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plus beaux chiens blancs. Il sera heureux près de vous, j'en suis sûr, et vous le serez avec lui.

LAMARTINE

En avril 1845, tous deux sont témoins au mariage de Dargaud. Mais déjà de légères divergences d'idées se dessinent entre eux. L’attitude âpre et violente de Michelet dans la question religieuse ne rallie pas complètement l'adhésion du poète : il eût aimé plus de nuance et de retenue. Il ne doit pas partager les sentiments de sa nièce, la comtesse de Pierreclos, qui a lu Le Prêtre avec enthousiasme et écrit à Michelet, le 24 février 1845 : « Je fais des vœux pour que votre parole, ce sénevé de Dieu, lève et fructifie, qu'elle devienne un grand arbre sous lequel la pauvre humanité, si lasse, puisse s'asseoir et se reposer. » De plus, partisan de toutes les libertés, Lamartine défend la liberté des congrégations, et Michelet qui assiste à la séance de la Chambre du 2 mai 1845, lui en veut un peu de son discours, Avec une courtoisie qui lui valut de Dargaud l’apostrophe : « Ne faites donc pas de coquetterie avec les Jésuites ! », le poète rappelle qu'il fut l'élève des Pères, mais il ajoute qu’il a respiré depuis l’air du siècle et sera le défenseur de toutes les libertés. C’est pour cela précisément qu'il réclame l’abolition du Concordat, la séparation de l’Eglise et de l'Etat, l'indépendance de tous les cultes et de toutes les associations.

Cette attitude libérale est saluée avec empressement par certains prêtres. Je ne parle pas seulement des rebelles, de ceux qui écrivent à Michelet pour lui demander d'entreprendre une campagne contre le célibat sacerdotal, mais aussi des âmes troublées et sincères qui ont été émues par Jocelyn ou qui partagent les inquiétudes sociales des frères Allignol. Dans

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l'entourage même du poète, Dargaud signale à Michelet un Cas curieux d’émancipation religieuse. L'abbé Thyons, curé de Chasnes et membre de l’Académie de Mâcon, qui est le protégé de la comtesse de Pierreclos, traverse une crise profonde et pathétique. Il finira d’ailleurs par abandonner l'Eglise pour être « philosophe », à la grande joie de Dargaud. « Le Vicaire Savoyard est ressuscité, s’écrie celui-ci avec exaltation, il faut le secourir. » Et il s'adresse à Michelet, à Quinet, à Lamennais pour lui obtenir des subsides, tandis que Lamartine rédige de sa main la lettre d’adieu du curé

à ses paroissiens.

ITT Les Girondins et la Révolution Française

Le 1° février 1847, Dargaud écrit à Charles Alexandre,» le secrétaire de Lamartine: « M. de Lamartine aura donné à la Révolution un cœur, une moralité et une langue dignes d'elle. Louis Blanc publie aussi un volume très académiquement montagnard et très faible sous sa rhétorique. Michelet imprime à l'heure qu'il est le premier volume. de l’Assemblée Constituante. Il aura son intérêt. » (1)

Voici donc Lamartine et Michelet attelés à la mêmêl tâche. Les voici presque concurrents. Libéraux tous les deux, grands admirateurs de la Révolution Française, ils ne s’en font pourtant pas la même sidée, ils ont aussi une conception différente de l’histoire. Michelet est en désaccord avec le poète, comme avec leur ami commun Béranger, sur le caractère essentiel de la Révolution: Historien du peuple avant tout, il leur reproche de

(1) Charles Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, 1885, p. 60

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personnifier la Révolution dans les hommes, Rousseau, Mirabeau, Robespierre, au lieu de voir en elle l’expression des revendications populaires et le résultat des forces collectives. Pour lui, les « hommes » de la Révolution ne l’ont pas conduite, mais ils ont été conduits par elle. Il éteint les flambeaux, Lafayette, Robespierre, etc. « Voici mon livre, dit-il, les deux phares qui en éclaïrent les deux côtés sont : 1° les Fédérations, 2° les Clubs, Jacobins et Cordeliers... Pour nous, joyeuse ou mélancolique, lumineuse ou obscure, la voie de l’histoire à été simple, directe ; nous suivions la voie royale (ce mot pour nous veut dire populaire) sans nous laisser détourner aux sentiers tentateurs où vont les esprits subtils ; né peuple, nous allions au peuple. » (1)

Rien d'étonnant s’il condamne l’apologie des grands révolutionnaires qu'il trouve dans l'Histoire parlementaire de la Révolution de Buchez et Roux (1838), dans la Révolution de Louis Blanc, dans l'Histoire des Monia-

gnards d’Esquirol (1847), dans les Girondins de Lamar-

tine. Il n’aime pas qu’on fasse de Robespierre « un homme national » et n’admire pas le jacobinisme terroriste.

