XXII : INTRODUCTION
dès qu'il est question de Michelet. Dans les quarante volumes de critique dûs à sa plume ixlassable, on trouve à peine quelques pages sur l'Histoire de France et, à vrai dire, si tardives qu’elles semblent presque une amende honorable. Sainte-Beuve, en effet, n'’aimait pas Michelet : il se détachait du romantisme au moment même où celui-ci lui ouvrait les portes de l’histoire. L'un devinait le passé, l’évoquait, comme un magicien, par une incantation lyrique; l’autre le recomposait, morceau par morceau, le peignait par petités touches pénétrantes, allait insidieusement au fond des âmes. Malgré les instances de Michelet, le critique s’obstina à ne pas lui consacrer de feuilleton. Leur correspondance inédite comble donc une lacune, en même temps qu’elle l'explique ; elle nous révèle les jugements successifs de Sainte-Beuve sur les œuvres de l'historien, et elle nous fait comprendre pourquoi il se refuse à en parler. Sainte-Beuve reproche à Michelet de mettre dans l’histoire « trop de composition et de sens », et il trouve qu'il y a chez lui « comme l’entrain d’une Ronde de Sabbat ». À quoi celui-ci répond que sans doute l’entrain fait tort aux- œuvres humaines, mais qu'il ne peut y avoir de grande œuvre sans cela, que « la vie même a l’aïr d’être une espèce d’entrain » et que ce grand « mouvement vital » crée l’unité de son histoire.
Après un poète comme Victor Hugo, un critique comme Sainte-Beuve, j'ai choisi comme objet d'étude, parmi les amis de Michelet, un orateur : Montalembert (1). Ce rapprochement semble à première vue un paradoxe ou une invention. Comment ces deux grands ad-
(1) J'ai laissé de côté Edgar Quinet, connu par « Cinquante ans d'amitié » (1899), George Sand et Béranger étudiés par Gabriet Monod (Michelet, Etudes, 1905 et La Revue, 1% novembre 1911). On trouve encore de brèves notes de Monod sur