‹ Michelet NaturalisteChapitre 3 sur 73 · PS NET NE SN OPET · texte numérisé non relu

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la critique, à l’histoire d’une œuvre, ils se prononcent pour — ou contre — la validité des prétentions d’un auteur, suivant qu'il existe — ou non — une preuve écrite de sa collaboration ou de sa composition. Mais, de même qu'une paternité naturelle et légale peut être irrécusable en droit et discutable en fait pour d’autres experts que des juges (pour des médecins, par exemple, pour des confesseurs ou des historiens), de même une paternité littéraire peut être apparente, avouée, consentie, et pourtant nulle, ou inversement insoupçonnée, démentie, aliénée, et pourtant indivisible et réelle. En justice il n’est licite ni de rechercher la paternité ni de la désavouer hors les cas prévus par la loi. Mais l'historien ne se fait pas scrupule de passer outre à ces embarras ; sa tâche commence où celle des tribunaux finit. De même que tel secret d’alcôve rend illégitime, pour les archivistes, une hérédité que les chartes ou les parlements n’ont pas su discuter, de même la collaboration de deux auteurs, impénétrable pour les tribunaux en dehors des limites de leur examen légal, propose à notre curiosité des surprises et nous invite à des contestations que les juges ne se permettent pas.

S'il est admis : que le procès ne porte pas sur tels et tels

1. Le jugement (Gazette des Tribunaux, 3 mai 1876, p. 430) repose sur les « attendu » suivants :

« Attendu que la collaboration de la veuve Michelet ne saurait être sérieusement déniée, qu’elle a été reconnue dans les deux testaments de Michelet du 1er juillet 1865, et des 1er février et 28 juillet 1872 ;

» Que, si l'on peut supposer au testateur placé en face de ses héritiers la pensée d'assurer à sa femme un avantage excessif, on ne peut soupçonner l’auteur, s'adressant au public, d'un mensonge fait aux dépens de sa propre renommée ; :

» Que, dans la préface de L'Oiseau et de L’Insecte et dans la dédicace placée en tête de l'édition illustrée de l'ouvrage, Michelet a déclaré que ses livres d'histoire naturelle avaient été, non seulement inspirés, mais dictés et même en partie écrits par sa femme ;

» Qu'’au dos du dernier de ces livres (La Montagne), les trois précédents sont catalogués sous cette rubrique : « Ouvrages de M. et Mme Michelet »;

» Attendu, d’ailleurs, qu'il résulte du rapport des experts pour examiner et classer les papiers de Michelet que plusieurs liasses se composent de notes, extraits, etc. de la main de la veuve Michelet, réunis pour la composition des ouvrages dont il s’agit ; qu’enfin, dans une lettre de 1857, Poullain-Dumesnil, auteur des héritiers Michelet, proclamait lui-même que la part de Mme Michelet, dans ces travaux, y était sensible, surtout pour lui... »

Il est intéressant de rapprocher de ces attendu le passage suivant d’une lettre de Michelet rendue publique par E. NOEL (Michelet et ses enfants, p. 301- 302). Le 12 janvier 1859, Michelet écrit à son gendre « que 22.000 Amour se sont vendus, qu’on vient d'en faire une édition à 15.000. Il espère que tout ira bien pour ses publications prochaines, et pour tout l'avenir, Donc, les'enfants, son grand Etienne, sa chère Jeanne, et sa charmante petite Camille» (tous nés de l'enfant du premier lit) « doivent être avertis qu'il travaille pour eux ». On voit combien le procès juridique était délicat, et que le procès littéraire est un

peu différent.

ouvrages, et que, pour les ouvrages sur lesquels il porte, la

question qui en fait l'intérêt se pose encore, nous avons le droit d'aborder cette question, non pas pour nous immiscer dans l'examen de la chose jugée, encore moins pour contester la

valeur légale des conclusions juridiques, mais pour traiter de

ce qui demeure étranger à tous les débats judiciaires passés, présents ou futurs.

Nous nous proposons d'établir :$rque Mme Michelet a notoire-

ment collaboré à l’œuvre de son mari, et que, par conséquent, il

est possible de prouver le quantum de sa participation ; $ 2 que Mme Michelet n’a rien inspiré, et que par conséquent il est loisible de poursuivre la thèse après avoir tiré au clair le guale de cette participation.

$ 1. La collaboration quantitative de M Michelet est indé-

niable, et par conséquent facile à fixer ; ; on s'aperçoit d’ailleurs qu'elle est restreinte.

