‹ MicheletChapitre 98 sur 181 · Peir · texte numérisé non relu

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■apugnol du XVII" aiè-

■: Jeanne d'Albret, more d'Hon- IV. était l'héritière des rois do

id le Catholique, roi d'Aragon,

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x" siècle; ils se reconnaissaient vassaux immédiats des comtes de Gascogne, Gascons comme eux, mais avec plus de finesse. Le possesseur du Béarn au xv* siècle est Jean d'Àlbret; son fils, en épousant Marguerite d'Alençon1, grand'mère d'Henri IV, prépare la réunion de la Navarre à la couronne. Mais les villes, en se donnant au roi, entendaient bien continuer à vivre de leur vie indépendante. Le Béarnais, en vrai Gascon, trouva, pour les rassurer, le mot heureux que l'on sait et qui sauva tout : < Je ne donne pas le Béarn à la France, mais la France au Béarn. »

Il n'y aurait à redire aux Gascons-Béarnais que leur petite taille. Mais ces petits hommes noirs et brûlés, à méchantes mines, ont été tes meilleurs marcheurs de l'Europe, pleins de feu, d'esprit, de ressources, d'une allure leste et vive qui tirait dix coups pour un seul, comme on le vit au xv' siècle quand la France les mena en Italie1.

Il fallait bien qu'ils fussent gens de ressources, ayant a courir le monde. Le droit d'aînesse régnait en Gascogne. L'alné restait fièrement au castel, sur sa roche, sans vassal que lui-même et se servant par simplicité. Les cadets s'en allaient gaiement devant eux, tant que la terre s'étendait, bons piétons, comme on sait, allant à pied par goût tant qu'ils ne trouvaient pas un cheval, riches d'une épée de famille, d'un nom sonore et d'une cape9 percée; du reste, nobles comme le roi, c'est-à-dire comme lui sans fiefs.

et de France. La Nst:

Dans les eipéditions i du XViiècle, 11110 subis du roi de Fra.

371 J. HICBELET.

Ce portrait du Gascon du Midi, pour être vieux, n'est pas moins ressemblant. Il en reste quelque chose. Alors, aujourd'hui et toujours, ces gens ont exploité de préférence nn Tonds excellent, la simplicité et la pesanteur des hommes du Nord. Aussi, émjgraienl-ils volontiers. Ce n'était pas pour bâtir comme les Limousins, ni pour vendre comme les gens d'Auvergne. Les Gascons ne vendaient qu'eux-mêmes comme soldats, comme domestiques des princes ; ils servaient pour devenir maîtres. Ne leur parlez pas d'être ouvriers ou marchands; mi-, nistres ou rois, à la bonne heure. En hommes honnêtes et modérés, un petit royaume leur suffirait. Tout le monde ne peut pas, comme le meunier du moulin de Barbaste', gagner Paris pour une messe.

ARCHEVÊQUE DE KENTERBURT (1170)

Le roi d'Angleterre était, au xii* siècle, le plus absolu des souverains d'Europe ; le clergé même, qui dans les autres royaumes était indépendant du roi, en Angleterre lui obéissait docilement. L'archevéque de Kentcrbury, primat de l'Eglise d'Angleterre, tut le premier prélat qui osa résister au roi; Henri II irrité le lit a:

Thomas Becket était, dit-on, fils d'une femme Sarrasine* qui avait suivi un Saxon3 revenu de la Terre sainte. Sa mère semblait lui fermer les dignités de l'Église, et son père celles de l'État. Il ne pouvait rien attendre que du roi. L'angevin Henri, nouveau conquérant de l'Angle-

i. Sobriquet donné à Henri IV. | venu d'Allemagne. Depuis lu eoni. Musulmane. quéle par le duc de Normandie, les

3. L'Angleterre avait été occupée Saionj étalant prejque Mudea paj-

AMHOLOGIE. 875

terre1, avait besoin de pareilles gens pour exécuter ses projets contre les barons. Il prit ce Thomas qui avait étudié le droit à Bologne9 et aussi à Auxerre et qui était alors au service de l'archevêque de Kenterbury3. Becket devint le précepteur du fils, le chancelier du père. Comme tel, il soutenait âprement les droits du roi contre les barons, contre les évêques normands.

