STEVENS, 1867 (Mo., 146), « HOGENDORP 1830 » (Mo
3. JULIEN (Mer, 424); HARTIG (Mo., 260-261) ; QUOY et GAIMARD (Mer, 423). S'agit-il de la contribution de ces derniers auteurs au Voyage autour du Monde de FREYCINET, sorte d’encyclopédie où ils avaient été chargés de la zoologie ? La bibliographie d'ENGELMANN et CARUS (1861) cite d'eux maïnte monographie. — FORSTER (Mer, 154) est également cité sans son ouvrage : s'agit-il du Florulae insularum australium Prodromus ? L'ouvrage a paru à Gottingen en 1786.
4. Quelquefois les œuvres sont mal nommées : Australian Birds (O., 321) de GouLp au lieu de The Birds of Australia (London, 1851, in f°) ; nous avons cité d’autres exemples de telles erreurs. Plus sérieuse est l'identification douteuse des auteurs eux-mêmes : ainsi pour l'écrivain que Michelet appelle €. MULLER (Mo., 175) et K. MULLER (Mo., 381) Nous croyons qu'il s’agit du même auteur. En tout cas, la principale citation imputée à K. MULLER est facile à identifier. Il s’agit du livre Der Pflanzenstaat, oder Entwurf einer Entwicklungsgeschite des Pflanzenreichen, 1 vol. in-8°, Leipzig, 1856 ; mais on voit difficilement quel chapitre vise Michelet, quand il parle (Mo., 381) d’un chapitre du Monde végétal sur les Rapports sociaux des plantes. I1 doit traduire ainsi le ch. IV de la 1e partie : Geschichte der Bildung einer zusammenhangenden Pflanzendeche, dont quelques sous-titres justifient, ou du moins excusent son interprétation.
5. Ainsi les Mémoires de l’Académie des Sciences, cités deux fois dans le livre de La Mer, ne sont consultés que pour des détails. Encore est-il difficile de savoir (Mer, 121) à quel mémoire Michelet fait allusion. :
I1s’agit probablement du mémoire de THURET sur la fécondation des Fucacées. MICHELET traduit (Mer, 422) par Les plantes qui se font animaux. TI] a ptisla même liberté sur un sujet pareil avec un mémoire de LORTET que nous citons plus loin,
6. Cf. La Mer, Notes et Eclaircissements ; La Montagne, loc. cit.
revues essentiellement techniques, comme Bulletins de sociétés (cf. cependant Mer, 421 : soc. de géogr. ; Ins., 400, soc. protectr., des anim. ; Ins., 386, soc., philomathique), ni davantage les grandes revues destinées au « grand public » (cf. cependant Revue des deux Mondes, une fois, dans les notes de Za Mer, la Revuc britannique et la Revue française, une fois chacune dans L'Oiseau, 305). Michelet s'adresse d'emblée aux revues scientifiques, au /ournaldes Vétérinaires (Am. 401)aux À nnales d'hygiène et de médecine légale (Am., 384) et surtout aux Annales de chimie (Mer, 421, Mo., 96) et aux Annales des sciences naturelles, illustre magazine que dirigèrent Milne-Edwards pour la zoologie, Brongniart pour la botanique, et dans lequel Michelet a pu contempler une projection du mouvement scientifique de son temps: c’est là qu'il a lu Dufour (Ins., 375), Dujardin (Mer, 423), Ampère (Ins., 280), Ehrenberg (Ins., 376), et même Lacase (Ins., 378) quoiqu'il paraisse avoir lu sa «fort belle » thèse, publiée en réalité par cette Revue (2 mai1853). C'est dans des revues aussi qu'il a lu Quatrefages, toujours cité pour ses «souvenirs »antérieurement parus sous formes d'articles de périodiques (Mer, 129 et 421 ; Ins., 387 ; O., 47-299-316), et aussi Forbes (Mer, 420), collaborateur des Annal. of the natur. history (Mer, 167), et encore Caiïllaud (Mer, 183 et 424), dont les articles sur les oursins ont paru dans la Revue de zoologre en 1857. Les citations de ces périodiques sont toujours comme celles des autres ouvrages dont nous venons de parler, purement épisodiques, et quelquefois insignifiantes. Elles . témoignent d’une étude toujours partielle et d’une analyse toujours superficielle et distraite.
Si donc l'influence des professionnels de la science n’est pas absolument nulle sur l’œuvre de Michelet naturaliste, s’il est vrai que leur nombre serait de nature à égarer le chercheur, qui ne trouverait certes pas dans l’œuvre historique du maître le nom, la trace, et la doctrine de tant de modèles, cette diversité ne doit pas nous empêcher de découvrir l’unité d'inspiration qui préside aux ouvrages d'histoire naturelle et d'histoire. Assurément c’est dans les premiers, seuls, qu’on voit Michelet citer le nom de tels auteurs. Maïs s'est-il pour cela inspiré d'eux ? Et le fatras de ces citations scientifiques, presque toujours en appendice, doit-il nous donner le change ? Tant d’autorités si mal connues, si mal citées, si peu mêlées au contexte, à la trame des livres qui les invoquent, ne sont que des tutelles empruntées, accidentelles, accessoires. Outre qu'il ne s’agit pas toujours, ni même souvent,
de véritables influences scientifiques, le peu de savants consultés et exploités ne sont pas docilement suivis, mais impérieusement sollicités. Le plus souvent, on les prend à témoin d’une loi d'amour ou de vie qu'il s’agit d'établir, comme nous le ferons voir ; ou quelquefois on les cite sans les avoir lus, sans commenter leurs principaux travaux ; leur nom, mêlé aux conclusions du naturaliste apôtre, ne leur donne qu'un faux crédit, un vernis d'érudition, à défaut de science ; et leur œuvre, asservie à cette croisade d'amour, est soumise : tant s’en faut qu’elle oriente. Ce qui inspire véritablement ces ouvrages d’ « histoire naturelle », L'Orseau, L’'Insecte, L'Amour, La Mer, La Montagne, ce ne sont pas ces mémoires de doctes académiciens cités une fois de loin en loin, ni ces relations de voyageurs, horticulteurs, apiculteurs, pris à témoin de quelques détails ; ni ces « publicistes », comme nous disons aujourd'hui, dont les articles de fond fournirent au néophyte de leur science un bagage élémentaire de connaissances indispensables. Non, l'originalité des ouvrages d'histoire naturelle de Michelet n’est pas dans leur objet ni dans leur méthode, mais dans leur esprit. Or, leur esprit, ils l’empruntent à leur auteur seul ; et si quelqu'un le lui a suggéré, ou soufflé, ce n’est pas une pléïade de savants, c'est, pour chaque ouvrage, trois ou quatre artistes pensifs.