À) Arguments a priori, tirés de l'évidence. — Si une femme: choisie entre mille, désignée à la tendresse de son mari comme une admiratrice avant d’être une épouse, associée à sa vie par l'attrait de son œuvre, n'avait pas collaboré à cette œuvre, il auraït fallu ou qu’elle ne sût pas écrire ou qu’elle mourût au lendemain dé ses noces. Cela est évident, pourvu qu’on prenne le mot « collaboration » dans son sens originel, car cela implique simplement

que cette femme éminente a quelquefois « travaillé avec » son:

mari. Cette collaboration, naturelle entre gens mariés, est fréquente entre tous ceux qui vivent ensemble, et, comme il n’existe

pas de vrais solitaires, il est peu d'hommes qui n’aient eu des

collahorateurs, parce qu'ils ont tous, où des secrétaires, où

du moins des commensaux qui sont des confidents, si même leur

jardinier ne leur sert de censeur, ou leur servante d'Egérie, —

comme la légende l’assure à propos de Boileau et de Molière. — Quel auteur n'a jamais senti peser sur sa plume le frein d’un: conseil salutaire ou bondir, sur son cœur, l’aiguillon d’une pensée’

amie ? Il n’est pas jusqu’au lecteur ému de l’œuvre encore manuscrite, dont les yeux distillent, suivant l'expression d'Horace, une

rosée bienveillante, qui ne puisse dire qu'il a influé sur l’œuvre.

Mais ce n'est pas en ce sens qu’on l'entend ; et ce n’est donc pas une preuve de la collaboration de Mme Michelet que cette asso-

ciation permanente et intime de sa pensée avec l’œuvre de son.

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mari. Il ne sert donc de rien d'évoquer le tableau de leur fidélité intellectuelle tracé dès l’époque de leurs fiançailles par leur correspondance. Si l'on entend prouver par là que leurs efforts se sont unis pour le succès de l’œuvre, on prouve ce qui était évident par avance.

Et si l'on veut en tirer des renseignements sur la nature de cette collaboration, on entreprend une tâche évidemment désespérée. C’est par l'examen de témoignages ou d’aveux qui ne sont plus du ressort de l'évidence, c’est par des preuves historiques qu’on peut savoir combien le phénomène banal de 1a- collaboration entre époux est devenu, chez ce couple exception nel, frappant par son intensité, Jamais, dit-on, deux cœurs ne se sont mieux pénétrés, échangés et compris ; discuter sur leur part respective dans l’œuvre commune, c’est examiner l’indiscernable, Cela n’est pas évident, et n’est plus définitif. « Le vrai de l'amitié, c’est de sentir ensemble » : ni Michelet ni sa femme n'eussent démenti sur ce point Sully-Prudhomme, en qui ils auraient plutôt reconnu un disciple de leur Bonheur, mais l'évidence qui nous fait admettre cette communauté de sentiments entre deux époux ne nous laisse rien préjuger de la portée, ni même de la qualité, des ressources de chacun d’eux.

B) Voyons donc les fémoignages de ces époux eux-mêmes, et tirons-en, s’il se peut, des arguments d’ordre déductif. - Il existe des passages avoués et reconnus par les deux auteurs, où le style et l'inspiration sont revendiqués par Mme Michelet, où Michelet semble avoir ouvertement dégagé sa propre responsabilité d'écrivain. On peut hésiter à mettre cette conduite sur le compte de la charité conjugale, ou de la justice, ou de l'intérêt bien entendu : cette intention ne nous regarde pas, maïs le fait est intéressant. Car les passages signés de Mme Michelet permet: tent de déduire d’abord, et de calculer en chiffres précis sa participation exclusive et personnelle à l’œuvre présumée commune ; en second lieu, on en peut déduire, par l’analogie de style, qu'elle a ou qu’elle n’a pas écrit telle ou telle page, tel ou tel autre chapitre. |

En additionnant les pages signalées à notre observation comme l’œuvre exclusive de Mme Michelet, soit par les guillemets de l'éditeur, soit par les aveux imprimés des auteurs, soit par leurs aveux inédits, retrouvés dans les manuscrits du musée Carnavalet ou dans les pages du Jowrnal que M. Gabriel Monod

a bien voulu mettre à notre disposition, on arrive au total suivant. Mme Michelet a écrit seule :

Dans L'Oiseau, les pages xI-xxxv de la Préface, éditées entre guillemets ;

Dans L'Insecte, les pages 5-8 (chap. I) et 21-24 (chap. IT), id. ;

Dans La Mer, un chapitre : ; /

Dans La Montagne, le chapitre XII de la Ir° partie (le Pôle) et les pages 221-239 (chap. IV et V de la II® partie) et 305-317 (chap. X et XI en partie), pages éditées entre guillemets.