Henri voulait avoir l'Église dans sa main. Il fallait d'abord s'assurer de la tête, je veux dire de l'archevêché de Kenterbury. C'était presque un patriarcal, une papauté anglicane', une royauté ecclésiastique, indispensable pour compléter l'autre. Henri résolut de la prendre pour lui, en la donnant à un second lui-même, à son bon ami Becket, bien qu'il eut reçu seulement les premiers ordres, et ne fut aussi ni prêtre ni laïque, pour cela même propre à tout et prêt à tout.

Les archevêques de Kenterbury n'étaient pas seulement primats d'Angleterre; ils se trouvaient avoir en quelque sorte un caractère politique. Nous les trouvons presque toujours à la tête des résistances nationales, mais ce fut un matin une grande surprise pour le roi d'Angleterre d'apprendre que Thomas Becket, sa créature, son joyeux compagnon, prenait au sérieux sa nouvelle dignité. Le chancelier, le mondain, le courtisan, se ressouvint tout a coup qu'il était peuple. Le fils du Saxon redevint Saxon, et fit oublier sa mère sarrasine par sa sainteté. Il s'entoura des Saxons, des pauvres, des mendiants, revêtit leur habit grossier, mangea avec eux et comme eux. Désormais, il s'éloigna du roi, et rési-

1. Henri II était fils du comte I école de droit d'Europe. d'Anjou et héritier de l'Angleterre j 3. Au lud-cst de l'Anglet.

quérir.!

gna le sceau'. Il y eut alors comme deux rois, et le roi des pauvres, qui siégeait à Kenterbury, ne fut pas le moins puissant. Henri en fut profondément blessé. Après avoir essayé vainement de la violence et de la séduction, il voulut la ruine et la mort de Thomas; il eut soif de son sang. Les gens zélés ne manquaient pas pour tâcher de satisfaire son envie. On essaya dès 1164. L'archevêque fut contraint, malade et faible encore, de se présenter devant la cour des barons et des évoques *. Le matin, il célébra l'office de saint Etienne, premier martyr 3, qui commence par ces mots : « Les princes se sont assis en conseil pour délibérer contre moi. s Puis il marcha courageusement et se présenta revêtu de ses habits pontificaux et portant sa grande croix d'argent. Cela embarrassa ses ennemis. lis essayèrent en vain de lui arracher sa croix. Revenant aux formes juridiques, ils l'accusèrent d'avoir détourné les deniers publics, puis d'avoir célébré la messe sous l'invocation du diable : ils voulaient le déposer. On l'aurait alors tué en sûreté de conscience. Le roi atlendait impatiemment. Les voies de faits commençaient déjà; quelques-uns rompaient des pailles* et les lui jetaient.

La fête de Noël approchait : Thomas Becket, qui était en France, voulait à tout prix célébrer dans son église la naissance du Sauveur...

Quelques-uns des chevaliers de l'escorte du roi formèrent un complot pour tuer l'archevêque. Les conjurés partis à différentes heures et de ports dif-

le chancelier était chargé de 1

férents, arrivèrent tous en même temps à Saltwerde. Renouf de Broc leur amena un grand nombre de soldais. «Voilà donc que le cinquième jour après Noël, comme l'archevêque était ver-s onze heures dans sa chambre et que quelques clercs et moines y traitaient d'affaires avec lui, entrèrent les quatre satellites. Salués par ceux qui étaient assis près de la porte, ils leur rendent le salut, mais à voix basse, et parviennent jusqu'à l'archevêque ; ils s'assoient à terre devant ses pieds, sans le saluer ni en leur nom, ni au nom du roi. Ils se tenaient en silence; le Christ du Seigneur se taisait aussi. »

Enfin Renaud Fils-d'Ours prit la parole : « Nous t'apportons d'outre-mer des ordres du roi. Nous voulons savoir si tu aimes mieux les entendre en public ou en particulier. » Le saint fit sortir les siens; mais celui qui gardait la porte la laissa ouverte, pour que du dehors on pût tout voir. Quand Renaud lui eut communiqué les ordres, et qu'il vit bien qu'il n'avait rien de pacifique à attendre, il fit rentrer tout le monde et leur dit : « Seigneurs, vous pouvez parler devant ceux-ci. »

