‹ Michel Servet et Calvin [microform]Chapitre 48 sur 51 · NOM DE MA FOI PROFONDE EN UN PRINCIPEIÉTERNEL DE BONTÉ · texte numérisé non relu

NOM DE MA FOI PROFONDE EN UN PRINCIPEIÉTERNEL DE BONTÉ

ET DE JUSTICE, VOUS n'APPARTENEZ POINT A l'ÉGLISE DE DIEU (1). »

Mentionnons aussi rhistorienGaliffe, Renan, Thomme d'Ktal James Fazy, le docteur anglais Wilis, le pasteur Charles Dardier, et par-dessus tous, le pasteur Henri

Tollin.

Galiffe, qui consacra sa fortune à faire connaître la vérité historique et qui fut en butte, dans l'accomplissement de ce devoir, à d'odieuses vexations et à d'abjectes calomnies, GalifTe a montré par des documents ce que fut, en réalité, la domination de Calvin (2). GalifTe, qui était protestant et de vieille famille genevoise, fait justice des misérables sophismes invoqués par des panégyristes qui ressemblent plus à des valets de bourreau qu'à des historiens, pour atténuer la responsabilité du théologien de Noyon dans le meurtre de Servet et dans les nombreuses exécutions capitales qui eurent lieu sous son règne spirituel. « Il fallait, écrit GalifTe fils dans la notice qu'il a consacrée aux travaux de son courageux père, une foi singulièrement vivace dans le caractère évangêlique des réformateurs français pour que cette foi résistât à la lecture des innombrables

(1) Emile Saisset, Revue des Deux Mondes, t. XXF, p. 846.

(2; « Il suffit de parcourir la correspondance latine et française de Calvin pour se convaincre que la vie de ses adversaires ne lui coûtait guère. Le pasteur Gaberel nous apprend, il est vrai, à propos des supplices par le feu, que c était pour des motifs d'humanité que l'on prenait du bois vert qui avait la propriété d'asphyxier le patient avant qu'il eût senti la flamme; argument fort contestable et qui accuse chez celui qui le produit une complète ignorance du système pénal de l'épociue. Ce n'était certes pas pour des motifs d'humanité que, lors des décapitations, les tètes étaient clouées au gibet, les corps roués, rompus, écartelés, traînés à la voirie, pendus au gibet. Il reste acquis à l'histoire que, durant cette époque de réfjénéralion, les échafauds et les instruments de torture furent plus actifs que sous les règnes réunis des évêques les plus détestés. » Galiffe fils, p. 84.

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procès criminels qui, àTaide du bourreau, contribuèrent au triomphe momentané de leur système religieux et politique. Nous ne conseillons pas aux fidèles qui se font un devoir de garder leurs illusions à tout prix, d'en tenter l'expérience.

« On a beau répéter qu'il ne faut pas juger un siècle par un autre, ou le passé par le présent. Cela peut être vrai pour les coutumes, les formes extérieures, en un mot pour la partie la plus superficielle des mœurs ; et même alors, n'est-il pas évident, pour le sujet qui nous occupe, que cette justification, tirée de ce qu'on est convenu d'appeler Fespril du temps pour excuser la cruelle sévérité des juyes^ doit atténuer dans la même proportion les torts des prétendus coupables? Au point de vue de la saine morale, les hommes sont et seront ce qu'ils ont toujours été. Le philosophe et l'historien leur appliqueront éternellement les mêmes règles du bien et du mal, laissant au fanatisme de secte ou de parti le soin de fausser le poids et d'altérer les mesures au gré de son intérêt particulier. Il faut, en effet, tout l'aveuglement du fanatisme le plus épais pour ne pas voir que les bûchers et les échafauds étaient les armes de l'erreur, et non celles de la persuasion ; et c'est bien un sophisme digne d'une pareille cause que de se prévaloir par-dessus le marché de la prétendue impartialité qui aurait présidé, chez nous, à ces pieux supplices...

