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CALVIN ET GENÈVE

C'est en Allemagne que commença la Réforme : le luthéranisme Tut une réforme tout allemande. Le chef de la Réforme française fut un Picard, Calvin, qui, par suite d'un hasard, s'établit à Genève, et ; créa un centre de propagande- Né Picard, d'un pays fécond en révolutionnaires, en bouillants amis de l'humanité, né peuple et petit-fils d'un simple tonnelier, fils d'un greffier de Noyon1 qui, tour à tour, travailla dans les deux justices, ecclésiastique9 et civile, Calvin se trouve avoir en naissant un pied dans le droit, un pied dans l'Église. On lui donne à douze ans une sinécure cléricale, qu'il jette bientôt avec le désintéressement aider de Rousseau* ou de Robespierre'. Il vit de peu, de rien, pauvre jusqu'à sa mort. C'était un travailleur terrible, avec un air souffrant, une constitution misérable et débile, veillant, s'usant, se consumant, ne distinguant ni nuit ni jour. Il aimait uniquement l'étude, le grec surtout, et les lettres saintes.

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de Turin. I siècle, auteur du Contrat lociai.

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Il était fort timide, défiant, ombrageux, seul et caché tant qu'il pouvait. Pour le tirer de là, il fallait un coup imprévu, uue manifeste nécessité morale, la violence du ciel et de la conscience, si j'osaisdire, la tyrannie de Dieu.

Cet homme si timide parut seul devant tous, sacrifia l'étude, sa chère obscurité, et changea sa vie sans retour.

Son livre, l'Institution chrétienne, n'était nullement d'abord le gros livre, l'encyclopédie théologique qu'on voit maintenant. C'était une courte apologie.

Si l'acte était hardi, la forme ne l'était pas moins. . C'était une langue inouïe, la nouvelle langue française. Vingt ans après Commines*, trente ans avant Montaigne1, déjà la langue de Rousseau.

C'est sa force, si ce n'est son charme. Rousseau a dit, après V Emile : Conticuit terra. Mais combien plus duton le dire quand, pour la première fois, elle jaillit, celte langue, sobre et forte, étonnamment pure, triste, amère, mais robuste et déjà tout armée.

Voilà donc celte France légère, cette France rieuse, dont le gaulois naïf semblait hier encore un bégayement d'enfance... Quelle énorme révolution !

Épouvanté de son triomphe, il se cache à Strasbourg, se colle sur les livres. Mais il était perdu, Dieu ne devait plus le lâcher.

Farel* vint le prendre là, grondant et refusant. Il l'enleva, et le mit ou ? A Genève, dans la ville la plus antipathique à son génie. Calvin lui prouva que Genève était le lieu où il serait le plus inutile, et qu'il n'y ferait rien de bon. Farel rit, alla son chemin.

1. Historien franc*" Jo la fin du I verliau prolesunli«iue;l*[ouvenie-

IV siècle, autear de Mémoiret. ment de Berne l'ivait ehargé défaire

S. L'aoleor des E'iaii . la réforme dans les paya de langue

S. Gentilhomme dmijiliinoii cou- | française qui appartenaient à Berne.

Cet homme pâle, arrivant à Genève, trouva une joyeuse ville de commerce, qui, ayant déjà fort souffert, n'en restait pas moins gaie. Sa situation est charmante, pleine d'air et de vie. Avec ce grand miroir du lac et ce brillan i fleuve azuré, Genève a double ciel, deux fois plus de lumière qu'une autre ville. C'est le carrefour de quatre routes. De Savoie et de Lyon, de Suisse et du Jura, tout y passe. Circulation constante de marchands et de voyageurs, de visages nouveaux et de toutes les nouvelles de l'Europe. La population était à l'avenant, légère de parole et de vie. Mœurs du commerce, mœurs des seigneurs; chanoines et moines, chevaliers et barons, tous venaient jouir à Genève. Elle s'en moquait, et les imitait, rieuse et satirique, changeante comme son lac, subite comme son Rhône, vraie girouette et le nez au vent.

Qu'on juge de l'impression que ce sombre Calvin, malade, amer, le cœur plein des plaies de l'Église, reçut quand il arriva là ! Il chercha la rue la plus noire, d'où l'on ne vit ni le lac ni les Alpes, l'ombre humide et verdatre des grands murs de Saint- Pierre'. Mais les hommes le choquaient encore plus que tout le reste. Il déteslait Froment*. Il avait ses amis en abomination, presque autant que ses ennemis.

Genève chassa Calvin; mais les désordres augmentèrent, et elle le rappela elle-même. Il refusait, écrivait à Farel : « Je les connais ; ils me seront insupportables, et raoi à eux... Je frémis d'y rentrer. » Farel l'y contraignit.

Quand j'entre dans le vieux collège de Calvin et de Bèze3, quand je m'assois sous les ormes antiques, quand

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