Pour L'Oiseau, c’est uniquement Wilson et Toussenel. Un index nominum qui suivrait L’Oiseau ne contiendrait pas dix noms de naturalistes. On chercherait en vain dans le livre l’empreinte des ornithologistes éminents qui résumaient à cette époque les études des explorateurs et des collectionneurs du monde entier. Ni Levaillant 1, ni Vieillot ?, ni Degland, Chenu, Gérardin, des Murs, Ch. L. Bonaparte *, ni les Anglais Gray 4 et
1. LEVAILLANT, quelquefois appelé VAILLANT (même sur ses propres ouvrages) avait publié chez Didot (1801) ses Oiseaux d'Amérique et des Indes et chez Jansen (Paris, l’an 4 de la République fr.) les trois vol. in-4° et le vol. de planches de son Histoire naturelle des Oiseaux d'Afrique, auxquels il faut joindre les trois volumes de son Histoire naturelle des Perroquets. | ,
2. VIEILLOT avait publié avec OUDART La Galerie des Oiseaux, Paris 1825, 2 vol., et avec AUDEBERT une Histoire naturelle et générale des Oiseaux de paradis, 1802, 2 in-folio. (
3. DEGLAND, auteur d’une Oynithologie européenne, 2 vol. 1849. — CHENU, collaborateur d’une Encyclopédie d'Histoire naturelle, 6 volumes d'Oiseaux, avec la collaboration de DES MURS, qui avait rédigé pour son compte un Recueil de planches peintes d'Oiseaux, 1 vol. in-f0. — GÉRARDIN avait édité chez Tourneissen, en 1806, les Tableaux élémentaires d'Ornithologie, — Ch. L. BONAPARTE avait donné aux Annales des Sciences naturelles, en 1854, un important article
sur la classification.
4. Gray et MITCHELT, auteurs de The Genera of Birds, London, 1844-1849.
Mitchell, n’y figureraient, Temminck et Lesson n'y obtiendraient qu'une mention insignifiante, car l’auteur ne paraît pas connaître, de l’un le Manuel d'ornmithologie ou tableau systématique des Oiseaux qui se trouvent en Europe (Dufour, 2 vol. 1820), et de l’autre le Traité d'ornithologie où « tableau méthodique des ordres, sous-ordres, familles, tribus, genres, sous-genres et races d'oiseaux », Paris Levrault, 1831. Du reste Michelet n'apporte aucune classification d'oiseaux. Ceux qui ne s'y connaissent pas ne s’y reconnaîtront pas. Audubon seul paraît avoir été consulté, comme ayant «représenté l'oiseau dans ses harmonies complètes, dans son milieu animal, végétal, etc. » (Ins., 305 ; cf. 1bid. 387) ; Mais Michelet n’en parle que comme d’un disciple de Wilson (O., 71, 73), alors qu’en réalité Audubon signale les lacunes de l'ornithologiste américain et assaisonne de quelque sévérité (IIIe vol. introd. p. 1x) l'éloge de Wilson (vol. I, p. XVII de l'ornithological Biography, Edimbourg 1835). Audubon aurait été, certes, un maître et un guide très sûr. Les cinq volumes énormes (format double in-plano) de son œuvre gigantesque :eprésentent les oiseaux en grandeur naturelle, avec leurs couleurs, et le texte n’est pas moins scrupuleux. A tout cela Michelet n’a fait que quelques emprunts insignifiants ; il retient de l'œuvre d'Audubon que cet auteur est partisan de l'intelligence des oiseaux (O., 323) : ce travail colossal aspirait sans doute à d’autres succès, |
I1 n’en est pas de même de Wilson et de Toussenel. Ce sont là les deux «sources » uniques où le livre de L'Oiseau s’est nourri. Or, si Michelet n'avait pris soin, dans sa préface, de nous renseigner sur ses ambitions, le genre dans lequel se sont exercés ces deux « naturalistes » aurait suffi à caractériser ses intentions 1. Wilson, auquel Michelet consacre tout un chapitre (p. 67 sq., cf. p. 112) ressemblait à Michelet ; ce n’est nullement, comme il est écrit dans L’Oiseau, un naturaliste dévoré de la passion d'observer, animé du génie scientifique, et décidé à réaliser coûte que coûte une vocation pleine de difficultés. Son principal bio-
1. MICHELET annonce (O., VII-VIII) qu'il se fait naturaliste pour fêter la grande résurrection du naturalisme dont l’histoire témoigne : « De moi-même, dit-il, depuis longtemps, j'avais salué de cœur la grande Révolution française dans les sciences naturelles, l’ère de Lamarck et de Geoffroy-Saint-Hilaire, puissants vivificateurs de toute science. » Et L'Oiseau sollicite ses premiers loisirs parce qu'il «est français (O., XLIII). » L'étincelle de la science lui vint cependant d'Italie (0., XLIX) comme elle lui était venue de Vico, quarante ans plus tôt, pour l'histoire. Le même sentiment se fait ici amour de la patrie et amour mystique du monde.