« Qu'est-ce que cette prétendue « horreur de l'hérésie » érigée en vertu chez ceux qui, aux yeux des trois quarts de la chrétienté, étaient eux-mêmes les hérétiques par excellence ?

« On a soin d'ajouter « que les Réformateurs ne pouvaient déployer assez de rigueur pour purifier de toutes façons Yancienne Genève » que l'on se complaît naturellement à représenter comme une seconde Sodome ; et quand cela? au moment où ses enfants venaient de

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conquérir son indépendance, après une lutte qui, pour la durée, pour les difficultés vaincues, le patriolisme déployé et la beauté des caractères, peut être comparée à tout ce que l'histoire offre de plus j^rand dans ce genre ' . De pareilles assertions, si elles n'étaient absurdes avant tout, ne pourraient que dégrader et ceux qui les emploient et la cause qu'ils prétendent

servir. » ,. • * • « ^„

Quant à l'argumentation si extraordinaire et si auda-

cieusement reproduite que le calvinisme fondait la liberté par ses principes en la détruisant par ses actes, et préludait de cette sorte à ravènement des gouvernements démocratiques, elle se heurte, non seulement au bon sens, mais aux déclarations que nous avons reproduites de Calvin, de Théodore de Boze et de tous leurs

disciples.

Un des chefs de la Uévolution populaire, accomphe à Genève en 1840, James Fazy a très nettement vu et très nettement déclaré que lorsque les Genevois, en mai 1 o31), ^ se soulevèrent contre Calvin et Farel, « c'était la démocratie qui se défendait contre le fanatisme autocratique ». , .

La théocratie calviniste, dont ces deux huguenots français étaient les inventeurs et les apôtres, ne pouvait aboutir en effet quà un gouvernement de prêtres ou de pasteurs, c est-à-dire à la plus humiliante et à la plus inquisitoriale des tyrannies, à celle où la méchanceté, et souvent la dépravation, se masque d hypocrisie pieuse. Cest ce qui arriva à Genève. Aucun peuple, dans l'histoire, n'a subi une domination plus inique et plus tracassière que celle que Calvin et ses collègues tirent peser sur la petite cité genevoise.

Les protestations de Galille, de Vazy, de Bariii, des pasteurs libéraux, des unitaires américains en laveur de Servet et contre la théologie homicide de Calvin,

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n'eurent pas toute la rapide influence désirable ; cependant, peu à peu, elles agirent sur l'opinion. On se persuada que le libéralisme religieux de Servet était moralement supérieur au dogmatisme intolérant de son persécuteur. L'histoire de Genève, impartialement étudiée, montrerait même que tous les progrès accomplis dans cette ville ont été une réaction contre le calvinisme et une défaite pour le calvinisme.

Dès 1567 Simon Simoni proteste contre Tidolàtrie calviniste : « Nous sommes, écrit-il, membres du Christ et non d'un Calvin. » Contre l'orthodoxie sèche, méticuleuse, scohistique et sans pitié du Picard et de ses premiers disciples, contre la dure tyrannie des confessions de foi, se dresse, à Genève, toute une école semi-libérale qui aboutit à l'indépendance dogmatique desChenevières, des 01tramare,desChastel, desScherer et des Congnard. Nous avons vu comment, dans le monde laïque, le syndic Calandrini jugeait Calvin.

<( Que fût devenue, demande, avec prétention à l'ironie, le calvinisant Philippe Godet, que fût devenue la Genève réformée, livrée aux Servet et aux Castellion ? » Elle fut devenue ce qu'elle pourrait être aujourd'hui. Elle aurait été, de meilleure heure, par évolution et sans troubles, une cité de démocratie, de libre pensée, d'art aimable et de littérature attrayante, d'humaine cordialité. La merveille de son cadre assurait à toujours sa prospérité.

