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large et permet des prix différents. Je jouis qu'on me juge seulement digne d'y courir avec des rivaux comme vous.
Dargaud vient de nous quitter. Je suis occupé à un travail purement littéraire en ce moment et fort distrait par l'agitation des banquets et des journaux en attendant celle de la iribune. Aimons-nous, en nous contredisant quelquefois. Nous sommes des sculpteurs qui dessinent la Révolution posant devant eux, chacun à son point de vue, mais vous êtes le Maître.
Adieu, admiration et attachement.
LAMARTINE
Le poète se défend. Mais se juge-t-il lui-même avec clairvoyance ? S'il n’a pas donné l’absolution plénière à Robespierre, il lui a du moins accordé la plus large indulgence. Que reproche-t-il aux Girondins au fond, sinon « d’avoir voulu gouverner quand il fallait combattre » ? En, face d'eux, il dessine avec une certaine complaisance le profil sec et implacable du dictateur : « Les partis s’arrêtaient. Lui ne s’arrêtait pas. La Révolution, décimée dans sa route, devait inévitablement se résumer ‘un jour dans une dernière expression. Il voulait que ce fût lui. Il se l'était incorporée tout entière. » Ceci, Michelet ne pouvait l’admettre. Quant à la Terreur, Lamartine semble bien ne la condamner que du bout des lèvres. « Quand vous me relirez plus attentivement, écrit-il à son ami, vous reconnaîtrez votre erreur. » Or c’est le contraire qui s’est produit, c'est lui-même qui, plus tard, fera des réserves sur son propre récit. Il reprendra la question en 1861 dans sa. Critique de l'Histoire des Girondins : « On a trouvé, dira-t-il, que le pinceau de l'historien caressait trop les. détails intimes de cette figure et que ce soin même du. pinceau accusait une certaine indulgence coupable ou. malséante pour le modèle », et tout en protestant contre | cette interprétation, il avouera : « Je n’en avais pas | moins eu tort comme historien de donner prétexte à ce .
reproche. C'est là une faute de conception et presque de moralité. J'en demande pardon comme artiste, mais certes pas comme homme politique. La fidélité du portrait n’est pas la complicité du peintre. »
Quoi qu'il en soit, la lettre de Lamartine à Michelet reflète bien ses tendances politiques du moment, Il est entraîné dans « l’agitation des banquets et des journaux », il s’avance à grands pas sur la route de la Révolution. Depuis l’apparition des Girondins, il y a de la poudre dans l'air. Le prodigieux succès de l’œuvre annonce et prépare dans une certaine mesure le soulèvement de 1848. Aù banquet que la ville de Mâcon lui offrit, le 18 juillet 1847, en l'honneur des Girondins, le poète réclame « la souveraineté exercée par l’universalité des citoyens » et « la République des intelligences ». De son cèté, dès la rentrée de novembre, Michelet donne au Collège de France le signal de l'offensive démocratique : « Qui grandit ? — L'enfant. Qui soupire ?— La femme. Qui aspire et montera ?— Le peuple. C’est là qu'il faut chercher l’avenir. »
La Révolution de 1848
La campagne des banquets s’étendit rapidement dans toute la France. De parlementaire qu’elle était d’abord, l'agitation devint populaire. « Ici à la Chambre, disait Vitet, nos paroles sont perdues. Nous allons ouvrir les fenêtres ». À côté du centre gauche dirigé par Odilon Barrot, le parti radical entre en scène, avec Ledru-Rollin. A Strasbourg, à Colmar, à Saint-Quentin, on n'’attaque encore que Guizot, mais à Lille on refuse de porter Je toast au roi et à Chalon-sur-Saône on boit « à la Con-
La
vention ». Toutefois ce n’est guère qu'en janvier 1848
que s’envenime le conflit avec le Gouvernement. Le
> janvier, M. de Salvandy, ministre de l'Instruction Publique, suspend brutalement le cours de Michelet. Quelques semaines plus tard, Guizot interdit par deux fois le banquet du XII° arrondissement, et le 21 février, les députés de l'opposition délibèrent sur l'attitude à prendre. Odilon Barrot et ses amis préconisent la soumission, Lamartine prêche la résistance. Malgré son succès personnel et par suite de complications du dernier moment, le banquet n’a pas lieu, et le poète découragé écrit à Michelet :
(Sans date.) Cher Maître,
Vos pensées sont ies miennes. J’ai proposé hier ce parti aux hommes qui ont les grades parlementaires. Maïs je suis mal avec eux parce que j'ai voulu contre eux jusqu’au bout que la représentation fît son devoir et accomplit son acte de résistance en allant au banquet. Ils l’ont fait fermer à minuit par les commissaires eux-mêmes pour nous enlever le terrain où ils ne veulent pas nous suivre.
