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CHAPITRE II

Leur parenté spirituelle

Victor Hugo et Michelet! princes de l'imagination

française et grands maîtres du romantisme ! Ils ont eu . le même cortège d’admirations et ont été en butte aux .

mêmes attaques. Les uns ont exalté leur prodigieux lyrisme et leur puissance d’évocation, les autres ne leur ont pas pardonné les déformations qu'ils ont fait subir à l’histoire et ont dénoncé leurs hallucinants mirages:

En une prose enflammée et dramatique, ils ont d’abord .

ressuscité le Moyen Age, puis ils ont chanté‘la Révolu- .

tion. Avec le même optimisme, ils ont vu dans la civi-

lisation l’ascension et l’affranchissement de l’homme, la conquête progressive de la liberté. Tous deux ont eu.

la même philosophie de l’histoire qu’on peut juger simple, mais qu’on ne peut se défendre de trouver géné-

reuse : l’un écrivit la Légende des SRG l’autre la

Bible de l'Humanité.

Ils ont suivi également la même évolution morale et politique, passant du royalisme de leur jeunesse au

libéralisme de leur maturité, allant l’un et l’autre vers

le même déisme anticlérical, d’ailleurs souvent agressif

Le

et injuste. Toutefois, l’évolution de Michelet, d’un

rythme plus précipité, a une allure plus nette et peut-

être plus courageuse. Il donna sa démission de précepteur des princesses royales dès qu'il ne crut plus sa fonction compatible avec ses idées, et ce n'est pas lui qui attendit la Révolution de 1848 pour être révolutionnaire ! Pensionné par Louis XVIII, chantre du Sacre de Charles X, nommé pair de France par Louis-Philippe, Vicior Hugo ne se jeta vraiment, à fond, dans l’opposition, que lorsque le Prince-Président déçut ses ambitions. Après le coup d'Etat, la haine de toutes les autocraties le rapprocha de Michelet, et tandis que celui-ci achève sa Révolution en 1853, il écrit les Châtiments et s'apprête à fustiger la Royauté. (1)

De même, Michelet — qui n’a jamais été catholi-

que — lança plus tôt que lui sa déclaration de guerre

au christianisme. C’est en 1843, au moment où la catastrophe de Villequier inspirait au poète des accents si

profondément chrétiens, que parut le cours sur les Jésuites suivi du Prêtre l’année suivante. Dix ans plus

tard, dans ses Contemplations, Victor Hugo semblait encore sensible aux consolations religieuses, et c’est seulement dans sa vieillesse qu'il s’abandonna aux grandiloquentes invectives contre l'Eglise, le Pape, les prélats et les prêtres.

On a pu faire entre l’œuvre de Michelet et celle de Victor Hugo, des rapprochements significatifs, encore qu’un peu hasardeux. Pour M. Gaston Deschamps (2),

la conception de La Légende des Siècles (sous sa forme

définitive sans doute) a été « évidemment suggérée » par

(1) La Révolution, dans les Quatre Vents de l'Esprit [1857]. (2) Petit de Julleville, Histoire de la langue et de littérature françaises, t. VII, p. 297 et 299,

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