Cité par DRAPEYRON, loc. cit
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bien cataloguées, mal centralisées et classées ; l'hypothèse leur paraissait leur lot, sinon leur droit inéluctable ; d'autre part, ils se croyaient absous de cette méthode non seulement par la force des choses, mais par principe, le devoir primordial de l'historien leur paraissant consister dans l'extraction de certaines vérités morales et sociales bien plutôt que dans la découverte des faits dont ces vérités sont induites.
$ 2. Michelet, quoi qu'il en soit, s’est montré pénétré de cette conception des droits et des devoirs de l'historien. Le précepte était pour lui joint à l'exemple par les philosophes qui eurent sur lui le plus de crédit : Dugald-Stewart et de Gérando, dont l’autorité devança celle de Vico lui-même, puisqu'elle la signala (Rome, p. 9, de l’éd. in-8°).
L'influence de Gérando et de Dugald-Stewart (MJ., 114 et 122, 180 et 208, n. 1) ne pouvait manquer de fixer dans l'esprit de Michelet le but philosophique de l’hitoire et de l'intérêt purement relatif de la science : « Si la philosophie est une science expérimentale (et elle a sans doute ce caractère), disait Gérando, l’histoire doit être sa première école ; l’histoire des opinions l’éclaire sur la théorie des passions et des devoirs ; l’histoire étudiée sous ce point de vue doit aux Allemands, depuis vingt ans, les plus nombreuses et les plus profondes recherches (Rapp. hist. sur les progrès de la phlosophe depuis 1789?).» Dugald-Stewart faisait, de même, dans ses Esquisses de plnlosophie morale, une place accessoire à l’histoire, réservant aux principes généraux, aux fondements métaphysiques de la jurisprudence naturelle, le meilleur de sa pensée et de ses soucis. A l’école des philosophes !,
Michelet médite sur ce qu'il explore, et l’abstraction du Peuple se dégage peu à peu de la physionomie successive des héros qui l’incarnent. En ce sens, l’archiviste de 1830 a raison d’avouer que son livre l’a fait (HF., XIX, préf., p. 16 ; et I, p. 9), puisque en. l’écrivant il s’est progressivement transformé. Qu'il y ait une volte-face dans la méthode d’un historien qui commence par une scrupuleuse étude des archives, par une citation des documents
1. Il complétait l'étude des Ecossais par Kant et Schelling (MONOD, Portraits et Souvenirs, p. 33).» Il lisait Comte, Smith, Pale, Ferguson (ibidem, p. 21) ; — enfin il fréquentait Benjamin Constant et Royer-Collard chez Victor Cousin (Mne E, QUINET, Cinquante ans d'amitié) ; mais Cousin n’eut aucune prise sur lui. Ne lui avait-il pas donné le conseil incroyable, ou peut-être ironique, de traduire pendant dix ans saint BERNARD avant de continuer ses travaux ?