S'il y a, dans cet ensemble de chapitres, des parties que l'examen du texte édité, en l'absence d’un aveu inédit de Michelet, nous eût fait attribuer à Michelet lui-même, on peut craindre qu'il n’en soit de même pour d’autres parties, et que la délimitation de la part de chaque auteur ne soit une tâche difhcile. Maïs il n’en est rien : Mme Michelet a confessé elle-même que sa part de collaboration est très pauvre : en 1867, c'est-à-dire dans le dernier des quatre principaux ouvrages d’« histoire naturelle »

elle écrit en effet : « moi qui n'avais point songé que je dusse écrire jamais, … voilà qu'un matin j'écris pour lui. Simples notes et pur essai... » Et : « Au printemps de 1858, malade, j'essayai

d'écrire quelque chose de la mort des plantes ». (Mo., pp. 226- 227). Elle écrit donc par exception. Ces chapitres issus de sa plume sont d’ailleurs de purs hors-d’'œuvre : ils n’apportent à l'ensemble que des détails dont la juxtaposition est factice. Encore Michelet a-t-il traité ces contributions comme des éléments accessoires, qu'il pouvait accepter ou refuser d’incorporer à ses livres, et qu'il n’y a laissés figurer qu'après les avoir soigneusement revus ; sans doute il ne leur a pas imposé de grands remaniements, mais il suffit de peu de chose à un écrivain de génie pour transformer une platitude en une trouvaille. Si les deux auteurs avaient pu se considérer comme également responsables de l'œuvre, il serait inexplicable que Michelet eût corrigé en dernier ressort tout ce qui est sorti de la plume de sa femme, et que le contraire fût introuvable dans la volumineuse collection des manuscrits déposés au musée Carnavalet. Il y a plus : Miche-

1. Il s’agit d’un chapitre intitulé La Mer de Corail, qui n’est pas demeuré sous ce titre dans l'édition de La Mer. D'après une note inédite de Mme Michelet jointe au manuscrit de La Mer, ce chapitre serait devenu le chapitre Coquilles, Nacres et Perles, d'ailleurs revu et corrigé par Michelet. D'après une note inédite du Journal de Michelet (1er octobre 1860), il s'agirait des « trois premières pages du chap. 1v de la première partie,

let laisse voir combien il est jaloux de sa paternité littéraire : dans une note pour les imprimeurs (p. 9 du manuscrit de L'Oi- Seau) il recommande : « Dans tout ce qui suit, chaque alinéa doit commencer par un guillemet ». Quand revient le passage dont il est le seul auteur, il reprend et le laisse voir. Ainsi dans L'Oiseau, page XXXV : « Je reprends ». Ainsi dans La Montlagne, IT partie, chapitre XI : « Moins épris du désert. » par opposition à sa femme qui vient de nous exposer ses goûts, — Enfin, on retrouve encore dans les manuscrits bon nombre d'épreuves d'imprimerie qui s’y étaient égarées et que l’on conserve comme des curiosités : or, ces placards sont toujours corrigés par Michelet. Si jaloux de tout revoir, de marquer la fin de la collaboration de sa femme, de corriger d’ailleurs son texte, de l’éditer entre guillemets, il n’y a pas d'apparence que Michelet eût recommandé aux éditeurs de ses ouvrages ultérieurs de les faire imprimer en caractères pareils à ceux de La Mer, et de La Femme, si la similitude de caractères typographiques n'avait paru avantageuse, pour bien marquer qu'il s’agit d’une même œuvre. Or une note écrite à l'éditeur (en tête du manuscrit de La Bible de l Humanité) nous a rendu témoin de cette précaution.

Il n'y a donc pas lieu de présumer que Michelet ait laissé passer quelque chapitre de sa femme sans nous en avertir. Il y a lieu, en revanche, de présumer qu'il n’a rien laissé passer sans le signaler, car il a tout signalé par des guillemets ou des avertissements significatifs, excepté toutefois deux passages dont l'attribution à Mme Michelet est demeurée inédite !, mais ces deux passages sont courts, insignifiants quant au fond, et ils ont été revisés par Michelet, comme en témoigne le manuscrit. La part de la contribution quantitative de Mme Michelet se limite donc aux chapitres et fragments de chapitres que nous avons cités. Cette part est d’ailleurs indéniable.

C) Des arguments d’ordre inductif confirment les résultats de cette déduction. Tous les manuscrits de Michelet, d’abord, présentent la même physionomie, les mêmes genres de corrections, d’additions, de remaniements. Michelet élague, biffe, épingle des interpolations dans tous : la collaboratrice n’a nullement modifié la méthode. Ce n’est là, sans doute, qu’une impres-

1. C’est le chapitre du Pôle de La Montagne et le chapitre ou fragment de chapitre de La Mer dont il a été parlé ci-dessus. ;

sion, dont on ne peut rien inférer d’absolument sûr dans Île détail :, mais on a le droit, dans l’ensemble, d'admettre que cette similitude de physionomie trahit une similitude de facture et par conséquent d'auteur.

En outre, l'examen du style est suggestif. Que l'on compare les passages dont un aveu précieux rend indubitable la collaboration de Mme Michelet, avec le reste de l'œuvre où sa part est controversée, et l’on se rendra compte, de quelque façon qu'on s'y prenne, qu'il n’y a pas beaucoup de pages aussi insignifiantes

que celles qui ont été éditées entre guillemets comme étant de

Mme Michelet.

