‹ Michelet et son tempsChapitre 17 sur 51 · IT · texte numérisé non relu

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Vers l’émancipation politique et religieuse Au cours de l’hiver 1842-1843, leurs relations <emblent en effet s'être resserrées. Tous deux paraissent unis par la crise qu'ils traversent, par l'effort d’émancipation qu'ils font, parallèlement, dans des domaines différents, l’un sur le terrain politique, l’autre sur le terrain religieux. Michelet rompt avec le Moyen Age en Lamartine avec la Monarchie de Juillet.

Le cours que l'historien professait au Collège de France dès sa rentrée de novembre 1842 sur l'esprit du Moyen Age, commençait à alarmer plus d’un catholique. On l’entendait parler, non sans mépris, de la sécheresse mécanique de la scolastique, et l’une de ses leçons, plus pu moins bien analysée par le Journal des Etudiants,

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provoqua un certain émoi. C’est sans doute le texte de cette conférence que M* de Lamartine le pria de lui communiquer. Toujours aux aguets, inquiète de l'influence de Dargaud, redoutant de voir son mari et ses amis briser ouvertement avec des traditions religieuses qu'elle s’appliquait à raffermir, elle écrit alors à Michelet une lettre curieuse et adroïite, où elle feint de ne pas comprendre son intention profonde et cherche à le rattacher, malgré lui, à la vérité chrétienne.

(Sans date.)

Merci mille fois, Monsieur, de m'avoir permis de lire cette admirable leçon. J'en ai joui doublement par ce qu’elle a de si intéressant en elle-même et parce que j'ai pu me convaincre de ce que je savais déjà. C’est qu'on s’élait trompé sur votre intention, qu'on ne vous avait pas compris. Est-ce vous qui auriez, devant votre jeune auditoire, attaqué ce qu’il y a de plus respectable parmi nous et ce qui fait notre vie? Quoi qu'on pensée de sa Divinité, encore faut-il reconnaître que, si le Christianisme succombait, ce serait le suicide de l’Europe. Les sociétés se traînent encore après la mort de leur principe constitutif, mais elles n’ont plus d'âme. Pardonnez-moi, Monsieur, d'oser vous parler de ce qui est si fort au-dessus de moi, à vous qui de si haut et de si loin savez discerner les lumières éparses dans le temps. Voyez dans cette expression libre de ma pensée toute la confiance que vous m'inspirez et veuillez agréer l'assurance de mon admiration et de mon sentiment affectueux.

Paris, jeudi soir. M.-E. DE LAMARTINE.

Croyez que je n’ai commis aucune indiscrétion et que. vos précieuses notes sont restées sous clef.

À peu près au même moment, Lamartine passait avec.

éclat dans l'opposition politique, par son fameux discours du 29 janvier 1843. |

Cette évolution coïncide chez lui avec une accentua- * 4

tion de plus en plus marquée de la religion personnelle. Il n’est plus guère (Dargaud peut être content !) qu'un déiste sentimental, et sa foi n’est plus très différente de celle du vicaire Savoyard. La mort de son père et celle de Virieu avaient déjà distendu les liens fragiles qui le rattachaient au passé ; les timidités et les maquignonnages de la Monarchie de Juillet, l’apostolat libérateur de Dargaud, l’exemple de Quinet et de Michelet firent le reste, Aussi bien commençait-il à écrire l'Histoire des Girondins. On connait son mot célèbre : « La France est une nation qui s'ennuie ! » Il allait la sortir de sa torpeur.

Quand il revint à Mâcon, le 24 mai 1843, il fut fêté par la population de sa ville natale et, le 4 juin, au cours d'un grand banquet organisé en son honneur, prononça un discours retentissant qu’il envoya à Michelet. Celui-ci le salua comme un frère d'armes. Il venait lui aussi d'engager la bataille, et avait, depuis un mois, commencé son cours sur les Jésuites. À vrai dire, il éprouve le besoin de justifier, pour M de Lamartine Surtout, son rapide changement de front, son brusque passage du Moyen Age aux temps modernes. Il affirme que cetie polémique est un « accident naturel » dans son enseignement et qu’il ne pouvait dire « ce qu’est la vie » sans dire aussi « ce qu'est la mort », il s’ingénie à prouver qu'il n’y a pas de cassure dans son cours du Collège de France, pas de saut dans son exposé. Comme si le x siècle l’amenait logiquement aux Jésuites ! Voici sa lettre à Lamartine : (1)

10 juin 1843.

C'est ma foi, cher et illustre ami, c’est notre évangile politique. Nous nous associons dès aujourd’hui à cette

(1) Cette lettre et celle de novembre 1847 ont été déjà publiées, Cf. Lettres à Lamartine, Calmann, 1893, p. 199 et 241.

pensée, et la France entière le fera demain. Vous aurez été votre prophète, votre précurseur. Vous serez celui que nous attendons. Vous recevrez bientôt un volume où vous verrez comment cette polémique s’est ‘trouvée un accident naturel de mon enseignement ; je ne pouvais dire ce qu'est la vie et l'organisme vivant, sans dire ce qu'est la mort.

Je me sens bien uni à vous dans l’amitié et l'espérance. Notre devise commune est, je pense, la belle devise du Moyen Age : Le temps viendra, comme on la lit dans les caveaux de l’église souterraine de Bourges.

J. MiIcHELET.

P.-S. — Quel beau jour que celui de ce discours pour Mme de Lamartine. Permettez-moi de recommander à votre attention un livre de la plus haute importance, l’ouvrage des frères Allignol sur la situation des Curés de campagne (Paris, chez Debécourt, in-8). Ce livre, hautement approuvé du Pape, mais étouffé par les évêques, est un gémissement si profond, si douloureux, si sincère. Voltaire lui-même en aurait pleuré !

Il est curieux de rapprocher cette lettre de la préface à la première édition des Jésuiles. On y retrouve la même préoccupation, presque les mêmes termes. En réalité Michelet veut entrer en lice à côté de Quinet, mais vis-à-vis du public et de ses amis, il cherche une justification théorique à son orientation polémique. Le. lien entre son cours du premier semestre et celui du

second, voici qu'il le découvre dans l’idée d'éducation.

Après avoir étudié l'éducation du Moyen Age par l'Eglise et avant d'examiner l’éducation moderne, celle que nous ont donnée la Renaissance et la Révolution, il se croit obligé de dénoncer la fausse éducation chrétienne, imposée au monde par les Jésuites : « Par le progrès de. mon travail et le plan même de mon cours, je venais à eux. Occupé jusqu'ici d'expliquer et d'analyser la vie, je devais naturellement mettre en face la fausse vie qui | la contrefait ; je devais placer en ras de l” dcr | |

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