L'ÉDUCATION PAH LES FETES
Ce qui manque à noire vie moderne, ce sonl les grandes fêtes qu parlent aux yeux des enfants et leur font sentir la grandeur de I: patrie et de l'humanité.
La vie grecque, si terrible d'action, de lutte, de péril, de guerres, eut cela d'admirable et qui compensait tout : elle était une fête. Du berceau, par les fêtes, on allait au tombeau. Elles égayaient le mort même. Fêtes de la nature et de l'humanité. Fêtes de fictions dramatiques et d'histoire nationale. Fêtes des exercices et de gymnastique, charmantes de force et de beauté, qui créaient l'homme même, faisaient les dieux vivants qu'imita Phidias1. Comment, avec une existence si radieuse, n'être pas gai? Peut-être on mourait tôt? n'importe. La vie n'avait été qu'un sourire héroïque.
Cela reviendra-t-il ? Huile raison d'en douter. L'éducation de l'homme se fera par les fêtes encore. La sociabilité est un sens éternel qui se réveillera. Nous verrons reparaître celte heureuse initiation qui, dès le premier âge, offrait à l'œil charmé du jeune citoyen un grand peuple d'amis, aimables, joyeux, bienveillants. En eux il avait vu Athènes. Jusqu'à son dernier jour, il emportait l'image de cette belle Patrie vivante. Ce n'était pas un être de raison. C'était une Amitié née des fêtes d'enfance, continuée dans les gymnases, aux speclacles où les cœurs battaient des mêmes émotions, amitié très fidèle à qui si volontiers on immolait sa vie,
1. Phidias, sculpteur athénien du I sculpteurs grecs prenaient pour ino-
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dans ces combats qui furent des Têtes, Marathon, Salamine1, illuminées de la victoire.
« Comment fait-on des fêtes? » Quelle vaine question ! Mais on ne les fait pas. Cela naît de soi-même. Un matin, on s'éveille... Tout a jailli du cœur. C'est fait. Hier, qui s'en serait douté?-
Il faut peu pour faire une fête. On le voit bien en Suisse. Les jolis exercices des enfants, sous les yeux des parents attendris, cela, c'est une fête. Le théâtre civique qui plus tardjouera les héros, Tell* ou Garibaldi 3, donnera une foule de fêtes. Les hospitalités amicales des grands peuples entre eux seront les divines fêtes de la paix, le concert, par exemple, que mille exécutants français et allemands nous donneront sur le pont du Rhin.
L'âme humaine est la même, infiniment féconde, on le verra. En un demi-siécle s'est fait un progrès remarquable de goûts délicats, élevés, qui tiennent de bien près (qu'on me passe ce mot) à une augmentation de l'àme. Le goût des fleurs, de certains aménagements, inconnu en 1815, dît combien a gagné l'amour de l'intérieur. Le soin (souvent extrême) qu'on met à habiller l'enfant, même dans les conditions pauvres, est fort attendrissant. Mais ce qui a gagné surtout, c'est le culte des morts. Au commencement de ce siècle, on n'y faisait nul sacrifice, nulle dépense, et, s'il faut le dire, les tombes étaient peu visitées. Elles le sont peu encore dans les campagnes. Le peuple de Paris, que les provinciaux croient à tort sec et égoïste, est de tous ceux que is, celui qui fait le plus pour ses morts. La foule,
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u xiv siècle.