graphe, en tête de l'édition réduite de ses œuvres 1, nous apprend qu'entre la courte période où Wilson fut ouvrier (1779-1782) et celle où il étudia la nature, quelques années s’écoulèrent qui furent remplies de productions littéraires. Wilson était encore à Edimbourg en 1792 (il avait alors vingt-six ans), et ce n’est qu’en 1794 qu'il débarqua en Amérique, sans savoir ce qu'il y ferait, « without specific object in view, without a single letter of introduction, and with only a few shillings in his pocket. » C’est la rencontre d’un pic noir à huppe rouge qui détermine sa vocation. Il consigna dès lors ses observations minutieusement, si bien que, quand on les édita par voie de souscription, elles remplirent onze volumes in folio de texte et de planches ?. Par l’ordre qu'il y mit, par sa méthode, par ses classifications, par. l’analyse à laquelle il se livre pour chaque oiseau, Wilson diffère singulièrement de Michelet. On peut à cet égard consulter les pages qu'il consacre, avec la conscience d’un Buffon, aux oiseaux dépeints ou chantés par son illustre initiateur français (Hirondelle et Martinet, Wilson, V, 46-58 ; Frégate, VII, 84 ; Rouge-gorge, I, 56) ; la description est sobre, le tableau est précis et ajusté au cadre, la science est satisfaite. Mais ce qui rappelle et ce qui inspira Michelet dans Wilson, c’est l'intention didactique, c’est l’amour religieux de la nature, dont Wilson identifie d’ailleurs le principe dans un Dieu personnel, « great First cause, Father and Preserver of all 3 », c’est enfin le ton « sensible » et romantique qui apparente à Bernardin de Saint-Pierre l’auteur et l’imitateur 4; ce sont les vers que Wilson, au souvenir de ses poèmes (Watty and Meg, etc.) entremêle à ses méditations, et qui donnent à son travail l’apparence singulière d’un ouvrage de science écrit par un poète. Wilson n’est assurément pas, comme Michelet le donne à croire, un philosophe uniquement préoccupé de prouver l’in-
1. WiLsON et Ch. L. BONAPARTE, petite éd. in-18 en 4 vol., Edimbourg, 1831; p. XXIX.
2. American Ornithology, vol. I-IX (dont deux sont dédoublés), Philadelphia by R. Carr, 1808 (WILSON mourut en 1813).
3. Vol. I, p. 3. Dès la première page, WiLsON déclare qu’il veut unir dans l'amour de la nature ses contemporains lassés des luttes politiques. La destinée de Michelet n’est pas si différente, si l’on songe à la contiguité du coup d'Etat et de L’Oiseau.
4. Cf. vol, XIV, p.10: «Is it possible for a rational and intelligent being to contemplate these scenes without interest and without admiration ? Innocency has a charts that arrest almost every beholder and can we survey the sportive and endearing manners of these with indifference ? Men join with reverence in praises to the Great Creator, and can they listen with contempt to the melodious strains the hymn of praise, which these joyful little creatutes offer up every morning to the Fountain of light and life ? »
telligence des oiseaux (O., 323, etc.). C'est avant tout un observateur, mais il observe la Nature dans le but aussi de la montrer tendre et de la faire aimer.
L'autre modèle de L'Oiseau, c'est Toussenel : Michelet ne Jui consacre pas un chapitre entier, mais il se réclame de lui maintes fois (pp. VII, VI, sq, XL, 201, 203). Le « Monde des Oiseaux, ornithologie passionnelle » venait de paraître : quand Michelet écrivit son Oiseau. Une vive sympathie dut s'établir entre les deux naturalistes poètes ; Toussenel était, comme Michelet, hostile à Cuvier (I, 133), favorable à Blainville et Geoffroy Saint-Hilaire (I, 144 et 140) ; comme Michelet, il insistait avec complaisance sur tout ce qui concerne L'Amour, avec où sans métonymie, avec ou sans hyperbole : le Coq de bruyère sufñit à en faire les frais chez Toussenel (I, 578), comme la baleine ou l’araignée chez Michelet. Le chapitre de l’œuf et celui de l'aile sont tous deux en germe dans les trois premières pages de Toussenel : « Les oiseaux aiment beaucoup, quelques-uns aiment toujours. C’est le titre des créatures privilégiées du Seigneur, car la faveur du ciel se mesure pour chaque être à la puissance qu’il a reçue d'aimer. (p. 1) ». « Nous envions le sort de l'oiseau et nous prétons des ailes à celle que nous aimons, parce que nous sentons d'instinct que, dans la sphère du bonheur, nos corps jouiront de la faculté de traverser l’espace comme l'oiseau traverse l'air (p. 3). » Enfin, Toussenel a certainement inspiré Michelet, car par-delà L'Oiseau qui procède évidemment de ces exemples, Toussenel fait prévoir La Femme et L’Amour.« L//oïseau, écrit-il, (I, p. 39) est de tous les êtres parlants le premier qui ait dit : le bonheur des individus et le rang des espèces sont en raison directe de l'autorité féminine et inverse de la masculine. » Cette formule que Toussenel appelle la « formule du Gerfaut » est le principe de toute philosophie sociale, et l'impression qu’elle a faite sur Michelet est d'autant plus intéressante qu’en l’invoquant Michelèt procède indirectement de Fourier ; c’est la doctrine du « phalanstère » qui anime Toussenel, et, par Toussenel, Michelet. Cette influence médiate de Fourier sur Michelet n’est pas surprenante, nous savons déjà par Michelet lui-même (MJ., Journal de mes Lectures) qu'il a lu Saint-Simon en 1825.
1. Nous n'avons pu réussir à trouver la première édition de cet ouvrage, et la date en est discutée. Mais elle est certainement antérieure à 1855 quoi qu'en disent ENGELMANN et CARUS, car DES MURS analyse l'ouvrage dans les premières pages de Revue et Magazine de Zoologie de 1855 (Biblioth. du Muséum, NN 30).
Wilson et Toussenel, l’apôtre du sentiment et celui de la passion, voilà donc les deux seuls authentiques parents spirituels de l’auteur de L'Oiseau. I1 est plus difficile d'en trouver d’autres à l'auteur de L’Insecte et des autres ouvrages ; c’est bien l’occasion de dire : ab uno disce omnes. Toussenel et Wilson ont comme allumé en Michelet une flamme de ferveur passionnée, un amour se consumant et s’entretenant intarissablement dans le brasier de la nature ; une fois cette ardeur conçue, elle ne s’est point ralentie, et sans changer de source, elle n’a changé que de foyer.