Ce matin nous allons nous concerter cinq ou six pour ce que vous désirez. Mais je crois le mouvement étouffé où vous dites. J'ai eu celte nuit des détails sur ce sujet.
Tout à vous de cœur et d’esprit.
À LAMARTINE
Les craintes du poète étaient vaïnes, et au contraire les événements se précipitaient.
À l'heure où sans doute il écrivait cette lettre qui.
exprime à la fois son désappointement et son impatience, l’émeute éclatait. Il y a, dans les papiers de Michelet, un brouillon illisible d’une lettre à Lamartine, daté du 23 février, qui commence aïnsi: « Le sang coule et, vous le voyez, le gouvernement est impuissant,.. etc. ». Le lendemain le roi s’enfuit et la Révolution victorieuse cherche un Gouvernement provisoire,
À et,
Michelet faillit en faire partie. Le 25 février, son gendre Alfred Dumesnil écrit à son ami Eugène Noël : « Sur la première liste affichée dans notre quartier, M. Michelet était nommé du Gouvernement provisoire. Je l’ai conduit à l'Hôtel de Ville, mais l’encombrement était si grand qu'il n’a pu parvenir jusqu’à la salle de réunion et savoir ce qu'il en était de sa nomination. Dans la liste officielle publiée ce matin, il n’y était plus, n’ayant pas paru à l'Hôtel de Ville. Au reste, 1] vaut mieux qu'il soit dans son cabinet. » (r)
C'était au fond l'avis de Michelet lui-même qui n’eut jamaïs d’ambition politique. Lamartine et Quinet insistèrent auprès de lui pour qu'il se présentât aux élections législatives du printemps. Il refusa. Quand, les électeurs des Ardennes vinrent lui offrir leurs suffrages, il leur demanda de les reporter sur la tête d’Alfred Dumesnil. Voici la proclamation qu’il leur adressa le 10 mars 1848 :
À mes amis, connus et inconnus, qui m'offrent leurs suffrages. Je les accepte, vos suffrages — non pour moi, voué en ce moment à un devoir sacré, l’histoire de la Patrie — mais pour mon fils d'adoption, mon gendre, mon unique collaborateur depuis huit ans, P. Dumesnil-Michelet qui est moi-même.
« Il vaut mieux que vous, parce qu'il est jeune ! » me disait l’autre jour notre cher et immortel Béranger. Il faut des hommes jeunes, neufs et des forces entières. La nouvelle Assemblée doit représenter par l’âge le rajeunissement de la France.
Mon gendre, après ses études de.droit, s’est fermé la carrière du barreau. Le serment à la Royauté a été pour lui un obstacle insurmontable.
S’il n’est point connu encore parmi nos plus éminents écrivains, c’est qu'il a ‘uniquement travaillé pour moi. Il s’est donné à moi. Je le donne à la France.
(1) E. Noël. Michelet et ses enfants, p. 215.
ÿ su > KR MICHELET ET SON rENrs Det à à
Nous nous devons tout entiers et sans réserves à la Patrie. Ma vie déjà appartenait à son Histoire. Je lui offre bien plus aujourd’hui : mon avenir, le fils de ma pensée.
Salut fralernel,
J. MicHELer.
Professeur au Collège de France.
De son côté, Lamartine encourageait Dumesnil à se présenter, par la lettre suivante :
18 mars 1848.
