leur permet, comme tu l'as permis à Servet, en les prévenant qu'ils périront s'ils ne se rétractent. Calvin. — On commence par ne leur octroyer nulle

défense...

Vaticanus. — Tu as commencé par emprisonner Servet et par refuser la parole non seulement à tout ami de Servet, mais à quiconque n'était pas son ennemi, témoin Gribaldi, que tu as repoussé avec tant de hauteur.

Calvin. — Ils condamnent sans entendre.

Vaticanus. — N'être pas entendu ou être entendu comme Servet, qu'importe, quand on est aux mains de ses ennemis, et que, quoi qu'on dise, bien ou mal, on n'a que la mort à attendre !

Calvin. — Ils traînent les pauvres gens à la torture.

Vaticanus. — Si je suis bien renseigné, on avait apporté la géhenne, et c'est grâce à l'intervention de Pierre Vandal, conseiller, ennemi de Calvin, que Servet

fut épargné.

M. Ferdinand Buisson, qui cite ce passage de Castellion, met en note : « Les registres ne donnent naturellement pas de renseignements sur cet incident (l'incident de la torture proposé par Calvin contre Servet) qui, s'il s'était produit, n'y pouvait pas laisser de trace. Castellion tenait sans doute l'assertion de Vandal ou de Trolliot. »

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