‹ MicheletChapitre 25 sur 181 · Affluent du Po. t. Massif de montagne que tra*erae · texte numérisé non relu

Affluent du Po. t. Massif de montagne que tra*erae

t. L'Inn apporte plus d'eau que le une route en lacet». Danube. 6. La Genèse raconte que Jacob

(*,03i ni.). 7. Du t6té du nurd-miesl.

i. Sur ta Héra. au nord du lac de 8. Dn des plua gros ïillajoi de

Corne. l'BnfadiiM.

Au premier point de vue central, les bains de Saint-Moritz', spacieux et bien soleillés, nous souriaient. Lui-même, Saint-Moritz, un bourg assez peuplé, quia quelques boutiques, quelques petits marchands, est à mi-côte vers le pied du Julier. Il domine et partage à peu près la vallée. Avant lui, après lui, on a les deux coups d'œil sur les lacs successifs, leurs prairies, leurs forêts.

Le mélèze est de ce vert clair dont on peint les jouets d'enfants. Il a une gaieté relative. On est toujours un peu surpris de trouver dans les lieux où le sapin, l'épicéa3 robuste ne peuvent plus vivre, ce vert tendre, cet air de jeunesse d'un arbre qui change de feuilles tous les ans. Mais la grande surprise, ce fut de voir sous son ombre légère, les plus rares (leurs des hautes Alpes, communes ici, tout comme ailleurs est la pâquerette aux prairies. La superbe anémone jaune, tant poursuivie des botanistes, achetée à tout prix des ascensions les plus pénibles, abondait et surabondait sous la roue presque des voitures. Ces merveilleuses fleurs, sur une penle tournée au levant, étaient moins éclairées déjà à cette heure de l'après-midi (cinq ou six heures du soir). Elles ne devaient rien aux effets du soleil, n'étaient belles que de leur beauté. Mystérieuses sous cette ombre, inclinées vers la route, elles semblaient des yeux, de grands yeux qui nous regardaient.

Frappante apparition. Cette flore singulière, exquise, que nul or ne payerait, qui ne descend jamais de nos jardins, se trouvait toute seule en ces lieux très sévères où tant de plantes communes ne peuvent venir. Après Saint-Moritz, la vallée élargie et d'une certaine grandeur, est étonnamment sérieuse. Le long des lacs, deux

ou (rois beaux villages se succèdent à l'horizon, et rien entre eux que la prairie déserte. Point de maisons sur le chemin. Nulle culture et nulle industrie. Un noble et grand silence, tel qu'on l'a sur les hauts sommets, au Righi ' par exemple. Maïs (différence capitale) au Righi on voit tous les géants des Alpes sur sa prairie déserte, on a à qui parler; on salue Silberhorn ou la Jungfrau. Ici, la vue est recueillie, quoique belle et spacieuse. Le grand groupe de la Bernina avec tant de glaciers, de sources, est assez près, mais on ne le voit guère qu'à de rares échappées. Généralement ce groupe est retiré derrière certains rideaux de montagnes secondaires. Il est énorme, et on le cherche, on ne sait où le trouver.

Déjà Celerina, plus bas que Saint-Moritz et tout à fait en plaine, était dans l'ombre et dans l'humidité du soir qui s'élève de ces eaux nombreuses.

Samaden, un peu plus peuplé (de quatre cents maisons, je crois), a la poste centrale, les tribunaux et les écoles. C'est comme un chef-lieu pour la haute Engadine. Tout est très bien bâti. Nombre de maisons honorables ont au dehors de somptueux perrons avec de belles rampes en fer et en cuivre, de jolies grilles (souvent de l'autre siècle). On dirait des hôtels.

Vers quatre heures du matin, je me levai sans bruit et j'allai un moment, à travers mes vitres humides, regarder la contrée. Entre des hauteurs modérées, boisées fort inégalement et diversement éclairées, la vallée, ses prairies et petits lacs étaient sous la basse vapeur qui se traîne, rampe à quelques pieds. Le tout, mélancolique. d'un sérieux mystère. C'était, ce n'était pas l'été. Peu à peu le soleil monta, et je vis bien la position de Samaden,

au point central où se croisent les routes, la principale qui suit les lacs, de la Maloya an Tyrol, et l'autre transversale, que je voyais monter vers Pontrésina, s'appuyant a sa droite aux montagnes de la Bernina. Un petit commerce s'y fait, grains allemands et vins d'Italie.

Etablis à Pontrésina, sur la route de Bernina, dans la vue du Roseg, admirable glacier qui est tout près, ayant sous nos pieds la rencontre des torrents qui s'unissent là, nous sortîmes avant le soir vers quatre heures de l'aprèsmidi. Il Taisait un vent frais (non froid) d'ouest, et du haut du Jul ier un rayon du couchant le tempérait. Je fus frappé d'une chose. On travaillait à couvrir de petites planches les parapets du pont pour que la brusque alternative des gels et des dégels n'en fit éclater la maçonnerie. Cela me fit songer. Je sentis la terreur de ce profond hiver qui gèle à iO, fait un rocher des lacs. Cela est sibérien. Et ce qui'ne l'est pas, ce qui est encore pis, c'est que par moments le soleil se souvient tout à coup de l'Italie voisine. D'un rayon aigu et tranchant, coupant comme une hache, il fond sur cette terre glacée, l'end, fait tout craquer, rase et brûle.

Le haut pays a trois mille âmes. Mais, sans l'émigration et ses prolits, il n'aurait pu, je crois, être habité. On ne peut compter sur rien. Non seulement la neige dure sept mois, mais elle revient souvent l'été à l'imprévu. Le seigle est trop aventuré. On essaye un peu d'orge. Moimême j'en ai vu dans un pli au midi, fort abrité, mais c'est chose rare et incertaine. Le foin est coupé à la main plus qu'à la faux. Il est très court, mais en revanchi exquis et d'une odeur sucrée (bien naturelle, se composant de fleurs). De là un bon laitage, peu abondant. Le beurre et le fromage ne suffisent pas, on en achète ailleurs.

98 J. HICHELET.

Un peu de travail dans le bois, et un peu de roulage, "■-'est tout ce qu'on peut faire. L'émigration y est la loi, la

atalité du pays.

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