Enfin, Mme Michelet a publié seule certains ouvrages qui rappelleraient beaucoup mieux le souffle et la troublante splendeur de L'Oiseau où de La Mer, si l’illustre veuve n'avait perdu le don d'écrire en perdant son mari. Sans doute on rencontre encore, dans Mes Chats, des pages brillantes, touchantes, gracieuses ; mais on y chercherait en vain ces idées générales, ces symboles, ces systèmes, ces actes de foi panthéistique et d'amour universel que nous trouvons à tous les tournants de l’œuvre signée par Michelet. En vingt cinq ans de veuvage, Mme Michelet n’a pas écrit un seul chapitre qui rappelle, même de loin, ces importants ouvrages auxquels on prétend qu'elle a donné la vie! Non seulement le style est manifestement nouveau dans Mes Chats ; non seulement les phrases sont plus longues, plus lourdes, plus ternes ; souvent même elles sont à peine correctes ? ; mais surtout lè genre est tout autre. François Coppée, dans la préface qu'il a écrite pour L'Oiseau, a regretté que Michelet n'ait pas écrit de chapitre sur les oiseaux de Paris. C’est que cela aurait été du

1. Ainsi des manuscrits entièrement écrits de la main de Michelet peuvent contenir des passages de Mme Michelet. C’est le cas de La Mer, dont quelques pages ont été fournies par Mme Michelet. Inversement, Mme Michelet a écrit de sa main des pages entières qui sont la copie pure et simple d’un brouillon de son mari : c’est le cas du chapitre Lumière, dans L'Oiseau, où elle a écrit : « Mon petit-fils », preuve qu'elle est simplement copiste. On reconnaît ces copies à ce qu'elles sont très peu raturées. Mais une page non raturée, écrite de la maïn de Michelet,n'estpas nécessairement une copie du brouillon de sa femme, d’abord parce que Michelet corrige sa femme dans son texte même, et aussi parce qu’il est évident qu'il a quelquefois pris la peine de mettre au net ses propres brouillons, comme on le voit à l’époque où Mie Mialaret avait six ou sept ans.

2. Citons au hasard : « Je trouvais meilleur de pas diviser » (p. 8) vouloir au pluriel (p. 17), subtiliser ses sens (p. 2), « Je les ai grimpés » (p. 98) etc. Dans un fragment non édité de Mme Michelet, et dû à l’obligeance de M. Gabriel Monod nous avons relevé des fautes de syntaxe (imparfait pour passé défini), des vulgarités (le ruisseau est le petit frère de la rivière), des solécismes (l’halètement, la prairie qu'il a fait si verte) qui suffisent (en 8 ou 10 pages) à prouver que Mme Michelet n'aurait pas composé L'Oiseau ni L'Insecte.

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récit, sinon du radotage, et que le génie de Michelet ne s’adaptait pas à ces mièvreries. Il entendait ramasser sur son livre une projection de l'univers, il n'y peignait pas des aquarelles. Les conclusions sur l’ordre du monde se seraient assez mal accommodées d’un épisode descriptif. Montégut (17 Mélanges critiques, ‘pP- 289-290) a de même déploré l'absence d’un cinquième livre de La Mer, La Légende de la Mer, qui n'aurait guère cadré avec le reste. Et l'on ne saurait mieux caractériser la différence qui sépare Michelet de sa femme qu’en disant que Michelet n'aurait. pu réparer le regret de Fr. Coppée ou celui de Montégut ; sa femme, oui. L'auteur des Chats convenait d’ailleurs que la forme d'un récit est « la seule où elle soit tout à son aise ». (Mes Chats, p- Xi) ; elle avoue aussi : « Je ne serais pas habile à écrire mon livre sous la forme de traité. Je ne dis bien ma pensée, je ne donne bien mes impressions qu'en les laissant venir et se placer d’elles-mêmes au courant du récit. » (Mes Chats, p. xxxv). On se demande même ce que seraient devenus Mes Chats si Jules Michelet lui-même n'avait préparé cet ouvrage, mettant à contribution le zèle de ses amis de l’Académie des Sciences ou de l’Académie des Inscriptions, écrivant en Italie à Amari, en Angleterre à Darwin, pour rendre plus scientifique la fantaisie de la zoologiste improvisée. Toujours est-il que Mme Michelet, en vingt-cinq ans de solitude, n’a pu conduire à sa fin un autre ouvrage qu'elle avait conçu, La Plante (Cf. Mes Chats, introd. p. v). Sa pieuse édition des ouvrages posthumes de son époux suffit-elle à expliquer cet incurable ajournement : ? Tous ces détails, joints à l'insuffisance notoire, aux erreurs énormes de Mme Michelet, nous rendraient fort sceptique sur sa puissance d'invention et d'inspiration, si nous n'avions d’autres moyens de restreindre cette prétendue inspiration aux proportions plus humbles d’un simple conseil.