Monsieur,
La République a besoin d'hommes jeunes, courageux et purs. À tous ces Litres je vous espère à l’Assemblée nationale. Vous offrez une double garantie à la République : votre propre patriotisme et ce lien d'adoption qui vous unit à Michelet, l’un des plus éloquents initiateurs de notre Révolution. Le peuple dont le génie est dans lé cœur, sentira qu'en vous élisant il introduira dans l’Assemblée nationale trois choses dont il a besoin pour le défendré, l’honorer et le représenter dignement : le talent, la conscience et le dévouement,
Mille amitiés et mille vœux.
LAMARTINE
Le poète est, à cetie époque, surmené, harassé. Ministre des Affaires étrangères, il doit, en outre, faire front, à l’intérieur, aux assauts des clubs et aux troubles
du 17 Mars, du 16 Avril, du 15 Mai. Il invite un soir .
Michelet et Quinet à dîner, « en famille » pour discuter la situation avec eux. « C'est le seul moment que la
tribulation des affaires me laisse ». Il n’est d’ailleurs pas toujours d'accord avec Michelet. Le 3 avril, rece-
vant une délégation de citoyens irlandais, il refuse de
prendre publiquement parti pour l'Irlande contre.
l'Angleterre, C’est sans doute peu de temps après, au
. moment où, devant les attaques d’une partie de l'Assem-
blée, il vient de donner sa démission, qu'il écrit à son ami la lettre suivante :
A LE NE D PO eee CPR MICHELET ET LAMARTINE 33
(Sans date.) Mon cher et illustre ami,
J'ai su toutes vos impressions depuis la République. Vous n'êtes pas un Historien seulement, ce qui est beau ; vous êtes un grand et vrai Politique. Quand causeronsnous ? En ce moment je suis à terre et je désire sincèrement y rester. Mais que votre amitié me reste ! J'en ferai ma gloire.
Pour l'Irlande, nous pensons différemment. Mais il faut du dialogue dans l'opinion. Voltaire était de mon avis sur ce sujet.
LAMARTINE
L'émeute du 23 Juin met fin à la carrière politique du poète et elle brise toutes les espérances de l'historien.
Cette journée sanglante les atterre « Excidat illa dies ! », |
tel est le cri de douleur qu'on trouve dans le journal de Michelet. Charles Alexandre nous le dépeint dans ses Souvenirs « pâle et ému des terribles combats autour du Panthéon », racontant dans son jardin « les scènes de la guerre civile » (1). Dargaud va le voir le 27 juin et note dans son journal le changement qui l’a frappé ; Michelet lui déclare : « Il ne s’agit plus de liberté : il faut avant tout être fort », et « ses yeux ne sont plus
bumides comme autrefois lorsqu'il parlait du peuple,
Son regard fauve avait une lueur de courage et de défi ». Pendant ce temps, abandonné de tous les partis, Lamartine, à cheval, bravait la mort autour des barricades ! | Ainsi s’éteignait dans le sang leur rêve de liberté et d'avenir fraternel !
Michelet retourna à l’histoire. Il acheva sa Révolution. « Il faut, écrit-i! dans son Journal, en ce moment où ma foi s’est ébranlée, que je reprenne force en touchant terre, je veux dire la ferme érudition, la recherche
(1) Page 138,
et le récit. » (18 juillet). Il réussit à trouver dans le travail un relatif apaisement, et lorsqu'il publia son troisième et dernier volume de La Révolution, il eut le réconfort de recevoir cette lettre d’Augustin Thierry qui l’encourage et l’approuve dans sa défense de l’ordre et de la vraie liberté : »
20 décembre 1848.
Mon cher et illustre ami,
Mon désir de vous serrer la main renfermait celui de vous exprimer tout le plaisir que m’a fait votre beau travail sur la Révolution. Cette faculté de pénétrer les points intimes de l’histoire qui vous a valu tant d’applaudissements, éclate ici en mille endroits de la façon la plus heureuse. Sans sortir de le grande tradition de jugements sur les hommes et les choses que nous a transmise la conscience de nos pères, vous avez l’art d'ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles sources d'émotion et de réflexion. Que je vous remercie de prendre en main la cause des principes de 1789 contre les doctrines folles ou perverses qui prétendent se mettre à leur place pour le plus grand bien de l'humanité ! Toutes ces tentatives pour nous ramener, à rebours de la civilisation, vers la vie de tribu sous une autre forme, ont été mon cauchemar depuis les événements de Février. Grâce à Dieu, notre France reprend possession d'elle-même, mais pour que cette possession ne soit plus ébranlée, il faut qu’elle se fonde énergiquement dans les esprits et vous y contribuerez. Vos admirables pages sur les apôtres de la fraternité par la violence et sur l'instinct social,des paysans sont des victoires pour la cause de l’ordre et de la liberté.