- L'Insecte, écrit peu de temps après L'Oiseau, ne procède que de cette chaleur. Les auteurs invoqués au cours de ce livre n’en sont pas les inspirateurs. Leurs œuvres s'y sont nuancées des intentions de leur imitateur, c’est à sa propre flamme qu’elles se sont colorées, on ne les y reconnaît pas. Ainsi Michelet a beau invoquer l'autorité de Réaumur, dont il a lu, dit-il, avec intérêt (Ins., 375 ; cf. pp. 48 et 69) les six volumes de « mémoires » ! : Réaumur dément les intentions de Michelet ; il écrit en observateur impartial, uniquement dévoué à l'exposition de ces prémisses de la philosophie qu'on appelle les sciences. Michelet ne: songe qu'aux conclusions. « Un désir qu’on ne sçauroit assés louer, écrit Réaumur, t. I, p. 23, celui de donner de grandes idées de l’auteur de l'univers, de faire mieux voir l'étendue de sa providence, a conduit à bien des jugements trop précipités, et à bien de faux raisonnements ceulx qui ont voulu nous assigner les causes finales des faits et des observations que leur avaient fourni (sic) les insectes qu’ils n'avaient considérés qu’en passant. Dès que nous ouvrons les yeux, tout nous prouve sa sagesse ; elle a sans doute agi pour une fin, et pour la plus noble de toutes les fins. Mais pouvons-nous nous promettre de découvrir les différentes fins qu’elle s’est proposées dans la construction d: chacun de ses ouvrages, et dans l’arrangement de chacune de leurs parties, ses fins particulières, s’il est permis de parler ainsi, de celles de l’Être qui voit tout sous un seul et même point de vue! »
Du reste, Michelet ne prend aux six in-quarto de Réaumur que ce qu’il veut, ce qui flatte ses doctrines d'amour (A., 399) et sa foi dans la vie universelle (Mer, 112-113). Il ne cite les autres entomologistes que pour leur pitié : ainsi Lyonnet (cf. swpra),
sn RÉAUMUR, Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes, 6 vol. in-49, 1734-1742), Bibl. du Muséum, Q, 51. Réaumur avait publié aussi une Histoire des Insectes en 2 vol. (1736) et une Histoire des Guespes (1719).
Kirby : (Ins., 38, 122) ;.ou pour leur fidélité à la discipline de Serres et de Geoffroy Saint-Hilaire : ainsi ? Audouin (Ins., 178, 380) ; ou pour quelques faits indispensables à sa gloire et qui concernent toujours des insectes de choix ; encore n’empruntet-il à l’histoire de ces insectes eux-mêmes que les détails restreints de leur vie sociale ou sexuelle, interprétés comme ïil convient ; c'est dans ces conditions qu'il interroge Swainson (Ins., 207), Walckenaer (218) ; Strauss (376), dont ses maigres citations * ne donnent aucune idée. Il fait une œuvre d’« artiste historien », il s’en flatte, il en informe ceux pour qui il accumule cet « Re ritage » (Ins., 75).
Quant à Swammerdam, auquel Michelet consacre tout un chapitre de son Insecte (Ins., chap. VIII, et pp. xx, 53, 69, 330, 374, 375), comme à Wilson dans L'Oiseau, l'opinion qu'il se fait de ses méthodes, le récit qu’il donne de sa vie, le jugement
qu’il porte sur ses ouvrages ne sont issus que de l'illusion. A en
croire Michelet, Swammerdam introduisit l'œil humain dans les profpndeurs du microscope, y découvrit la vie, la déclara partout semblable et partout sacrée, mourut de « curiosité » et de « dévotion » et c’est le principal. Et ce ne sont pas ses découvertes qui l'ont grandi, c’est sa défaillance religieuse au seuil de l'infini ; ce n’est pas ce qu'il a fixé, c’est le Niagara de rêve et de vertige où il a perdu pied, glissé, sombré, en découvrant que l'insecte a un cœur, et en concluant que son âme est tout près.
Or, tout cela est conventionnel et fantaisiste : outre que Michelet s’égare en faisant de Swammerdam un persécuté (ch. VIII et
1. KIRBY avait donné An introduction to Entomology or elements ofthe natural history of insect, with plates, London, 1822-1826.
2. AUDOUIN avait écrit une Histoire des Insectes, Traité de leur organisation et de leurs mœurs en général, Paris, 1833-37. 4 vol. Michelet paraît l'avoir lu (Ins., 218 et 375).
3. "SWAINSON «naturaliste éminent », consacre aux Insectes la 2e série (1832- 1833) de ses Zoological illustrations, London. — WALCKENAER s'était spécialisé dans l'étude des Arachnides : cf. sa lettre à M. A.-C. Millin sur l’ouvrage de HERMANN relatif aux Arachnides (1794), broc. in-8°, Bibl. du Muséum, QQ 125 ; et son Hist. nat. des Insectes aptères, 2 vol., Paris,1837.— Pour le troisième, il s'agit évidemment d'Hercule STRAUS (et non Strauss) Considér. génér. sur Vanatomie comparée des animaux articulés, auxquelles on a joint l'anatomie descriptive du Melolontha vulgaris (hanne‘on) donné comme exemple de l'organisation des coléoptères, gd in-4°, avec atlas de 10 pl. doubles, Paris-Strasbourg, 1828.