$ 2. Influence qualitative de Me Michelet. — Michelet lui-même, dira-t-on, a reconnu cette inspiration. Quelques jours avant son mariage (cf. Lettres à Me Mialaret, 3 mars 1849), il lui attribue le premier élan de ses études vers la nature. « En me racontant, écrit-il, tout le bien que lui ont fait dans le passé ces innocents tête à tête avec la nature, elle m'a exprimé à différentes reprises

1. On l’a insinué (FAGE, Michelet et Mgr Berteaud, Tulle, 1895). — Mme Michelet elle-même l’a donné à croire (BOYER-D'AGEN, Grande Revue, 1893), mais nous en doutons (cf. note plus bas, p. 33).

son étonnement de ne pas me voir la mêler davantage à mes études personnelles. » « Vous en tireriez une grande puissance. En tout cas puisque nous venons d’elle et que nous lui retournons, il est inadmissible que nous la tenions à l'écart de notre pensée et de notre vie. » Et Michelet ajoute : « Cette réflexion si sage, la première fois qu’elle me la fit, me réveilla comme en sursaut. » Etincelle créatrice, dira-t-on, premier ébranlement d’une vibration définitive : Michelet naturaliste est né de cette virginale exhortation. Or, nous doutons qu'un tel langage, qui exigerait pour être convaincant quelques éclaircissements, ait pu allumer une flamme quelconque dans une pensée qui n’eût pas d’ellemême brûlé déjà. En réalité, l’étincelle tomba sur un terrain déjà incandescent, la chiquenaude ébranla un cœur déjà vibrant. « Je me rappelai, ajoute aussitôt Michelet, l’idée qui m'était venue à la suite de mes conversations avec MM. Serres et Geoffroy Saint-Hilaire : que la science de l’homme ne peut marcher sur un terrain ferme, sans l'étude des sciences de la nature. » Mais, dira-t-on, encore, c'est déjà beaucoup que Mme Michelet ait réveillé cette croyance assoupie ; l'énergie avec laquelle elle la ranima et l’entretint vaut plus et mieux qu'un spontané mais stérile éveil. Michelet reconnaît, dans les fragments inédits de son Journal, qui sont les témoins les plus intimes de sa pensée, que sa femme a réalisé depuis le début de sa collaboration jusqu’en 1866 « un grand et étonnant progrès ; elle avait l’aïle, elle a le vol. » La collaboration est devenue si étroite qu'il écrit : « Entre le sien et le mien on ne peut trouver le point de suture : cela serait bien difficile, nous ne le savons guère nous-mêmes. » Et cette note inédite du même Journal nous apprend que déjà «l'hiver de 1855 à 1856 fut pour elle le plus heureux, le plus laborieux qu'elle ait eu. Elle prépara de son travail, ourdit de ses mains une œuvre qui rayonne d'elle et à laquelle nul cœur n'a résisté : L'Oiseau 1856. » ! Il est vrai, mais pour quelques aveux échappés à la tendresse conjugale, retrouvés entre mille et mille pages, et dont la formule d’ailleurs sous-entend plus d'une restriction, que de précautions grâce auxquelles l’auteur, le véritable auteur, laisse transparaître ses revendications ! Tantôt c’est une lettre à la fiancée (31 décembre 1848-1€r janvier 1849), lettre où l’on voit que les leçons de la nature ont été don-

. Nous devons ces notes à l’obligeance de M. Gabriel MONOD. — Voir aussi la nt de Mme Michelet (manuscrite) sur ks pages cousues au manuscrit de . L'Insecte (musée Carnavalet). ;

nées, non pas à lui par elle, mais à elle par lui : « Faisons comme la nature », écrit-il. Tantôt c’est une lettre à une tante, où la jeune épouse est dépeinte comme une « ménagère excellente » qui « peut être à certaines heures une secrétaire admirable » (G. Monod, JM., p. 239, citant la correspondance de Michelet) ; Me Michelet est une « personne formée entièrement » par ses «idées » à lui, par ses livres, son « enseignement » (ibidem). La femme de Michelet avait coutume de lui demander «un plan, une leçon » (1bidem, p. 250). Mais il n’y a pas que le Journal inhime qui restreigne aussi éloquemment, aussi clairement, la part de la collaboration ; il y a les aveux imprimés, contre lesquels la prétendue collaboratrice n’a pas protesté, et qui ont permis à M. d'Haussonville, si promptement rallié pourtant aux conclusions des débats judiciaires, de « se persuader », de «se figurer » que la collaboration fut une simple assistance. Les textes suivants le démontrent :

« Qu'un cœur de femme soit mêlé à ce livre, je ne vois aucune raison pour repousser ce reproche. Nous l’acceptons comme un éloge. La patience et la douceur, la tendresse et la pitié, la chaleur de l’incubation, ce sont choses qui font, conservent, développent une création vivante. » (L'Oiseau, Préf., p. X.)

Ainsi Michelet « créa », Mme Michelet « couva ».

Voici d’autres métaphores non moins explicites :

« Dans les fort longues lectures. qui nous préparèrent L'Oiseau et pour lesquelles il ne fallut pas moins que la patience d’une

femme solitaire. » ({nsecte, introd. II, p. IX et x.)

