BRUNELLESCHI ET SANTA URU DELLS FIORI
Le plus grand architecte de la Renaisaane« italienne est Bmneloschi, qui travaillait pendant la première moitié du xv' siècle.
Le Florentin Brunelleschi était, dit son biographe, un homme d'une volonté terrible, qui avait commencé par apprendre tous les arls au profit de l'art central qui trouve dans les mathématiques son harmonie et sa durée.
Perspective, mécanique, arts divers de l'ingénieur, voilà la route par laquelle il alla serrant toujours la poursuite de cette Uranie* qui imite sur la terre la régularité du ciel et l'éternité des constructions de Dieu.
Brunelleschi vend un petit champ qu'il avait, et s'en va à Borne avec son ami, le sculpteur Donalello. Voyage périlleux alors. La campagne romaine était déjà horriblement sauvage, courue des bandits, des soldats des Colonna, des Orsini*. Chaque jour, en ce désert, l'homme se perdait, le buffle sauvage devenait le roi de la solitude. Elle continuait dans Borne. Les rues étaient pleines d'herbe, entre les vieux monuments9 devenus des" forteresses, défigurés et crénelés. Ce n'était pas la Borne des papes, mais celle de Piranesi*, ces ruines grandioses et bizarres que le temps, « ce maître en beauté, » a savamment accumulées dans sa négligence apparente, tes noyant d'ombres et de plantes, qui les parent et qui les détruisent. De statues, on n'en voyait guère; elles dormaient encore sous le sol; mais des bains immenses restaient, onze temples, presque tous disparus maintenant, des
su b s tractions prorondes, des égotils monumentaux où auraient pu passer les triomphes des Césars, toutes les sombres merveilles de Roma sotterranea *•
Pétrarque * avait désigné Rome oubliée à la religion du monde. Brunelleschi la retrouva, la recomposa en esprit. Que n'a-t-il laissé écrit ce courageux pèlerinage I Presque tout était enfoui. En creusant bien loin dans la terre, on trouvait le faite d'un temple debout. Pour atteindre cette étrange Rome, il fallait y suivre les chèvres aux plus hasardeuses corniches, ou, le flambeau à la main, se plonger aux détours obscurs des abîmes inconnus.
Il apprit des Romains tous leurs secrets, et, de plus, celui de les surpasser.
L'ambition tilanique de Brunelleschi, sa foi au calcul, lui firent croire que, sur des assises moins larges, il mettrait premièrement les voûtes énormes des Tarquins *, et, par-dessus, enlèverait le Panthéon* à trois cents pieds dans les airs.
Il revint et demanda à achever la cathédrale de Florence, Santa Mariadelle Fiorî,dont l'architecte était mort après avoir seulement jeté les fondations en terre. Fondations octogones et d'un plan particulier qui compliquait la question.
Il s'agissait de faire pour la première fois une construction durable, qui se soutint elle-même et sans secours étrangers.
Le grand artiste dit son plan. Hais personne ne voulut comprendre. Les juges se mirent tout d'abord du coté des impuissants. Tous rient. II fut convenu qu'il était
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fou. On le dît; le peuple le crut, et on disait en le voyant
passer : « C'est ce fou de Bninelleschi. »
Cependant, les autres ne proposant rien, on daigna le faire revenir : « Eh bien, montre-nous ton modèle, » Ils l'auraient copié sans doute. A ces malicieux ignorants, Brunellesehi répliqua par un argument digne d'eux, il tira un œuf de sa poche : c Voilà le modèle, dit-il, dressez-le... » Et, personne n'y réussissant, il le casse et le fait tenir. Tous crient : € Rien n'était plus simple ! — Eh ! que ne vous en avisiez-vous ? >
Je voudrais pouvoir tout conter. C'est tout à la fois l'héroïsme et l'art, l'œuvre et le martyre du génie. Il vainquit, à condition qu'il subirait comme adjoint un sculpteur qui entravait tout. Mille autres difficultés lui vinrent. Ses ouvriers le quittèrent. Il en fit. Il apprit à tous leur métier, aux maçons à maçonner, aux serruriers à forger, etc. Il eût échoué cent fois, s'il n'eût été soutenu dans le détail par celle étonnante universalité qu'il avait de bonne heure acquise et surbordonnée au grand but.
Sans charpente, ni contrefort, ni arc-boutant, sans secours d'appui extérieur, se dressa la colossale église, simplement, naturellement, comme un homme fort se lève le malin de son lit, sans chercher ni bâton ni béquille. Et, au grand effroi de tous, le puissant calculateur lui mit hardiment sur la tête son pesant chapeau de marbre, la lanterne, riant de leurs craintes et disant : c Cette masse elle-même ajoute à la solidité. » Voilà la Renaissance, le mariage du beau et du vrai.
«Où voulez-vous être enterré? » demandait-on à Michel-Ange, qui venait de bâtir Saint-Pierre. « A la place d'où je pourrai contempler éternellement l'œuvre de Brunelieschi. s
ANTHOLOCIE.