L* légion qui atoliine les ruine* de Thèbei
481 I. M1CHELET.
Plus près, dans une petite oasis de quelques arbres, se voit le camp français, tout le mouvement des travaux militaires, une fourmilière de petites figures noires qui travaillent, apportent les choses nécessaires à la vie. Les femmes, les enfants indigènes vont et viennent parmi les soldats. On sent qu'il y a là une sécurité parfaite, que c'est un lieu de justice et de paix.
On est tout à fait rassuré sur le sort de ce peuple, quand on voit, au premier plan, l 'honnête et héroïque figure du général Desaix. C'est celle d'un grand travailleur, d'un homme jeune encore qui a déjà beaucoup fait, beaucoup souffert, et qui jamais ne fera souffrir les autres.
Avec sa riche chevelure noire, avec sa moustache touffue et ses grands yeux noirs, il a l'air triste, mais ferme et doux.
Il rêve... A la patrie lointaine ? aux affections qu'il y laisse? à ceux qu'il aime et ne reverra plus? Non, il pense à ce peuple qu'on voit là-bas, et dont il est le père. Il pense à l'organisation de cette contrée infortunée. Il pense à cette rude campagne delà Haute-Egypte; dur labeur, obscur et lointain, caché dans les solitudes, loin de l'attention du monde. Si l'Egypte était un exil pour nos soldats d'Europe, la Thébalde est un exil par delà l'Egypte elle-même.
Pauvre moine de la guerre, à travers l'affreux désert des moines de la Thébalde*, il poursuit infatigablement le cavalier mameluck. Sous ce soleil terrible, à l'heure où se cache le lion vaincu par la chaleur, où le crocodile haletant se tapit dans le Nil, le général Desaix ne lâche pas prise. I) travaille, écrit, ou combat.
t Sois pur, pour être fort. » Ce mot grave de la Perse antique* se réalise à la lettre dans la vie de Desaix. Caractère absolument vierge, il dut sa sève, sa verdeur admirable à son austérité. Sa vie est d'une pièce, d'un fil tout aussi net que fut celui de son épée.
Le devoir, le travail, telle fut sa droite ligne, et il a ignoré les courbes de la vie. Ce que peut être le plaisir, même légitime, il ne l'a jamais su. Ayant en lui sa récompense, il n'a demandé rien de plus, rien regretté, rien désiré. Se dévouer, sans éclat et sans bruit, ce fut toute son ambition. Indépendant à l'intérieur, gardant toute son àme, il se subordonnait volontiers même à moindre que lui. C'était une de ces rares créatures que la nature a faites tout exprès pour le sacrifice, qui d'ellesmêmes se sentent nées pour cela, et qui le veulent ainsi.