Quant à DuMÉRILz, Michelet n’a pu mettre à profit sa volumineuse Entomologie analytique à laquelle l’Académie des Sciences a consacré le tome XX XI de ses mémoires (1333 pages) en 1860. Mais Duméril avait publié antérieurement d’autres travaux magistraux ou périodiques, et notamment ses Considérations générales sur la classe des Insectes en 1823 ; nul doute que Michelet n’eût pris pour guide cet auteur connu de lui (Ins., 375) s’il avait voulu étudier théoriquement, scientifiquement l’Insecte,
p. 53 de Ins.) de sa famille et de sa patrie 1, il se trompe encore en prêtant à l’illustre savant hollandais une pitié dans l’étude qui
1. MICHELET allègue que Swammerdam avait fait du cabinet de son père un musée, alors que ce n’était qu’un chaos (p. 94) ; Boerhaave déclare que le chaos était déjà musée entre les mains de son père : « neque vero turbata haec, ut confusa, sed justo digesta ordine ». — MICHELET présente Swammerdam comme un génie rebelle à toute discipline (p.96) ; Boerhaave dit expressément le contraire : « Integro biennio gnaviter operam dedit...», et il ajoute qu'il apprit la médecine et la chirurgie sous T.van Horne et Fr. Sylvius.— MICHELET prétend que « la Hollande resta froide » et n’encouragea pas les travaux de son illustre enfant ; il parle des jalouses rivalités des maîtres à son égard (p. 100) ; c’est ainsi qu’il paraphrase un passage où Boerhaave hésite entre Ruysch et Swammerdam pour attribuer à l’un ou à l’autre la priorité d’une découverte dont la paternité peut être contestée entre eux. Insignifiant détail qui n'empêche pas Swammerdam d’avoir été très bien traité dans sa patrie. Il n’y a pas d'apparence, si Swammerdam n'avait été accueilli en France que comme un proscrit méconnu, il n’y a pas d'apparence que Thévenot et Sténon l’eussent présenté à Paris à l’ambassadeur de la République batave, Conrad van Benningen. D'ailleurs, à son retour de France, alors qu'ilétait âgé de vingt-neuf ans le prétendu martyr collaborait au Recueil d'observations des savants hollandais, édité par Gaspar Commelin. Van Horne ne l’abandonna jamais, le traita comme. un fils ;, Boerhaave écrit : « Professor omnia quae requirebantur liberalissime suppeditabat ; alter opus dirigebat, simulque inventa omnia manu propria summo artificio repingebat…. quid enim deerat ? materies, instrumenta, locus, impensae, liberalitate van horniana uberrime sufficiebantur ». — MICHELET reproche au père d’avoir mal employé son temps, et d’avoir retiré au fils toute assistance, Mais ce vieillard pauvre était-il obligé de pourvoir aux besoins d’un fils de trente-trois ans ? D'après Boerhaave, la séparation du père et du fils aurait été toute naturelle, et uniquement conditionnée par des nécessités universelles qui veulent qu’en tout temps et en tout pays l’art ou la science ne nourrissent pas toujours « leur homme », et causent à l'entourage du savant des alarmes aussi légitimes que regrettables. — MICHELET exagère enfin quand il représente Swammerdam abandonné de tous : « La terre lui manqua sous les pieds ». C’est littéralement le contraire du vrai : on offrait à Swammerdam des travaux à Paris, par les soins de Thévenot ; à Londres l’Académie des Sciences le sollicitait (1671) ; en Italie, le grand duc de Toscane lui proposait d'acheter ses collections et de l’en nommer conservateur avec un traitement de 12.000 florins. En réalité, Swammerdam refusa parce qu'il était protestant militant, et qu’on n’eût pas toléré à la Cour de Toscane « libertatem disserendi de sacris ». Swammerdam considérait comme une hypocrisie l’adhésion au catholicisme, dont l'opportunité cadraïit, en effet, avec son intérêt matériel ; mais toute conviction religieuse ou irréligieuse, quand elle cadre avec les intérêts humains, est-elle donc une hypocrisie ? Et Swammerdam n’eût-il pas pu envisager l’heureux cas où les intérêts de sa conscience et ceux de sa fortune eussent coïncidé, comme Stenon le pressait d’y songer ? N'eût-il pas pu se contenter du silence de ses propres opinions, tout au moins, sans y renoncer même ? Et fallait-il considérer comme un acte de vénalité ce que tant de croyants de tout culte ont accepté partout et toujours : taire ce qu'on ne peut ni soutenir ni renier ? quoi qu'il en soit, ilest déplorable qu’une conscience aussi fière se soit abandonnée aveuglément aux directions d'Antoinette Bourignon que Michelet appelle « mystique » et que Boerhaave élève au rang des « vierges » nonobstant la cohabitation de cette Egérie avec son «ami » Tielemans. La conscience est inviolable sans doute, mais l’obéissance d’une telle intelligence, aux impérieux caprices de cette prêtresse sans mandat cadre si mal.avec la raison, qu’on se demande comment Swammerdam put y soumettre sa consclenGersi sn 291 loi ia LAS KR 23 $ . Ilest, en tout cas, certain que la: même fantaisie présida au choix de sa résidence.et de son traitement, quand l’illustre chercheur, accablé par une maladie redoutable, se vit frappé. — (MAURY Alfred, l’Ancienne Académie des
serait incompatible avec la science, et qui est bien loin de l'avoir embarrassé. « Præcipuum ejus arcanum », écrit Boerhaave 1, « erat in forpicibus incredibiliter subtilibus, atque secando » acutissimis. Has adhibebat quoties tenuissima separanda : … » cultellos, lanceolas, stylos, adeo parvos usurpabat, ut eos acuere » ad cotem non posset, nisi microscopiis adjutus. His vero apum » intestina tam apte, et distincte, dissecabat, ut alter intestina » majorum animalium. » Ce n’est pas avec de la pitié, de la défaillance, et de la dévotion que Swammerdam aurait acqu's cette réputation de précurseur de l’anatomie comparée, qu’il garde devant la postérité.
L'effroi de Swammerdam devant le cœur de l’insecte est également une pure légende (cf. Swammerdam, p. 310, ch. III de L'Historia scarabaei : Cute discussa in dorso, ubi cor locatum » est, quod per universum dorsum, instar oblongi canalis, sese » extendit et circa ultimos annulos, in modum vasorum lympha- » ticorum, nodosum apparet ilico, postquam e vulnere sanguis, » qui aquosus humor vel ichor est effluxit, Fibrae motrices Annulo- » rum in conspectum prodeunt ; quae visu sane mirabiles sunt et » vix et ne vix quidem probe describi aut figura exprimi queunt. » Quod si deinde paullo aniplior fiat incisio, Pinguedo sese offert » ex infinitis constans globulis. ») Ce texte exprime assurément l'admiration, mais il ne laisse paraître aucune hésitation dans la main de l'opérateur. -
La foi de Swammerdam dans l'intelligence des insectes n’est pas davantage imputable à Swammerdam; Michelet la lui prête gratuitement, prenant son désir pour une réalité ?.
