‹ Michelet et son tempsChapitre 25 sur 51 · TS PS RS NO DS · texte numérisé non relu

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(1) Son portrait avec ces mots : « À Victor Hugo, admiration . et amitié. Jules Michelet. »

(2) La Bible de l'Humanité (1864),

artiste il n’y a pas de grand philosophe. J’ai lu et je vous remercie. Vous êtes autant en profondeur qu'en hauteur. Vous êtes le géologue de l’histoire.

Votre œuvre est, depuis l’Inde jusqu’à la Révolution, depuis Brahma jusqu'à Robespierre, une tranchée ouverte où l’on peut étudier la formation humaine. J'ai essayé quelque chose de pareil dans la Légende des Siècles. Nous nous rencontrons souvent : j’en suis fier. O mon cher philosophe, j'aime vos grands efforts et vos grands succès !

Votre ami,

Victor Huco.

Victor Hugo à Michelet.

H. H., 27 mai [1866].

… Votre Louis XV est un de vos plus beaux livres. Le roi gisait, pourri. Vous êtes venu, résurrecteur. Vous avez dit à ce cadavre : debout, et vous avez remis dedans son

: âme horrible. Maintenant il marche, et il fait peur. Et avec le règne, vous avez peint le siècle, l’un petit, l’autre grand. Le miasme du passé et le souffle de l’avenir sont dans votre livre ; de là sa menace et sa promesse ; de là l’ensei-

. gnement.

Je vous remercie ; je ne suis rien que le témoin du dixneuvième siècle. Je me rends cette justice que je comprends toutes les œuvres de cette grande époque, où vous avez une place si haute. Cette sympathie que je me sens pour mon temps et pour ses hommes est toute ma fierté, et à peu près toute ma joie. Cher historien, cher philosophe, je presse votre main et je salue votre lumière !

Victor Huco.

Victor Hugo à Michelet.

23 novembre [1867].

Cher grand penseur,

Votre Louis XVI complète cette œuvre utile et puissanie. Vous êtes dans l’histoire plus qu’un flambeau. Vous êtes un regard. Le flambeau éclaire, le regard comprend. Vous

. montrez les faits par le dedans. Explication magnifique |

ps 2

Je vous ai envoyé ma préface Paris (1) ; aujourd'hui je vous envoie ce que ma conscience m'a dit de crier. Vous m'approuverez, je n’en douie pas, et vous m'aimerez, je l'espère.

Tuus.

Victor Huco.

Michelet à Victor Hugo.

6 décembre 1863.

Vous êtes le phare par dessus les naufrages. Vous le montrez, en traits de feu. Vos vers ont été lus chez moi avec un vif enthousiasme devant beaucoup de monde, vos admirateurs, vos amis.

Nous sommes moins optimistes que le Guide (1). Mais vos vers expliquent toui.

Nous vous serrons la main de cœur.

J. MicHELET.

Victor Hugo à Michelet.

H. H., 6 décembre [1868].

Mon illustre ami,

Vous m'avez écrit de Suisse, j'étais en Belgique, et je n'ai qu'aujourd'hui votre lettre du 16 septembre (2). Elle me va au cœur. Vos grands livres sont une des lumières de mon exil, votre amitié est ‘un viatique dans mon rude pélerinage de lutte et de deuil.

À vous, ex imo.

Victor Huco.

Victor Hugo à Michelet.

Hauteville House, g mars [1869].

Cher philosophe, encore un beau livre ! (3) Vous êtes ‘fécond parce que vous êtes puissant, et vous êtes infatigable parce que vous êtes convaincu. La foi, c’est la force.

(1) Paris-Guide pour l'Exposition de 1867. Victor Hugo en avait écrit l'introduction grandiloquente et pacifiste, Michelet le chapitre sur le Collège de France. ÿ

(2) Cette lettre n'a pas été retrouvée. j

(3) La Montagne (1869). .$

Votre foi me paraît être plutôt dans la nature que dans l'humanité ; quant à moi, je ne choisis pas. Ce .sont deux grandes âmes. La nuance entre nous, c'est que vous croyez à la décadence. Moi je crois à l'ascension. C’est là plus qu’une nuance, direz-vous. Mais il y a entre nous le profond trait d’union : conscience et liberté.

J'applaudis vos fortes et belles œuvres du fond du cœur.

Victor Huco.

Telle est, dans la mesure où elle peut être actuellement reconstituée, la correspondance de Victor Hugo et de Michelet. J'ai parlé, au début de cette étude, des ressemblances frappantes qui existent entre les deux écrivains, et il n’est pas impossible que Michelet ait exercé quelque influence sur l’auteur des Travailleurs de la Mer et du livre épique des Quatre Vents de l'Esprit. D'autre part, Eugène Noël, l’ami de l'historien, note

avec raison le tout-puissant prestige qu’exerçait sur lui

Victor Hugo. « Il lui prit, dit-il, le goût de l’extraordinaire plus que ne le lui eût inspiré sa propre nature. Son esprit était néanmoins si fortement organisé pour l’h'stoire que dans le récit il retrouve ses facultés à lui et redevient plus simple. Sa forme ne s’exagère qu'aux endroits où il essaie de faire du lyrisme en prose. Luimême, à ce propos, s’est reproché, dans une heure sévère, d’être « une sorte de poète avorté » (x).

Non, ce reproche est excessif. Comme le dit si justement Taine, il est un poète véritable, un poète de la grande espèce. Et ceci n’abolit pas forcément la pénétraton de son jugement et sa finesse critique.

À l'égard de Victor Hugo qu'il admirait tant et dont il lisait tout haut des fragments à ses amis et à ses enfants, Michelet savait être impartial. Dans la conversation, le texte à la main, il était plus libre que dans ses

(1) Eugène Noël. Michelet et ses Enfants, p. 351.

lettres de remerciements dont la grandiloquence admirative n’exclut pas toujours la banalité (1). Rarement, dit Eugène Noël, il y eut critiques plus fécondes, pour le blâme aussi bien que pour l'éloge, touchant l’auteur des Rayons et des Omibres » et il cite l'exemple suivant. Un jour, Michelet qui venait de lire: « L'homme qui rit » lui en fit un résumé pétillant d’entraïn, d’esprit cocasse et de drôlerie : ce fut un récit « à mourir de rire. » Voilà un côté de l’histoire, dit Michelet, mais maintenant voici l’autre, Alors, il reprit le roman dans la note sérieuse, frémissant, haletant, merveilleusement pathétique : « Hugo, s’il eût été présent, eût avoué que l'historien venait de l’interpréter triomphalement ; la verve de l’un, ajoutée à la puissance de l’autre, avait débordé comme un torrent. »

(1) Dans la dernière partie de Ia correspondance, l'historien semble rivaliser d'emphase avec le poète ét il est superflu de souligner la pauvreté hyperbolique de leurs compliments

mutuels. lt 5 INEEN

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