Les Normands prétendirent alors que le roi Henri lui envoyait l'ordre de faire serment au jeune roi, et lui reprochèrent d'être coupable de lèse-majesté. Us auraient voulu le prendre subtilement par ces paroles, et à chaque instant ils s'embarrassaient dans les leurs. » Ils se levèrent en furieux, agitant leurs bras, et tordant leurs gants. Puis s'adressant aux assistants, ils leur dirent : « Au nom du roi, vous nous répondez de cet homme, pour le représenter en temps et lieu. — Eh quoi ! dit l'archevêque, croiriez-vous que je veux m'échapper? je ne fuirais ni pour le roi, ni pour aucun homme vivant. — Tu as raison, dit l'un des Normands, Dieu aidant, tu n'échapperas pas. »

S78 J. M1CHELET.

Ils partirent en lumulle avec de grandes menaces. La porte fut fermée aussitôt derrière les conjurés; Renaud s'arma devant l'avanl-cour, et prenant une hache des mains d'un charpentier qui travaillait, il frappa contre la porte pour l'ouvrir ou la briser. Les gens de la maison, entendant les coups de hache, supplièrent le primat de se réfugier dans l'église, qui communiquait à son appartement par un cloître ou une galerie; il ne voulut point, et on allait l'y entraîner de force, quand un des assistants fit remarquer que l'heure des vêpres avait sonné, e Puisque c'est l'heure de mon devoir, j'irai à l'église, > dit l'archevêque ; et faisant porter sa croix devant lui, il traversa le cloître à pas lents, puis marcha vers le grand autel, séparé de la nef par une grille entr'ouverte.

Quand il entra dans l'église, il vit lesclercs* en rumeur qui fermaient les verrous des portes : « Au nom de votre vœu d'obéissance, s'écria-t-il, nous vous défendons de fermer la porte. Une convient pas de faire de l'église une bastille1, s Puis il fit entrer ceux des siens qui étaient restés dehors.

A peine il avait le pied sur les marches de l'autel, que Renaud Fils-d'Ours parut à l'autre bout de l'église revêtu de sa cotte de mailles3, tenant à sa main sa large épée à deux tranchants, et criant : c A moi, à moi, loyaux servants du roi ! » Les autres conjurés le suivirent de près, armés comme lui de la tête aux pieds et brandissant leurs épées. Une voix cria : « Où est le traître ? > Becket ne répondît rien. « Où est l'archevêque? — Le voici, répondit Becket, mais il n'y a pas de traître ici; que venez-vous faire dans la maison de Dieu avec un pareil vêtement ? Quel est votre dessein ? — Que tu meures. —

Je m'y résigne; vous ne me verrez point fuir devant vos épées; mais au nom de Dieu tout-puissanl, je vous défends de toucher à aucun de mes compagnons, clerc on laïque, grand ou petit. > Dans ce moment il reçut par derrière un coup de plat d'épée entre les épaules, et celui qui le lui porta lui dit : « Fuis, ou tu es mort. » Il ne fit pas un mouvement ; les hommes d'armes entreprirent de le tirer hors de l'église, se faisant scrupule de l'y tuer. Il se débattit contre eux, et déclara fermement qu'il ne sortirait point, et les contraindrait à exécuter sur la place même leurs intentions ou leurs ordres.

Renaud dit : «Tu es mort.» — Puisilleva son épée, et d'un même coup de revers trancha la main d'un moine Saxon appelé Edward Cryn, et blessa Becbet à la tête. Un second coup, porté par un autre Normand, le renversa la face contre terre, et fut asséné avec une telle violence que l'épée se brisa sur le pavé. Un homme d'armes, appelé Guillaume Mautrait, poussa dupied le cadavre immobile, en disant : c Qu'ainsi meure le traître qui a troublé le royaume et fait insurger les Anglais. »

Il disait en s'en allant : « Il a voulu être roi, et plus q.ne roi, eh bien! qu'il soit roi maintenant! » Et au milieu de ces bravades, ils n'étaient pas rassurés. L'un d'eux rentra dans l'église, pour voir s'il était bien mort; il lui plongea encore son épée dans la tête, et fit jaillir la cervelle. II ne pouvait le tuer assez à son gré.

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