C'est une monstrueuse sottise de croire et de dire qu'il a fallu à Genève le bûcher de Champel, l'exil de Castellion, les souffrances et le sang des libertins proscrits, égorgés, coupés en morceaux, Pinquisition pastorale, lodieuse tracasserie d'une législation antihumaine, l'ennui prodigieux d'innombrables sermons, l'assommant fatras de milliers de livres théologiques pour qu'elle conquît et gardât dans le monde une place de

« grande petite ville », ainsi que s exprime Victor Cher-

buliez.

Mais, dit-on, elle a dû au Français Calvin de devenir « la Rome protestante ». Beau titre, en vérité, et que les insulteurs, dans le passé, de la « Rome des papes >>, alliés quand rinlérét les y oblige aux ultramontains, ont bonne grâce à invoquer I Titre ridicule, dans le présent, qui ne répond à rien, qui est odieux à un grand nombre de Genevois, et ne saurait plaire qu'à une ignorante vanité, ou à une arrogante inl'atuation, burlesquement

démodée !

Presque tout le monde, à l'heure actuelle, est dans ce sentiment. Le bandeau est tombé enfin de tous les yeux. C'est pourquoi la popularité de Servet et l'impopularité de Calvin, son meurtrier, sont devenues telles que, lorsque, récemment, quelques financiers et une coterie de théologiens attardés imaginèrent de vouloir glorifier le « Réformateur » à l'occasion du quatrième centenaire de sa naissance, c'est-à-dire en 1009, on s'aperçut que ce projet, réalisable, peut-être, par la puissance de Targent, était d'une absolue impossibilité morale, si on ne lui donnait, pour préface et pour passeport, une sorte d'amende honorable à Michel

Servet.

Quelle revanche pour le martyr de Champel î Quelle humiliation pour son bourreau : il avait besoin de Servet pour obtenir un monument à Genève ! Mais comment s'y prendre, afin de réduire au silence les amis du martyr, tout en donnant joie aux amis du persécuteur ?

Servet étant né en 1511, il était impossible d'attendre jusqu'à 1911 pour regretter ofliciellement son supplice, puisqu'on voulait apothéoser son meurtrier en 1909.

Que faire? Avouer publiquement qu'on ne se souvenait de Servet qu'au profit de Calvin ? C'était vrai, mais

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risqué. Il n'y avait, d'ailleurs, pas de temps à perdre. Cinq ans, au bas mot, étaient indispensables pour réunir le demi-million nécessaire à l'exécution du monument « grandiose » rêvé par les calvinistes, et pour Calvin.

On se hâta donc de ramasser les sept mille francs qu'il fallait pour l'achat d'une pierre tombale et d une grille destinées à la mémoire de Servet. Et, sans se préoccuper autrement de là-propos d'une date, on installa, en 1903, la grille et la pierre sous le titre pompeux de monument expiatoire. Ayant à choisir entre ' plusieurs emplacements (car on ne sait pas avec une entière exactitude où fut allumé le bûcher de Champel), on se décida pour un sentier où ne passe presque

^^Grâcrà cette grille et à cette pierre, placées loin de la ville et dans la solitude, Calvin aurait sa glorification, vraiment monumentale, elle, le jour anniversaire de sa naissance, et cette apothéose d'un homme, déguisée sous l'étiquette de monument de la Réformation, s étalerait en plein centre de Genève. Mauvais calcul, du reste, car plus grand sera le faste du monument calviniste, plus on pensera au pauvre Servet.

La difficulté fut, pour les âmes pieuses, d imaginer une cérémonie permettant de mentionner le nom de la victime tout en célébrant son meurtrier II fallait une inscription sur la pierre tombale. Laquelle ? Plusieurs furent proposées. On ne s'entendait guère. Impatiente, quelqu'un, protestant zélé et notoire M Seippel proposa celle-ci : « Calvin a brûlé Servet, il abien fait! » On trouva mieux. On trouva l'inscription suivante :

LE 27 OCTOBRE i553,

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