« Je recevais les éléments divers de cette grande étude par l'intermédiaire d’une âme. » (Zbidem.)

« Cet amour ramassait les matériaux. » ([brdem.)

Dans tous ces passages, Michelet parle de sa femme comme un architecte parle d’un charpentier ou d’un tailleur de pierres, d'un charpentier dont le cœur est sensible à la beauté de l'édifice, d’un équarrisseur ému, indulgent, épris de ses pierres, mais non pas comme d’un autre architecte : car il a seul conçu le plan *.

Mme Michelet abonde dans le même sens : « admise comme disciple à la communication de ta pensée et de tes travaux »

© 1. Mme Michelet s’est servie d’une autre métaphore, pour les ouvrages, à vrai dire, posthumes qu’elle édita : « Dont Michelet aura produit toute la sève, et dont sa veuve n’entretient que, comme un jardinier jaloux, sa tombe. » Mais si la part de la « collaboratrice » est si humble pour des travaux entièrement rédigés par elle, que dire de son rôle dans les autres ? (Cf. BOYER D'AGEN, loc. cit., une après-midi chez Michelet.)

(Monod, op. cit., p. 247), elle avoue qu’elle peut à peine servir son génial collaborateur. « Si mon étude pouvait se rapprocher des tiennes ! » tel est l’aveu qu’elle lui livre, et que nous recueillons à notre tour (Monod, tbidem, p. 265). On objectera vainement qu’il s’agit du début de la collaboration ; car plus tard, cette influence va croissant (ibidem, p. 291, Journal d'octobre 1850). Les croyances de Mme Michelet sont acquises ; elle déclare les recevoir (ibidem, p. 304). Elle confesse que la direction lui est nécessaire : « jamais encore, dit-elle, je n’ai su traduire mes impressions. » (Jbidem, p. 310). Elle s'inspire, non seulement du fond, mais de la forme (Jbidem, p. 278). Michelet écrit dans son Journal ; « Perce la surface, l’eau vive est au-dessous. » Me Michelet a lu ; le même jour, son propre journal porte cette réponse : « Oui, cher ami, l’eau vive est au-dessous de la surface aride. » (26 juillet au soir, p. 269). D’autres exemples semblables se rencontrent ; Mme Michelet, en revanche, n’est jamais imitée.

Si Mme Michelet avait été le véritable auteur, ou seulement l’inspiratrice de L'Oiseau, de L'insecte, etc., aurait-elle écrit enfin que le dessein de ces ouvrages était de « donner aux gens du monde le goût de l’histoire naturelle », de « les amener au désir de la mieux connaître près des maîtres de la science » (Mes Chats, p. 324) ? Et cette erreur sur l'intention et la portée de tels ouvrages aurait-elle été précédée de cette insoutenable prétention : « Mon livre (Les Chats) sera le frère de L'Onseau, de L’Insecte. » (1bidem) ? Nous n’aurons pas de peine à montrer plus loin que tous ces livres procèdent d’une intention et se raccordent à une synthèse que Michelet a exprimée, que Mme Michelet a méconnue. Or, l’auteur seul est compétent sur l’intention. Donc Michelet est seul auteur, non sa femme.

Ajoutons que les intimes, les familiers du savant ménage n'ont point considéré Mme Michelet comme un auteur, mais seulement comme un préparateur des détails et des matériaux de l'ouvrage. Quinet la félicite au moment où paraît La Mer (Lettres d'Exil, 2 vol. p. 76) ; il croit que « c’est elle qui tenait la rame ou le gouvernail » comme il reconnaît sa -« main de fée » dans L’Insecte (ibidem, x* vol., p. 330). Mais outre que ces métaphores sont à double sens, et valent beaucoup moins que le moindre aveu de collaboration reconnue, on trouve les mêmes félicitations quand l'ouvrage est historique (sbidem, 2° vol. p. 445). M€ Quinet elle-même, qui publiait ses souvenirs après la mort de Michelet et de Quinet, et qui n'aurait guère été femme

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si elle eût caché ou diminué le rôle d’une femme dans cette tâche d’ailleurs si connue d'elle, Mme Quinet, disons-nous, ne dit jamais elle-même que Mme Michelet ait été auteur. En revanche, tout ce qu’elle exhibe de souvenirs, inédits jusque-là, met au point l'attitude recueillie d’une collaboratrice (Cinquante ans d'amitié, p. 238) : « l'immense succès de L'Oiseau décida Michelet à continuer ces petits livres, dont Mme Michelet fournissait les études d'histoire naturelle»; — page 234 : Michelet se déclare « écrasé » par la préparation simultanée de deux ouvrages, dont L'Oiseau ; — toujours cité par la veuve du destinataire, il écrit dans ses lettres à Quinet qu'il pensait à L'Amour depuis 1836 : tbidem, p. 256 ; — que La Mer va paraître, et que « l'ouvrage était préparé dès longtemps par sa femme, et par lui toute cette année (1860) » : 2bidem, p. 268 (cf. p. 261 pour La Femme, etc.). — M. Monod a résumé dès 1868, dans une lettre à Michelet, l'impression qu’on retire de tous ces textes, qu'il ignorait alors : « Remerciez aussi Mme Michelet pour ce livre de La Montagne où l’on rencontre souvent sa main, et partout son cœur. » (brochure Roy, Bibliothèque nationale, 1903.)