Les seuls entomologistes dont Michelet se réclame effectivement n'ont véritablement fourni de modèles, et pour cause, qu’à ses chapitres sociaux sur les araignées, sur les abeilles et sur les
Sciences, p. 150) dans la force de l’âge : « Qui l'avait tué réellement ? Sa science elle-même » dit MICHELET (p. 105). Mais Boerhaave nous montre que c’est aussi son obstination. La Bourignon suffisait à tout, alors qu’il eût fallu des médecins et des médecines. Malgré les instances de son ami Slad et de son éditeur Ruysch, malgré les sollicitations de Thévenot, le malade ne voulut pas quitter son cabinet ; la maladie s’aggrava, et c'est vraiment de cette fantaisie qu'il mourut si vite.
1. BOERHAAVE, Vita auctoris, en tête de la Biblia naturae sive historia insectoyum (holland. lat.) Leydae, van der Aa,/1737, 2: vol. in-fo, Bibl. Muséum.
2. Cf. SWAMMERDAM, Abeilles, p. 247 de la BIBLIA et P. 393-394 : « Quae agunt, non ex consilio sed ex necessitate agunt.… Ex hisce igitur facile innotescit, quod inter Apes haud obtineat sapientius quoddam règimen quam inter Gallinas : namque et hae incubatum appetunt, nidulantur, : suosque Pullos enutriunt legibus impressis quas nec effugere, nec ratiocinio quodam supprimere possunt. »
fourmis. Outre ceux que nous avons déjà cités, les Swainson, les Walckenaer, les Straus, ce sont les Huber, de Genève, « savante dynastie » (0.,.304) dont l’aïeul avait écrit sur les oiseaux (O., 289 et 304), le père sur les abeilles, et le fils sur les fourmis 1, Ces deux derniers sont des modèles que Michelet ne saurait renier. : Mais aussi ce sont des naturalistes moins désintéressés que Swammerdam et Réaumur ; ce sont des apôtres qui se proposent un but moralisateur, un rôle social : Michelet pouvait s’y référer. La dernière page du traité du dernier Huber sur les fourmis pourrait assez bien se raccorder avec les débuts de Michelet dans la science, mais elle pose en droit l’annexion de la science à la morale : « Ce traité (de la domesticité des fourmis réduites en esclavage) nous fait admirer la douceur des lois par lesquelles la providence régit ces peuplades, dont elle s’est réservé l'entière direction, et nous montre qu’en livrant l’homme à lui-même, elle l’a placé sous une grande et redoutable responsabilité. Si l'étude de l’histoire naturelle n’avait servi qu’à prouver cette vérité, elle aurait atteint le but le plus noble dont les sciences puissent s’enorgueillir, celui de tendre à améliorer l'espèce humaine par les exemples qu’elle se propose. »
Il est donc visible que, pour L’Insecte comme pour L'Oiseau, Michelet ne s’est inspiré que d'exemples de moralistes, plus ou moins naturalistes d'occasion. Et, comme on chercheraïit vaine-. ment la trace des grands ornithologistes dans L'Orseau, on ne trouvera pas dans L’Insecte 1e nom des grands entomologistes, celui de François Duponchel, par exemple ; de l'Anglais Wood, ou des Allemands Panzer et Hübner ?.
Pour les livres de L'Amour et de La Femme, Michelet ne pouvait rencontrer des maîtres différents de lui. Car il les interprétait facilement dans le sens de ses intentions.
1. Jean HUBER (1722-1790) n'avait écrit ses Observations sur le vol des oiseaux de proie (1784) que dans l'intérêt des aéronautes (Cf. Note sur lu manière de diriger les ballons fondée sur le vol des oiseaux de proie, in Mercure de France, 13 déc. 1783). — François HUBER, son fils (1750-1831) est celui que Michelet appelle « Huber des abeilles » (O., 304). Cf. ses Neue Beobachtungen uber die Bienen, 1804. Il avait publié en italien une monographie surla cire. Ses observations sur les abeilles, adressées à Charles Bonnet en 1796, ont justifié le titre de Neue Beobachtungen donné à son principalouvrage-- Enfin Jean Pierre HUBER: (1777-1840) est le « Huber des fourmis ». Son grand ouvrage s'intitule : Recherches sur les mœurs des fourmis indigènes, Genève, J.J. Paschoud, 1810.
2. l/ Histoire nat. des Lépidoptères de France, de DUPONCHEL, est de 1838; — L'Index entomologicus of the Lepidopterous de WoopD est de 1839 (London) ne le curieux petit atlas oblong de PANZER en 18 vol. (Faunae insectorum germanicae initia) est de 1793 (2° éd., 1808, Nurnberg) ; Les Papillons exotiques de HUBNER sont de 1806, Augsbourg.