D'autre part, la Révolution lui apparaît comme le:

triomphe du droit populaire et de la liberté, non seulement sur le despotisme de la Royauté, mais encore sur

le despotisme de l'Eglise. Dans son Introduction, il

oppose l'avènement de la justice au gouvernement de la grâce.

‘Les derniers historiens de la Révolution, MM. de Lamar-

. tine, Louis Blanc, Esquirol (que je ne prétends nullement

juger, l’éloge me mènerait trop loin) sont, malgré leurs

. différences, d’accord avec M. Buchez sur deux points essen-

} (1) Histoire de la Révolution, t. II, Introduction,

tiels. En ces points, ils sont tous contraires à la tradition de l'esprit moderne, à celle de la France...

1° Le premier point, c’est leur indulgence pour le clergé. Contrairement à l’opinion générale, ils ne paraissent pas croire que la Révolution ait été amenée par les fautes des prêtres autant que par celle des rois. Les premiers n'apparaissent dans leurs livres que de profil et en seconde ligne. La tradition anti-ecclésiastique de la philosophie française leur inspire peu de sympathie ; dans Rabelais, Molière et Voltaire, ils ne voient que les organes d’un individualisme égoïste des classes bourgeoises. Nous, nous y voyons le peuple, la manifestation vraie et forte de l'esprit français, tel qu’on le trouve antérieurement dans les fabliaux, fables, contes, poésies populaires de tout âge, de toute forme et de toute espèce.

2° Il en est de même pour le second point. Les quatre écrivains dont je parle s’accordent dans leur admiration pour les hommes de la Terreur ; ils croient que le Salut Public a sauvé la France, ils révèrent les noms qui, à tort ou à raison, sont restés exécrables dans le souvenir du peuple, et, dans sa bouche, maudits.

Mais l’amitié lui inspire un scrupule et il veut justifier son attitude à l'égard de Lamartine par une lettre préalable.

[Novembre 1847.] Monsieur et illustre ami,

La dernière fois que j’eus l’honneur de vous voir, vous donniez le troisième volume. Vous voulûtes bien me lire un portrait que je trouvai admirable. Une personne survint qui ne me permit pas d'exprimer mon opinion sur vos premiers volumes.

Cependant les huit ont paru, le succès a été immense, légitime, s’il en fût, au point de vue littéraire.

Ce point de vue peut-il être le seul, à la veille des agitations sociales qui peut-être vont venir demain ? Croyez-vous qu'il soit sans inconvénient de confirmer l’Europe dans une idée qu’elle n’a que trop malheureusement : La France, c’est toujours Robespierre ?

Tel a été, Monsieur et illustre ami, l'effet de votre livre. On a dit partout : le premier homme de la France actuelle

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avoue que Robespierre a été chez ce peuple l’homme vraiment national.

1 m'était impossible, dans l’état actuel des esprits, de - ne pas exprimer hautement mon dissentiment. Je l’ai fait, quoi qu'il ait pu coûter à mon amitié.

D'autre part, j’ai pris parti ouvertement, vous le savez, contre l’église actuelle pour l’église de l’avenir que je vois poindre à l’horizon. Il m'était impossible de ne point combattre votre tolérance contre l’ancienne église, la facilité avec laquelle vous passez sur la part directe qu’elle eut, et aux crimes de l’ancien régime et aux coupables résistances qui ont empêché le nouveau de porter ses fruits.

Mon cœur avait besoin de vous dire tout ceci, au moment où mon nouveau livre exprime notre opposition politique et religieuse dans les choses du passé. Et, en vous le disant, mon cœur saigne, Car, ni en ce monde, ni en l’autre, je ne voudrais être séparé de vous. L:

J. Micuezer.

Au tome III et aux suivants, j'exprimerai mon admiration sur une foule de grandes et belles choses que je trouve dans. voire livre.

Lamartine répondit :

Saint-Point, 23 novembre 1847.

Cher et illustre ami,

Merci de ce scrupule. L'amitié n’en a jamais de bles. sant. J’ai vu la scission. Elle n'est pas fondée, ni sur la Terreur que je condamne, ni sur Robespierre que je juge sans l’absoudre, ni sur le catholicisme que je montre comme l’opposé de la Révolution... Quand vous me lirez plus attentivement, après vos grands travaux, vous reconnaîtrez votre erreur. Je ne suis pas pressé. Votre justice est éternelle.

Nous tenons le deuxième volume (r) et nous en sommes charmés. Cela me paraît supérieur encore au premier. Je ne vous suivrai plus dans cetié course vers la vérité qu’à longue distance, dans deux ans. La carrière est longue et

(1) Tome II de la Révolution, paru le 15 novembre 1847.

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