Mais avoir son cœur dans l’œuvre de quelqu'un n’est pas créer cette œuvre. C’est même à peine collaborer. Ou pareille collaboration est le lot de toute compagne.

L'œuvre attribuée à Mme Michelet et à Michelet appartient donc à ce dernier ; l'honneur, la responsabilité en reviennent à lui seul. La part de sa femme étant réduite, reste à expliquer l’unité de son but, qu’elle n’a pu modifier ni suppléer.

Cette unité résulte, soit des projets explicitement formulés dont nous examinerons plus loin l'expression, soit d’un raisonnement que le contenu de l’œuvre suggère assez facilement. Le point de départ de ce raisonnement, c'est que Michelet est indiscutablement le seul auteur de ses ouvrages d'histoire.

$ 1. Cette paternité des ouvrages historiques est vivement revendiquée par Michelet (HRé., p. 14 du vol. I, préface de 1868 ; Peuple, p. 312 : «il y a bien longtemps que je suis la France, vivant jour par jour avec elle depuis des milliers d’an-

nées ») ; et on ne la conteste pas, même pour les ouvrages postérieurs aux secondes noces de Michelet, ouvrages qui fourmillent d’ailleurs d’allusions à sa personne, à son sexe, aux circonstances de date (HRé., X, p. V) et de lieu (VIII HF, p. 7, n. 1) de sa naissance, à ses origines et à sa jeunesse (sbidem et IX HEF., 292 et 208), à ses parents enfin : mère (/oc. cit., VIII HF.), père (XIII HF, 369 ; I HRé., préf. 1847, p. 46), grand-père (Amour, 358), etc. Michelet se confesse même à ses lecteurs, il leur avoue ses désolations, ses défaillances (XII HF. chap. III, début), et, en leur dépeignant l’image de ses consolations, les modèles de paix qu’il se propose, il retrace involontairement sa propre vie (XV HE, 311-312) comme Victor Hugo suggérait à son lecteur son propre nom quand il lui montrait le type du vrai « mage » (cf. Brunetière, Evol. de la Poésie lyrique). Les droits de Michelet sur son Histoire sont donc inaliénables ; ils n’ont pas été contestés ni disputés ; et le problème d’une collaboration, à ce sujet, ne se pose pas.

Or, le lien de cette Histoire avec d’autres ouvrages de Michelet est expliqué par l’auteur commun de tous ces ouvrages : on dirait que ce père, prévoyant que l’on contesterait une partie de sa postérité, voulut lui-même choisir quelques enfants incontestés, afin que l’on pût arguer de leur ressemblance et de leur sympathie avec les frères et sœurs qui leur sont disputés. C’est ainsi que Michelet nous indique (FR., 316) le lien de ses ouvrages d’éducation sociale et d'éducation personnelle avec le reste de ses œuvres, et notamment (Pp. 7) avec son histoire : « Le progrès de mon histoire m'a conduit à m'occuper des questions actuelles. » Il y a donc lièn, et lien important : car Le Peuple est désigné comme «la chose la plus sérieuse peut-être » qu’ait écrite Michelet (IT HR, p. xxv, introd., note 1). Ce lien s'étend à d’autres œuvres, comme le manifeste une page importante de Nos Fuls (NF., pp. XIV-XV) : « Ainsi gravitaient tous mes livres vers celui d'aujourd'hui : ceux d'Histoire naturelle, qu'on croyait diverger de mes voies morales, historiques, étaient exactement dans ma ligne et dans mon sillon. Au début de La Femme, j'ai dit combien l'éducation, de nos filles surtout, se fera doucement dans cette aimable communion avec la nature. Et, vers la fin de La Montagne, rentrant dans ce sujet, surtout par le jeune homme, je le menais moi-même aux Alpes, etc. »

« J'arrive au but, au grand problème, par les voies légitimes, patientes, dont mes prédécesseurs crurent pouvoir se passer.