Son but, en traitant ces sujets, n’était pas l'étude désintéressée qu’en aurait pu faire un anatomiste, un physiologiste, un histologiste : là comme aïlleurs, il tendait vers une loi universelle
d'amour ; il cherchait à prouver que la Nature organise toute vie.
avec un maximum de tendresse, d’innocence et de pureté, et que ‘ Ja femme, incarnation de cette mission génératrice de la Nature, peut et doit solliciter notre culte. C’est ce qu’il résumait dans cette formule : «la Femme est une religion ». Pour faire admettre ces vues, Michelet se documente de préférence chez tous ceux qui pouvaient, par la nature de leurs recherches, rendre plus probable la génération spontanée, plus émouvantes les lois de l'hérédité, l'anatomie plus éloquente, la physiologie plus tou- chante. De là sa confiance en Pouchet 1, qu’il loue d’avoir créé
la doctrine de « l’ovologie spontanée » (A., 397) en attendant que la génération spontanée triomphe, ce qui n’est qu’une question de temps (Mer, 423). Il correspond avec Pouchet (Ins., 392- 393) ; il préconise sa botanique (Mer, 422) ; et, en zoologie, il se félicite de le voir donner raison à Ehrenberg qui prêtait aux « atomes » une organisation complexe, et jusqu'à cent vingt estomacs. Michelet se réfère, pour méditer les lois de l’hérédité, à Lucas ? qui venait d'exposer d’une façon saisissante avec de nombreuses observations, les éléments d’ailleurs si complexes de ce formidable problème. Son guide en embryologie est Coste, « l'ingénieux et savant M. Coste » (A., XV), dont il a connu les travaux sur le repeuplement des cours d’eau et la pisciculture 5. (Mer, 424), mais auquel il recourt surtout comme gynécologiste et embryologiste (Fe., 386 ; A., 391, 308-309). A-t-il lu l’ « Embryologie comparée » de cet auteur (Paris 1837) ? C’est douteux : Coste l'aurait mis en garde contre le panthéisme qui est au fond, ou au bout, de la doctrine de l’analogie 4. Mais en tout cas, Michelet consulta L'Atlas joint au Traité, et publié par Gerbe et Meunier, comme il connut «les planches excellentes (A., 178) du livre
1. POUCHEN, avait publié en 1847, in-80 avec atlas sa Théorie positive de l'ovu-
lation spontanée et de la fécondation des mammifères et de l'espèce humaine.
2. LUCAS, cité Am, XVII, etc., cf. plus loin sur l'Hérédité, avait publié en 1847 ses 2 vol. in-80 : Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, avec l'application méthodique des lois de la procréation au traitement général des affections dont elle.est le brincipe. (Paris, Baïllière.)
3. Cf. dans les C. R, et Mém. de l'Acad: des Sciences (années 1852-1854) ces:
travaux édités depuis (Bibl. nationale, Sp. 6441 et S, 2 5224).
4. COSTE, L'Embryologie comparée, t, I, p. 265, note : « Pour conclure d'une: manière si hardie de ce qui se passe chez les végétaux à.ce qui a lieu dans l’homme.
ne faut-il pas admettre la doctrine panthéistique, que tout est dans tout ? »
de Bourgèry : » ; et c’est tout ce qu’il faut pour « reculer » d’épouvante devant une « matrice » qui « pleure le sang ». Du traité de physiologie de Burdach ?, Michelet ne cite (Ins., 317) également que le livre II, chapitre III (sans nommer le livre d’ailleurs) ; mais si l'on se réfère au chapitre, on voit qu'il s’y agit « des effets produits dans l'organisme par la procréation » ; si l’on lit les emprunts de Michelet à ce monument de neuf volumes, on voit qu'ils tiennent en quelques lignes (A., 150) qui glorifient la maternité, et qui sont d’ailleurs nettement contradictoires avec une assertion de Mme de Gasparin (citée p. 29 du même ouvrage). Ce qu'il faut à Michelet, ce sont des maîtres qui montrent la femme toujours maternelle, la maternité toujours héroïque, l’héroisme toujours douloureux ; tous ces concepts se résumaient dans un mot, l’ovologie, science ancienne, puisque de Graaf et Purkinje en avaient posé les bases, mais rajeunie par des auteurs alors récents que Michelet cite avec dévotion, probablement d'après Burdach et Coste : Baer * et Négrier 4, puis Pouchet, puis Duvernoy, dont il est plus difficile d'identifier l’œuvre visée par lui 5. Mais Michelet est indifférent à la science pure : les emprünts qu'il fait (A., 397-398), à Raciborski $, ou même à Robin, son ami (A., 398-403 ; O., 304 ; Mer, 424 ; Ins., 112), sont également caractéristiques à cet égard : c’est un «micrographe » qu'il cite, mais c’est en philosophe qu’il le commente *. Autant Michelet néglige le contenu scientifique de tels travaux, ne nom-
1. BOURGERY, Traité complet de l'Anat. de l'H., comprenant la médecine opératoire, t. VIII, Embryogénie,
2. G. BURDACH, Traité de Physiologie considérée comme science d'observation, trad. Jourdan, IX vol., 1838-1841, Paris.
3. BAER 1827 (Am., 397) : sans indication d'ouvrage ; mais sa lettre sur l'œuf des mammifères, de ovi mammalium et hominum genesi, date de 1827 en effet ; BURDACH le cite p. 101 de son vol. I,
4. NÉGRIER, cité par COSTE, op. cit., p. 195 « a le premier reconnu qu'il y avait coïncidence entre la rupture des vésicules de Graaf et les époques menstruelles. » Ses. Recherches anat. et physiologiques sur les ovaires de l'espèce humaine parurent en 1840, à Paris. Michelet ne nomme pas l'ouvrage.
5. 11 s’agit peut-être des Fragments sur les organes de génération de divers animaux (pp. 105 à 299 des Mem. de l’Acad. des Sc., t. XXIIT, ann. 1853).
6. D'origine polonaise, RACIBORSKI a exercé la médecine avec éclat en France. Gynécologiste distingué, il a publié un Traité de la menstruation 1868, un Traité du véle de la menstruation dans la pathologie, 1856, et une Etude de la puberté et de l’âge critique, etc., 1843. Michelet n'aurait pu connaître que ces deux derniers ouvrages, les premiers en date. Mais il semble citer de seconde main l’auteur.
7. Onnesait si MICHELET fait allusion au Traité de chimie anatomique et phystologique, normale et pathologique:ou des principes immédiats qui constituent le corps de l'homme et des mammifères, 3. vol. in-8° atlas, Paris, 1853; ou à ses articles de la Revue de Zoologie, 1845, et sq. ; ou aux Annales des Sciences naturelles,
1847 et sq.
