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LE REOENT DE FRANCE, DUC D'ORLÉANS

Louis XV à son avènement (1715) n'était qu'un enfant, it fallait un régent pour gouverner à sa place. Ce fut le duc d'Orléans, fils du frère de Louis XIV.

Il n'y eut jamais homme plus doué. Brillant esprit, rapide à prendre tout au vol, étonnante mémoire, et, avec peu d'études, un monde de connaissances. Tous les arts. Et la grâce en tout.

Il ne manquait à cela qu'une certaine base de fixité, de personnalité. Il était né d'éléments trop divers. Qu'eut-il de son père. Peut-être le goût italien de la musique, peut-être aussi une certaine facilité débonnaire. Mais il ne tomba pas, comme son père, au burlesque, à la platitude. Il était fort vaillant, comme sa mère, très franc du collier, net, lucide au champ de bataille. Il vit clair à Turin'. Il vit clair en Espagne1; il vit et fit, à travers mille difficultés qu'on lui suscita. Il y eut des succès, prit des places qui avaient arrêté Condé3.

Ce que sa courageuse mère1 ne lui transmit pas, malheureusement, ce fut l'orgueil. Ce soutien lui man-

1. En 1706, les généraui français flt la guerre avec succès on Catalogne,

qui assiégeaient Turin se laissèrent î. Le grand Condé avait f.it l>

prendre par l'armée autrichienne guerre tout™ l'Espagne en 1046-17,

malgré les avis du duc d'Orléans. 4. Sa mère, Charlotte de Bavière,

î. Il commanda l'armée franco- était une princesse allemande Bile de

espagnole chargée de soutenir Phi- l'électeur palatin du Rhin;clleaécrit

1 p.ic V contre l'archiduc Charles, ol des lellrcs fort intéressantes.

qua. I) fit bon marché de lui-même. Il n'y tenait pas, et n'exigeait pas qu'on y tint. De là un abandon étrange, un grand laisser aller, beaucoup d'indifférence pour le bien et le mal. Il appelait cela aimer la liberté. Et il citait l'heureuse liberté de l'Angleterre sous Charles II*.

Une chose lui fit grand tort, d'avoir un héros favori, de vouloir être un Henri IV, de vouloir lui ressembler, même de visage.

Il n'y avait aucun rapport. Sa bonne corpulence allemande ne rappelait guère le Béarnais. Sa face pleine et sanguine manquait du fameux nez. Il avait la facilité, mais dans l'abondance éloquente, non l'étincelle du silex, l'éclair gascon. Cette faiblesse d'imitation mena loin d'Orléans. Si on l'eût laissé en Espagne, il eût rappelé Henri IV par sa valeur. Mais on fit croire au roi qu'il était ambitieux, qu'il supplanterait Philippe V et on le tint en cage.

Le roi lui fit accepter la fille de madame de Montespan. Déplorable union. Le jeune homme y sentit le froid de ta mort. Rien au cœur. Un orgueil infernal et orofond. Il l'appelait madame Lucifer, et elle en sou- ■ iait. Elle ne rêvait qu'une chose, faire régner son frère le duc du Maine, et elle lui livrait tout ce qu'elle savait de son mari. Il ne l'ignorait pas. 11 ne se fâcha point, mais se jeta dans le désordre. Il essayait parfois aussi de l'étude, faisait de la chimie avec le célèbre Humbert. Saint-Simon le blâme de ces vaines curiosités. Mais c'est encore par là qu'il est un vrai représentant du siècle.

L'aimable génie de la France, lumineux, humain, généreux, éclate le lendemain de la mort de Louis XIV dans tous les actes du régent.

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