Longue fut mon expérience, mes trente années d'enseignement. Plus longue mon étude qui a rempli toute ma vie. De notre grande histoire nationale... j'ai tiré notre foi, le credo social. Comment ai-je duré, produit, fourni toujours ? Demandez à la mère, la grande nourrice, la nature, à l'âme maternelle qui ne se lasse pas d’allaiter, de raviver, de consoler le monde. »

Ainsi la même intelligence, le même cœur, le même homme en un mot qui s’est appliqué aux problèmes de l’histoire, a voulu puiser dans la maternité de la nature la sève de sa tendresse pour l'humanité. Ces sentiments ardents, passionnés, n’admettent ni interprètes ni intermédiaires ; on ne sent point par procuration : notre historien, de lui-même, a été un naturaliste. Mille autres passages revendiquent la part du naturaliste comme essentielle, comme inhérente au monument de l’historien ; c’est l’épilogue de L'Amour : « ma pensée, cheminant toujours, à travers l'histoire et la vie, a pourtant gagné deux sources : c’est la mort et c'est l'amour. Cela ne m'empêche pas de descendre dans la plaine et de faire encore ma moisson dans les champs de l’histoire et de l’histoire naturelle... » (Amour, livre V, chap. VII, début) ; — c'est tel ou tel détail du Peuple : « Le sentiment français, le dévouement du citoyen à la Patrie, est ma mesure... mesure morale, mais naturelle aussi (p. 157-158) ; » — c'est l’épilogue de son Hystoire de France (XIX, 1) : « Tous mes enseignements et mes travaux divers convergent vers un but. Mes livres secondaires, qu’on croyait des excursions, ont été les études, les constructions préalables, parfois même des parties essentielles du grand édifice. »

Ainsi l’histoire est toute de Michelet, et Michelet lui-même se charge de rattacher devant nos yeux, à cette histoire assurément sienne, ces ouvrages contestés qu'on a pris pour des «excursions ». Cela donne un grand prix au petit nombre d’allusions que renferment les cinq ouvrages les plus contestés, allusions à la personne et à l’œuvre de l'historien. Ces cinq ouvrages (L'Amour, l'Oiseau, L’Insecte, La Mer, La Montagne) sont unanimes pour attester leur solidarité avec l’œuvre historique du maître.

$ 2. Etait-il nécessaire d'y pourvoir pour L'Amour ? Nous doutons que Mme Michelet puisse avoir participé au fond de cet ouvrage. Nous en doutons & priori, car, lors même que l'épouse aurait profondément pénétré le cœur et le génie de l'époux, il

est une chose qu’elle n'aurait pu concevoir à sa place, c'est l'amour qu’il avait pour elle. Une tendresse partagée peut faire tout échanger, tout comprendre, mais à la condition de subsister elle-même : or, éprouver l'amour qu'on inspire, ce serait omettre d'aimer, ce serait la rupture du.charme, la violation du seul secret, le tarissement du trésor. Pour ces raisons, et précisément parce qu’il était aimé de sa collaboratrice, l'auteur de L'Amour n'a pu recevoir d’elle que des reflets de sa pensée, puisant en soi tous les documents qu’elle renouvelait à son insu. L'œuvre est d’un homme, aucune femme ne l’eût signé ni conçu. Du reste Michelet nous a rappelé lui-même qu'il le conçut en 1836 « par l’histoire »

et qu’il revint à son projet dès 1844 (Am. 383 ; cf. une lettre de

Michelet à Quinet in 50aA. ; p. 256; cf. aussi une lettre d'Eug. Noël citée par Levallois, Mémoire d'un critique, p. 75 et écrite le 9 février 1849 : « Réconcilions tout ce qui est divisé... les dieux... les races Puis nous entreprendrons la réconciliation dans l'amour, réconciliation de l’homme et de la femme) ». C’est là le rôle même du livre de L'Amour, et de celui de La Femme *. Or, dans L'Amour, les allusions à la personnalité, à la fonction dé l'historien, ne dépassent pas le nombre de six ou sept (IV, 1: «ce n’est pas impunément que tant de fois je passai, dans l’histoire, le Styx » ; — p. 106 : « Rappelez-vous la bonne théorie féodale »; — p. III allusions au journal de la santé de Louis XIII enfant ; — p. 271 : « un mensonge de l’épouse peut fausser l'histoire pour mille ans » ; — ailleurs (p. 304) Voltaire est indiqué comme le créateur de l'Histoire chez les modernes ; — et enfin Sully, Richelieu, Colbert, comme des exemples de ce que peut réaliser l'application rationnelle des lois de la physique sociale.) Mais Michelet a déclaré lui-même qu’il avait restreint ses références, et qu’il avait de quoi faire un voltime des matériaux historiques de L'Amour (Am., 378). En outre, il s’est nommé, ou c'est tout comme, puisqu'il a écrit : « Dans ma vie de soixante ans. (A., 386) ».

$ 3. Si donc L'Amour ,qui est nécessairement l’œuvre de Michelet, ne contient que si peu d’allusions à l’œuvre historique de Michelet, on peut accorder un certain crédit à des allusions aussi peu nombreuses dans les quatre autres ouvrages, et attribuer à

1. Nous ne supposhns même pas qu'on puisse mettre èn doute la paternité de Michelet pour le livre de la Femme, « mon livre de la Femme », comme l'écrivait Michelet à Quinet, cf. s0a.A: oc. cit.

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