‹ Michelet et son tempsChapitre 14 sur 51 · CRE · texte numérisé non relu

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écrit-il à Lamartine pour souligner les déformations que

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la presse apporte à sa pensée. Le poète lui répond :

(Sans date.)

Merci de votre intérêt pour des paroles que le jour emporte ; il ne vaut pas la peine de les rectifier. Mais j'ai remarqué comme vous qu'on me fait penser des sottises. J'ai pensé et j'ai dit que l'alliance anglaise, pour la communauté de principes, était normale et nécessaire à nous comme à l'équilibre européen, mais qu’un jour viendrait où, si cette alliance était trop exigeante, nous pourrions appuyer le levier de notre diplomatie sur la Russie et être les arbitres du monde et compléter notre territoire en concédant en Orient ce que la fatalité concède.

Adieu, mille amitiés, au revoir.

LAMARTINE

Cependant le poète se détachait de plus en plus de l’orthodoxie catholique, en partie sous l'influence de Dargaud dont le prosélytisme acharné indisposait sa pieuse épouse. Le Luther de Michelet (1835) l'avait troublé. Il se sentait tour à tour effrayé et attiré par l'exemple de Lamennais. Pour être moins affirmée publiquement que son indépendance politique, son indépendance religieuse n’en était pas moins secrètement frémissante. Après l'apparition de son Voyage en Orient où les catholiques comme Ozanam s’affligeaient de trouver une excessive apologie du Coran, il publia Jocelyn qui souleva des tempêtes et fut mis à l'index.

Il envoya son poème à Michelet avec la lettre suivante :

(Sans date.)

Monsieur et illustre ami,

Vous, poète éminent, tout philosophe et historien que vous êtes, vous qui avez le cœur d’une jeune fille avec l’âme d’un grand homme de l'antiquité, recevez mon Jocelyn. Ne le lisez pas à présent, mais en été, à l'ombre

d’un arbre. Sa voix trop faible et trop intime serait étouffée par le bruit intérieur de Paris. Lisez-le surtout avec l’indulgence qu'il faut apporter pour ayoir du plaisir à toute œuvre humaine, et avec un peu de cette amitié que ll'auteur a pour vous et qu'il est fier de vous avoir inspirée.

Au revoir, je suis mieux. LAMARTINE.

Samedi matin.

Michelet répondit par l’envoi du troisième tome de l'Histoire de France, que le poète emporta avec lui au château de Monceau :

18 juin 1837

Je pars après-demain et le seul livre que j'emporte, c’est celui que vous venez de m'adresser. On vient de me dire que vous vous êtes dépassé vous-même en profondeur de vue et en richesse poétique de tableaux ; rien ne, m'étonnera d’une pensée comme da vôtre, mais tout me charmera.

Je regrette de partir sans vous voir. Mais je n'ai que :deux jours remplis de préparatifs et de courses. Recevez donc mes adieux bien affectueux et mes remerciements et mes vœux pour qu’une vie si pleine de fortes et mâles études se remplisse aussi de paix, de lumière et de sérénité. . À quoi sert le génie si ce n’est à rasséréner le cœur ?

Je serais bien heureux si quelques lignes de vous me prouvaient quelquefois que vous ne m'avez pas oublié.

Je donnerai de vos nouvelles au pauvre Dargaud. Cherchez quelque chose qui lui convienne et écrivez-moi quand vous l’aurez trouvé.

Tout à vous. LAMARTINE.

Ainsi les relations deviennent de plus en plus amicales. Michelet ne paraît plus seulement aux soirées de Lamartine, mais il va le voir à l’improviste, sans cérémonie, avec sa femme ou ses enfants. Tous deux se reçoivent simplement. M" de Lamartine n’éprouve pas à l'égard de Michelet les méfiances et les sourdes rancunes que lui inspire le radicalisme philosophique de - Dargaud ; elle s'intéresse à ses travaux et correspond ù A.

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