Les Turci sont un peuple i des steppes de l'Asie (Turkest
troublaient le regard de leur apparente mobilité. Le vertige venait à considérer leur histoire, comme le voyageur qui, assis au bord du Danube, contemplant son cours orageux, voudrait fixer des veux, saisir, compter la vague qui toujours va montant sur la vague ; puis, las, découragé, détournerait les yeux, plaignant son travail inutile.
Le flot varie sans cesse, le fond ne varie pas. La Roumanie, de Trajan ' jusqu'à nous, se reste fidèle à ellemême, fixe en son génie primitif. Peuple né pour souffrir, la nature l'a doué de deux choses qui font durer : la patience, l'élasticité, qui font que, toujours courbée, toujours elle se relève. Ne la comparez pas aux monuments romains, aux voies éternelles qui sillonnent son territoire. C'est plutôt la résistance, la forte et souple résistance des digues de fascines où l'Océan se brise*; il aurait emporté des digues de granit.
Le fond de cette résistance n'est point la sombre acceptation du mal, le triste fanatisme de l'autre rive du Danube, cette mort du cœur qui a stérilisé le musulman3: non, c'est un principe vivant, l'amour obstiné du passé, le tendre attachement à cette infortunée patrie qu'on aime plus, plus elle est malheureuse. Le Roumain ne la quitte jamais que pour y revenir. Il garde, invariable, tout ce qui lui vient de ses pères, l'habit, les mœurs, la langue, et son grand nom surtout : Romains t Noblesse bien prouvée. Leur langue est toute latine. Le laborieux génie des patientes légions qui ont couvert le monde de leurs travaux revit dans cette grande colonie de l'Empire. Le colon italien a épousé la fille et la sœur du Danube;
mais c'est le premier élément qui domine dans ce mélange. Si le Valaque n'a pas l'élan, la furia hongroise, il a la fixité, l'opiniâtreté des légions antiques. C'est un proverbe roumain (digne de Rome) : < Donnez, jusqu'à la mort ï »
Les souffrances inouïes de ce peuple, les durs et brusques changements surtout qui ont troublé sa destinée, n'ont guère permis à sa poésie de prendre l'essor. Pour art, il a eu ses soupirs, des mélodies touchantes et d'un charme mélancolique. Comme tout peuple d'origine italienne, il est sensible à la couleur. Les églises, surtout chez les Valaques transylvains1, sont toutes peintes du la main des peintres paysans. Leurs lits sont peints ; leurs selles et le joug de leurs buffles* le sont également. Le coffre que la femme apporte au mariage, l'élégante tunique qu'elle brode elle-même, offrent dans leurs ornements peints la plus frappante ressemblance avec les plus anciennes mosaïques romaines.
Leurs danses sont romaines aussi, et leurs jeux ceux de l'antiquité. C'est un peuple élégant, d'élocution facile, et qui parle à merveille. Nulle différence d'idiome du paysan au lettré ; à vrai dire, c'est comme en Italie : il n'y a pas de peuple, ou si l'on veut qu'il y en ait, l'élégance et la distinction se trouvent surtout dans les campagnes. Un de mes amis, né Français, Hongrois de cœur, nullement suspect de partialité pour les Valaques3, trouvait chez eux (dans la Transylvanie) je ne sais quoi des bergers de Virgile.
Leurs mœurs sont très faciles et trop peut-être. Cela