Une seule parole
i. Tnilé de ptii entre Frincoii I" el C h a rie i -Quint.
Valois, avant de jeter en moule te gros garçon qui gâta tout1, ce vrai fils de Gargantua1.
Marguerite, sa sœur, est certainement petite-fille du poète Charles d'Orléans3. Elle a la fiçure usée de bonne heure des races nobles, affinées, vieillies. Elle dit à chaque lettre, sans la moindre coquetterie, écrivant à gens moins Agés : « Votre tante, » ou : t Votre vieille mère. »
Elle était très-peu faite pour les travaux de la maternité. Elle n'eut pas d'enfant du duc d'Alcnçon. Et de Jean d'Albret.son second mari, elle en eut, mais péniblement, toussant beaucoup, affaiblie des jambes et des yeux, si bien qu'en 1530, à trente-huit ans, étant enceinte, il lui faut se reposer, se préparer pour écrire une lettre. Ses enfants moururent ou restèrent très faibles ; spécialement Jeanne d'Albret', qui n'avait pas même remué dans le sein de sa mère, et, encore jeune, eut plusieurs maladies qu'on croyait mortelles.
11 ne faut pas s'étonnersi, dans la médaille, l'admirable artiste nous donne déjà Marguerite, comme elle se donne dans ses lettres, un peu vieille à trente-sept ans. Le nez charmant, fin, mais aigu, est bien de cet esprit abstrait que Rabelais évoquait du ciel pour le faire descendre dans son livre.
Cette médaille fait penser à un portrait de Fénelon', comme elle, délicat, nerveux, maladif, où la pâle figure conserve un léger mouvement oblique, allure gracieusement serpentine, comme d'un homme infiniment fin, qui ondule et glisse entre deux idées.
J'aime mieux la reine de Navarre. Elle tient de ce
mouvement, mais elle a le sourire plein d'esprit, de malice, de bonté.
Ce qui suit est un épisode de l'histoire de l'Empire ottoman, la vie du grand visir Ibrahim.
Ibrahim, fils d'un matelot grec de Praya, était de cette race énergique et rusée qui remplit tout l'Orient de son activité. Enfant, il fut enlevé et vendu par des corsaires turcs à une veuve de Magnésie ', qui, d'un coup d'œil de femme, vit qu'il était né pour plaire et monter au plus haut. Il apprit le persan, l'italien, plusieurs langues d'Asie et d'Europe, lut les poètes, l'histoire, dévora les vies d'Hannibal, de César, d'Alexandre le Grand, qu'il relisait sans cesse. Mais si le but fut haut, la voie fut basse, celle qui dans l'Orient mène à tout, le sérail9. Il entra par sa figure heureuse et son talent pour le violon. Soliman en fut engoué, subjugué, au point de ne plus voir que lui.
Toutes les paroles qui restent de cet homme indiquent un mélange singulier de finesse, d'audace et de grandeur, une royauté naturelle. La flatterie même était chez lui risquée, inattendue, celle qui surprend l'esprit, charme, emporte le cœur.Soliman3 lui ayant fait épouser sa sœur, il y eut une prodigieuse Tète. Le favori dit hardiment qu'il n'y avait jamais eu de noces semblables, pas même celles du sultan. Celui-ci rougit de colère. Ibrahim ajouta :
1. Province de The.snlio. I 3. Sultan turc ({530-1966) surnom-
.emble des bàtimr,nls qui forment la Hongrie.
c Celles de Sa Hautesse n'ont pas eu cet honneur d'avoir pour convive le padishah de la Mecque*, le Salomon de notre époque. »
C'était un petit homme brun, à dents aiguës, disent les ambassadeurs de l'empereur1, qui sont stupéfaits de la liberté avec laquelle il parle do son maître. Il ouvre ainsi la conférence : « Le lion ne peut être dompté par la force, mais par la ruse, la nourriture et l'habitude. Le prince, c'est le tion, et le ministre est le gardien. Je garde le sultan, et le mène avec un bâton, qui est la vérité et la justice. Charles est aussi un lion. Que ses ambassadeurs le mènent de la même manière. »
Cependant Soliman, Ibrahim, étaient deux hommes pacifiques, et faits pour les arts de lapais. L'influence byzantine3 allait toujours gagnant. Ibrahim, qui avait rouvert l'hippodrome* et les jeux antiques, s'était bâti un délicieux palais sur ce lieu même, et il y tenait son maître à regarder les fêtes, que son génie fécond savait varier. On avait vu, aux noces d'Ibrahim, Soliman écouter patiemment les thèses des discoureurs, comme aurait fait un des Paléologues* ou des Cantacuzènes6 . Mais la grande machine turque était montée pour la conquête. Elle broyait qui ne l'employait pas. On n'avait pas organisé en vain ce sombre et colérique monstre de guerre, le corps des janissaires7. Soliman avait été obligé, dès son avène-
i. Cirque ou se donnaient les cour-