Général autrichien. I elles Prussiens
pas. Desaix, jugeant la situation changée, entendant le canon lointain, ne tint plus compte de l'ordre, revint, et rétablit la bataille.
Il arrive au premier consul. Les généraux l'entourent; ils lui content lajournée, lui montrent la situation. Tous sont d'avis de faire retraite. Bonaparte ne dit rien, et presse vivement Desaix de parler.
Desaix regarde le champ de bataille; puis, tirant sa montre : « Oui, dit-il, la bataille est perdue; mais il n'est que trois heures, nous avons encore le temps d'en gagner une autre. >
Simple et noble parole, nui témoigne, pour l'avenir, et de son cœur indomptable et du jugement qu'il faisait d'une armée qui, brisée, décimée, pouvait, sur le même champ de bataille et le même jour, ressaisir la victoire!
Les troupes fraîches qu'il ramenait avancent pour heurter de front les Autrichiens, les arrêter, pendant que l'armée, ralliée, se jettera sur leur flanc. Ils la croyaient en retraite. Ils sont tout à coup salues par la mitraille de douze pièces qu'on démasque devant eux.
Desaix, à cheval, à la tête de la 9' légère1, franchit un pli de terrain et se révèle brusquement à eux par une charge à bout portant.
Ils répondent. Desaix tombe, atteint d'une balle dans la poitrine.
Il était frappé à mort, et ne prononça qu'un mot eu tombant : « N'en dites rien. »
On le comprit, on lui jeta son manteau sur la tête. Mais on ne parvint pas à cacher sa mort. La 9* en fut furieuse de douleur et de désespoir, et, se précipitant sur la niasse des Autrichiens, elle gagna dans cette terrible
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lutte le surnom d'Incomparable, qui lui a été conservé jusqu'à la fin de nos guerres.
Desaix ne fut retrouvé qu'avec peine au milieu des morts. On le reconnut surtout à son abondante chevelure noire.
La bataille, décidée par lui, donna la paix au monde, l'empire au premier consul.
Bonaparte était dès lors si sûr de l'empire que, sur le champ de bataille même, regrettant la mort de Desaix, il dit ce mot impérial : s Je l'aurais fait prince. »
On a prétendu, avee bien peu de vaisemblance, que Desaix, frappé au cœur d'un coup mortel, au fort de la mêlée, au bruit de l'artillerie, aurait pu dire et faire entendre cette longue phrase : « Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas fait assez pour vivre dans la postérité. » Desaix vivant ne fit jamais de phrase; en a-t-il fait une à sa mort?
Quoi qu'il en soit, cette parole sera à jamais démentie. H a lait assez. Il vivra.
Il vit, non dans les monuments qui lui furent élevés, à Paris, aux Alpes, à Strasbourg, non dans les vains récits, dans la chronique oublieuse ou menteuse, mais au fond du cœur de la France et dans la reconnaissance muette, dans le culte secret des hommes de sacrifice et de devoir.
Je possède un assez médiocre portrait de Desaix, qu'il a laissé faire en Egypte, vraisemblablement pour sa mère, dont il était séparé depuis si longtemps et qu'il ne devait plus revoir. Autrement son excessive modestie n'eût pas permis qu'on donnât cette importance à la postérité.
Rien de moins flatteur à l'œil que cette gravure. Le fond, triste et uniforme, est une plaine de la Haute- Egypte, un désert de la Thébalde ', tout d'âpres rochers.