Je vous écris, plein de tristesse de la perte immense que nous venons de faire : le pauvre Letronne (1) enlevé si vite à la science et à tant d’amitiés ! Celà donne le vertige et attache plus vivement aux amis qui restent.
Tout à vous de cœur.
Augustin THIERRY. À
(1) Le collègue de Michelet au Collège de France mort le {
14 décembre 1848. {
Lamartine pensait au fond comme Augustin Thierry. Il condamnait le socialisme de l’émeute et « les doc- ,trines de la fraternité par la violence ». D'ailleurs, après l'élection du Prince Président, l’ordre semblait assuré. Qu’allait devenir la liberté ? Le poète semble avoir été moins inquiet sur son sort que ses amis républicains. Il faut dire qu'il était la proie de soucis plus directs et plus angoissants, La ruine minait son foyer et, pour payer ses dettes, il rentra dans l’ombre et s’attela à ces travaux forcés de la littérature qui devaient écraser sa vieillesse,
L’éloignement
« Que votre amitié me reste, écrivait Lamartine à Michelet. J'en ferai ma gloire ! » Cette consolation ne lui fut pas donnée. Après le coup d’Etat, l'historien fut révoqué et quitta Paris. Le Destin le séparait de son ami.
De plus, il s’en détachait peu à peu. Il lui reprochait tantôt ses productions historiques hâtives, l’insuffis sance de sa documentation, l’absence de son sens critique, tantôt le fléchissement de son libéralisme et de son esprit démocratique. Quand son gendre Dumesnil devint le secrétaire du poète, il lui écrivit, le 15 février 1854. « Je suis ravi de savoir que vous n'’écrivez pas dans les œuvres du grand homme. Sa Restauration le dépopularise définitivement. Il passe à droite. Ce livre contre les bonapartistes, les Orléanistes et la République, à qui profite-t-il, sinon à la branche aînée? Il ÿ a littéralement des choses admirables, mais l’hômme
est perdu. Son public désormais, c’est le boulevard St- Germain » (x).
On n’a pu retrouver jusqu’à présent dans ls papiers de Dumesnil les lettres de Lamartine. Le poète avait beaucoup d’estime et d'affection pour son collaborateur. Il avait jugé «trop vague » son livre : La Foi nouvelle cherchée dans l’art (1850), mais avait lu, en 1857, à Saint-Point, « avec ravissement » sa touchante biographie de Bernard Palissy qui lui inspira un entretien de son Cours familier de littérature. Il appréciait tout autant son noble caractère que son ingénieux talent.
Quand se constitua, pour retarder la débâcle financière, la Société propriétaire des œuvres de Lamartine, Dargaud, pressenti, refusa d’en être le gérant, et c’est sur son conseil que Lamartine confia à Dumesnil cette tâche délicate. |
Mais le malheureux secrétaire ployait sous un labeur énorme, Lamartine avait d’inmombrables correspondants. Comme entrée en matière, en 1853, dix mille lettres à envoyer ! Et puis, Dumesnil, ébranlé par la. mort de sa femme Adèle Michelet, était encore surmené par d’autres besognes. En outre des recherches qu'il faisait pour Lamartine, il revoyait presque toutes les. épreuves que son beau-père lui envoyait par paquets et. travaillait aussi pour Quinet. Tout cela d’ailleurs ne lui. rapportait guère, et Lamartine, harcelé par les échéances, menacé de saisies, n’arrivait pas à le payer. Au moment le plus tragique de ces années de détresse, au” moment où les amis du poète songent à lancer une. souscription nationale pour lui épargner la vente de. Saint-Point, Dumesnil est lui-même sans ressources et sans forces. La situation est extrêmement embarrassante. Pourtant, Michelet se décide à intervenir, et avec d’infi-v
(1) Lettres inédites de Michelét, édition Sirven, 1924, p. 217.
nis ménagements, écrit à Madame de Lamartine pour obtenir que son gendre touche son dû. Voici la réponse qu'il reçut : 1 Paris, 3 avril 1858.
