‹ MicheletChapitre 80 sur 181 · Capitale de la Toi · texte numérisé non relu

Capitale de la Toi

ti un marais inhabitable.

se conserve courte, mais fraîche, à l'ombre des châtaigniers. De même, les troupeaux des plaines poudreuses de la rouille remontent chaque été dans les Abruzzes1. Le droit qu'ils payent à l'entrée des montagnes était le revenu le plus net du royaume de Naples.

Jusqu'à l'entrée du royaume de Naples, sauf la vigne et l'olivier, nous ne rencontrons guère la végétation méridionale; mais arrivé une fois dans l'heureuse Campanië, on trouve des bois entiers d'orangers. Là, commencent à paraître les plantes de l'Afrique, qui effrayent presque dans noire Europe : le palmier, le cactus, l'aloés armé de piquants. Les anciens avaient placé sur ces rivages le palais de Circé. La véritable Circé* avec ses terreurs et ses séductions, c'est la nature du Midi. Rien ne peut donner l'idée de la fécondité de cette plaine ; elle nourrit cinq mille habitants par lieue carrée. Mais c'est surtout vers la pointe de l'Italie, en sortant de cette forêt de châtaigniers gigantesques qui couronnent Scylla, lorsqu'on embrasse d'un coup d'œil et l'Italie et la Sicile, et l'amphithéâtre colossal de l'Etna, qui, tout chargé qu'il est de neige, fume comme uu anlel éternel au centre de la Méditerranée; c'est alors que le voyageur pousse un cri d'admiration en rencontrant cette borne sublime de la carrière qu'il a parcourue depuis les Alpes. Cette vallée de Reggio3 réunit tous les souvenirs, d'Ulysse* aux guerres puniques, d'Hannibal9 aux Arabes

t. Héroa jrec qui d'iprfc

et aux Normands* leurs vainqueurs; mais elle charme encore plus par ces fraîches brises, par ces arbres chargés d'oranges et de soie.

TRIBUS PASTORALES DE L'ANTKTOli ITALIE

Michelet décrit le genre de vie des peuples qui habitaient les

montagnes do l'Italie centrale.

Pline * et Columelle * rapportent une prière des vieux laboureurs de l'Italie, qui ferait supposer dans ces tribus une grande douceur de mœurs. En semant le grain, ils priaient les dieux de le faire venir pour eux et pour leurs voisins. Tout ce que nous savons de la dureté de ces anciens âges s'accorde peu avec celte philanthropie. Une vieille maxime disait dans un esprit contraire : Trois maux également nuisibles : la stérilité, la contagion, le voisin. Nous ferons mieux connaître, plus tard, en parlant du livre de Catou * sur l'agriculture, toute la rudesse du vieux génie latin. C'était un peuple patient et tenace, rangé et régulier, avare et avide. Supposé qu'un tel peuple devienne belliqueux, ces habitudes d'avarice et d'avidité se changeront en esprit de conquête. Tel a été au moyen âge le caractère des Normands, de ce peuple agriculteur, chicaneur et conquérant, qui, comme ils l'avouent dans leurs chroniques,

Page 1