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Maître et disciple en 1830

Le maître et le disciple vont d’ailleurs être séparés. En août 1828, Charles de Montalembert accompagne, à Stockholm, son père nommé ambassadeur en Suède et il y reste un an entier. C’est seulement au cours de l’hiver 1829-1830 qu'il retrouve Michelet à Paris. Il suit alors les cours des grands professeurs du temps et, s’il n’a pas beaucoup de sympathie pour Villemaïn et Guizot, il écoute avidement ceux qui lui parlent de l’Allemagne, Cousin et Michelet. Il échange des livres avec ce dernier.

‘ Sans date.

Non, monsieur, ce n’est pas moi qui ai votre Savigny ; je ne l’ai jamais eu. Mais j’en ai fait venir un exemplaire d'Allemagne que je mets à votre disposition, puisque vous en avez besoin pour votre leçon de demain. Je vous prierai donc de ne me le renvoyer que quand vous n’en aurez plus besoin... Avez-vous des nouvelles de M. Quinet ?

Ainsi la pensée allemande est entre eux un nouveau trait d'union. Avec sa merveilleuse aptitude pour les langues, Montalembert traduit alors du suédois en allemand, commence, pour le compte de Victor Cousin, une version de la Critique de la raison pratique, lit Schelling et die Naturphilosophie (sic) dans les textes originaux. Voilà, certes, plus qu’il n’en faut pour renforcer les bonnes dispositions de Michelet à son égard et pour lui assurer l’amitié de Quinet, traducteur de Herder.

Michelet lui écrit, le 21 février 1830 : « Notre ami Quinet vous attend... Il sera charmé de vous voir. Vous n’avez besoin d’aucun intermédiaire pour être bien reçu. Les gens comme vous et Quinet sont amis, même

avant de se connaître. » À la même époque, Montalembert demande à Michelet de lui procurer un secrétaire pour sa mère, occupée à traduire un ouvrage anglais, et celui-ci l’accueille fréquemment chez lui. Avant de partir pour l'Italie, en avril 1830, 1 le reçoit même « au milieu des embarras inséparables du départ » et, « malgré les mille devoirs d’université et de parenté qui l’accablent », il se charge de ses « commissions » pour Rome.

Montalembert ne semble pas l'avoir revu dès son retour. Lui-même s’embarqua pour l'Irlande en juillet et n'’assista pas, à son désespoir, à ces « glorieuses » journées de la Révolution qui avaient bouleversé sa famille. Ils ne se retrouvèrent qu’en octobre. Entre temps, Michelet lui recommande un jeune Allemand nommé Hellert, sans situation, « qui pourrait donner des leçons d’allemand, de droit, d'histoire, de mathématiques, d'architecture et de dessin, enfin de omni re scibili », Montalembert lui répond : « Je crains que ma protection ne soit bien stérile pour ce M. Hellert dont vous me tracez un portrait si séduisant. Moï-même, je n'ai pas besoin de leçons dans ce genre. Mon père qu’on vient de destituer, a perdu toute influence auprès des puissants du jour. » Mais finalement il réussit à occuper le protégé de Michelet et à le tirer d’embarras.

Ainsi leurs bonnes relations s’accentuent. Malgré l'opposition des siens, la Révolution a séduit le libéralisme de Montalembert et exalté ses espérances. Michelet a écrit « sur les pavés brûlants de juillet » son Introduction à l'Histoire universelle, cette histoire qu’il conçoit déjà comme l'épopée de la liberté humaine victorieuse des fatalités antiques, et il en compose le prologue, l'Histoire romaine. Aussi, lorsqu'il reprend contact avec son jeune ami qui est déjà un si grand voyageur, il ne veut pas être en reste avec lui, il tient à lui faire connaî-

te)

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tre ses impressions d'Italie et il lui envoie « seize pages charmantes » (1).

! Elles n’ont pu être retrouvées et c’est regrettable. En effet, nous ne connaissons pas la vision que Michelet emporta de l'Italie en 1830. Nous ne sommes pas rensignés par le volume qu'a publié M” Michelet sous le titre, Rome, pas davantage par les pages sur la Lombardie qu’elle à insérées dans le livre : Sur les chemins de l’Europe. Avec son ingéniosité et son indiscrétion coutumières, elle a « truqué » les papiers de son mari. Pour corser son petit journal de voyage et les lettres hâtives qu’il écrivit à sa première femme Pauline, elle a fait rentrer, dans la relation sur Rome, des passages écrits à une date ultérieure, fragments de l'Histoire romaine, notes de 1838, pages sur la Renaissance composées en 1840, extraits du Banquet de 1853, souvenirs d'Italie de ‘1871. Elle a ainsi édité un voyage en Italie qui nous donne, non pas les impressions de 1830, fraîches et spontanées, celles de la découverte, maïs l’ensemble des idées de Michelet sur l'Italie, superposées au cours ‘de ses études et de ses voyages successifs. Elle va même jusqu’à fabriquer de toutes pièces des pages sur les Catacombes et sur les Primitifs que Michelet, comme tant de voyageurs du temps, négligea complètement en 1830. Voici la réponse de Montalembert :

13 décembre 1830.

Que je vous remercie, monsieur, des seize pages charmantes que vous avez bien voulu me faire parvenir ce matin ! Je les ai lues avec le plus vif intérêt et je ne me rappelle pas d’ avoir jamais rien lu qui m'’ait mieux trans-

mn

(1) Soit sous la forme d’une lettre personnelle, soit, — plus vraisemblablement, — sous la forme d’un article manuscrit où imprimé,

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