Monsieur, .
J'ai communiqué à M. de Lamartine votre lettre. Nous sommes très touchés de votre confiance. M. de Lamartine n’était en retard avec notre pauvre ami que de 5oo francs.
Il les lui a envoyés il y a deux jours, lui assurant qu'il enverrait le trimestre qui vient de finir dans huit à dix jours, dès qu'il aura quelque argent, car dans ce moment il est dans une gêne extrême comme vous l’avez peut-être appris. Il compâtit bien à tous les malheurs de corps et d'esprit de cet excellent M. Dumesnil, il a été le voir il y à peu de jours et il en est revenu très attristé. M. Dumesnil va partir pour la campagne, M. de Lamartine lui laisse un repos absolu depuis longtemps. Nous désirons vivement ‘que la campagne et la jeunesse raniment en lui les forces . profondément atteintes par une fièvre à peu près constante depuis un an, malgré quelque amélioration l'été dernier par son séjour à la campagne.
, La santé de M Michelet dont nous avons fréquemment ' des nouvelles par nos amis, nous préoccupe aussi beaucoup, : Seulement tout en nous affligeant elle ne nous inquiète } was autant, parce que les maladies nerveuses sont des souf- ‘ frances et non des dangers. Le ciel. doit à tant de vertu et de talent la vie qu’elle vous consacre ; M. de Lamartine et moi, nous avons appris à l’admirer et à l’estimer davantage dans celui de vos derniers ouvrages où vous lui avez | permis de marier tant de grâce à tant de force. | M. de Lamartine est en effet, Monsieur, par suite d’une \perte énorme, dans une situation qui le déracine, peutêtre l’éloigne pour toujours de nos chers foyers. La France voudrait ‘tendre à adoucir le coup, par une souscription nationale, mais les obstacles semés sous ses pas rendent la chose difficile, sinon impossible, et dans tous les cas péni- ‘ble par le malentendu qu'on ne peut pas éclaicir pour le moment. M. de Lamartine souffre beaucoup par toutes les fibres de son cœur, nous ignorons complètement ce qui sortira se ces ténèbres ; en attendant mon mari fait comme
vous, il se console et il se défend par le travail, c'est la Providence des cœurs généreux.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération:
M.-E. pe LAMARTINE.
Madame de Lamartine n’a d’ailleurs plus, pour l’auteur de l’Amour et de la Femme, (1859) la sympathie qu'elle éprouvait encore pour celui de Jeanne d’Arc. L'’éloignement est réciproque et fatal. Les idées de Michelet lui déplaïsent autant que celles de Dargaud. Celui-ci vient de publier sa grande Histoire de la liberté religieuse et de ses fondateurs qui lui vaut les applaudissements de Michelet et le prix Gobert (1859). Quant à Lamartine, il retourne lentement à la tradition de son enfance : « Selon la formule de votre père et du mien, lui dit Dargaud, vous redevenez blanc, alors que je reste bleu. »
Cette opposition ne fait que s’accentuer entre l’historien de la Révolution et l’auteur du Cours familier. Michelet lit, un jour de l’été 1861, en arrivant en Normandie, l’entretien sur Jean-Jacques Rousseau. « La première chose qui m'a sauté aux yeux, c’est la diatribe de Lamartine contre Rousseau, c’est-à-dire contre la Révolution. Il ne vit pas que cet homme, souillé sans’ doute, sortait d’une société bien plus souillée, de celle que lui, Lamartine, aime et préconise dans un sentiment de noble et d’émigré. Il sombre lourdement et on en fait un instrument de bêtise et de réaction. » (x)
Est-il besoin d'ajouter que les deux écrivains ont cessé de correspondre ? On trouve encore, à la date du 1% avril 1864, un billet fort courtois et assez insignifiant de
K | (1) Lettres inédites de Michelet, édition Sirven, p. 285. {
Dans c d’affectueux échanges, le dernier frémissement d’une amitié qui meurt.
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