106 DEUXIÈME PARTIE. — ÉXPOSITION
mant même pas, ignorant sans doute ceux de Martin Saint- Ange :, autant il se passionné pour ce qui concerne Îles destinées de la femme et le culte qu’on sait lui rendre. Ses règles sont-elles reconnues pures, et très pures, comme il sied au phénomène essentiel de cette « religion » ? tout est 1à ; Bouchardat, Denis, disent oui : on les loue ; Innocent III et un « médecin de Lyon » disent non (A., 390) où ? peu importe ! on les blâme ?. À
Pour le livre de La Mer, les vraies « sources» de Michelet sont encore les livres des auteurs qui ont cherché, deviné, ou affirmé la vitalité de la mer, sa tendresse immense pour nous, la fluidité de ses énergies où couve la Nature, l’intarrissable trésor de son sein palpitant. Ross et Peary ne sont pas consultés sur tous les secrets de leur « voyage vers le pôle arctique dans la baie de Baffin »5, mais « sur la découverte de coraux vivants à mille lieues sous la mer glacée » (Mer, 122, cf. 35 et 420) ; Ehrenberg est admiré, non tant comme historien * de la Nature que pour sa foi dans la perfection des infiniment petits (Mer, 131), ce qui le
1. Mém. Acad. des Sciences, ann. 1856, t. XIV : Sur l'appareil reproducteur dans les cinq classes d'animaux vertébrés, au point de vue anatomique, physiologique et zoologique. »
2. On se demande à quel acte, à quel écrit d’Innocent III l’auteur de L'Amour à songé. Entend-il faire allusion aux précautions prises par ce pontife contre le mariage des clercs et contre la laïcité des juridictions dont ils dépendent, coutums non moins sévèrement condamnées que le relâchement de leurs mœurs ? Il semble cependant que le pape Innocent III (cf. LUCHAIRE, Innocent IIT t, I, pp. 99 sq.) n’ait agi qu’en considération de principes constitutionnels. Michelet veut-il parler de la sévérité d’Innocent IIE contre le mariage de Marguerite, fille de Philippe de Flandre, mariage qu'il fit annuler par le concile de Latran, car l’ «époux » canoniquement inhabile au mariage était le clerc Burchard d’Avesnes ? Rien de plus semblable au prétendu anathème contre la pureté de la femme ne saurait être découvert dans la savante Histoire du Pape Innocent III de HURTER 1839-1842 (protestant). En revanche, on peut voir chez les historiens de ce glorieux pontificat (cf. ROHRBACHER, Histoire de l'Eglise catholique, t. IX, p. 68) quelle énergie déploya le pape en faveur d’Ingelburge contre Philippe-Auguste. « Où trouverez-vous, écrivait le pontife au prince, une personne plus pure ? Le témoignage public ne la désigne-t-il pas comme une sainte?» Il est regrettable que Michelet n'ait pas dit où, dans quelle circonstance, en quel lieu, ce défenseur de tant de causes, et de la pureté du mariage en particulier, aurait trouvé le temps de déclarer impur le sang de la menstruation.
3. Le récit de ce voyage parut en 1819 (1 vol. in-8° et une carte). — DEFAU-
CONPRET le traduisit en 1835.— John Ross publia entre 1829 et 1833, en anglais, la relation d’un second voyage.
4. TI l'était au sens complet du mot pour ses travaux « sur la question des fouilles microscoqipues » ; MICHELET les cite à vrai dire mais il ne paraît pas avoir lu ses Mikrogeologische Studien, qui du reste n'étaient pas toutes publiées quand parut La Montagne, ni son Traité des infusoires considérés comme oyganismes complets, 1838 ; Michelet se réfère à un article des Annales des Sciences natu-
rèlles, qu'EHRENBERG publia en 1834, et la citation n’est pas dans La Mer, mais
dans L’Insecte, et comme un raccord (notes et éclaircissements, p. 376. — FHRENBERG est encore cité Mo., 126.)
fait surnommer «le père des atomes » et surtout pour son dévoue: ment à la cause de la « génération spontanée » (Mer, 423). On se demande si Michelet avait lu L’Ichthyologie analytique de Duméril'; d’autres naturalistes considérables comme Trembley sont complètement ignorés de lui ; il n’a rien emprunté pour son chapitre des polypes à cet auteur dont Milne-Edwards ? a loué les études sur les zoophytes:
Blainville, le plusconsciencieusement étudié de tous les savants que Michelet nomme, le plus authentiquement traité en savant, Blainville dont Michelet connaît et nomme la malacologie® (Mer, 423) et qu'il qualifie de « sévère » et de « très exact » (Mer, 176), Blainville qu’il cite encore plusieurs fois (Mer, 120, 152, 153) est en réalité paraphrasé et traduit (Mer, 176) comme un philosophe. Il se considérait du reste comme tel, et Flourens le louait comme tel : « sa philosophie n’a qu’un principe, la continuité. Chaque être, dans le globe que nous habitons, tient à tous les autres, et ce globe lui-même à tous les globes 4. » Blainville, partisan d’un monisme vaste et vigoureux, correspondait aux vœux secrets de Michelet, et se montrait d'autant plus digne de l'inspirer qu'il avait, par là-même, ostensiblement rompu avec l’illustre partisan des créations successives, avec le savant et religieux Cuvier: « M. de Blainville veut une création unique et simultanée ; une population première et complète, soumise à des extinctions incessantes. »; et, l’opposantà Cuvier pour la méthode comme pour la foi, Flourens ajoute : « M. de Blainville prend un grand fait, qu'il transforme en principe : le fait de l’unité du règne; et de l’unité du règne il conclut hautement l'unité de la création. C’est toujours, d’un côté, la marche expérimentale, avec son procédé sûr et ses résultats incertains » (allusion à Cuvier) ; « c’est toujours, de l’autre, la marche dogmatique, avec son résultat présenté comme certain, mais obtenu par un procédé qui n'est pas sûr. » Voilà le véritableguide de Michelet dans La Mer. Mais c’est l'Allemand Hartwig qui a suggéré à Michelet l’idée d’où La Mer est issue: « avant ces belles découvertes (sur la vitalité de la
1. Cf. Mém. Acad. des Sciences, ann. 1856, t. XX VII (502 pages).