‹ Michelet NaturalisteChapitre 33 sur 73 · QUATRIÈME PARTIE. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — CONCLUSION

a reçu autant de démentis qu’il y a eu de savants, car tous ont plus ou moins philosophé sans le savoir. Certains même n'ont herborisé, pêché, disséqué, que pour méditer aux fins et aux causes ; il est vrai que ceux-ci, le plus souvent, s’attribuent les méditations sans les prémisses, consultant seulement sur les faits ceux qui s’acquittent des fonctions proprement scientifiques : ainsi ratiocinèrent la plupart des « naturalistes » du xvine siècle, les Fontenelle et les Bernardin.

Mais l’objet des sciences naturelles n’en est pas moins distinct de l’objet des sciences morales et métaphysiques. Et la méthode des unes et des autres n’en est pas moins disparate ou diverse. Cela se déduit de l’analyse de leur contenu respectif et de l’expérience séculaire de ceux qui les ont approfondies.

L'analyse nous oblige de reconnaître que la physique aborde uniquement le problème du quid. Le quid d'une opération naturelle quelconque est l’objet proprement dit de l'observation des physiciens et des naturalistes : ce problème a reçu un surcroît de précision toutes les fois qu’il s’est traduit par la recherche d’un nombre, toutes les fois que le quid s’est rattaché à une loi, toutes les fois qu’il s’est exprimé par un quantum. Mais quant au problème du pourquo: ou du comment des opérations naturelles, cela se résout en vertu de principes généraux quelquefois très éloignés des réalités que la physique explore, cela est proprement métaphysique. En tant que la Nature est objet de science, en tant qu'on en étudie seulement les réalités, le naturel correspond au formel ; le physicien n’étudie que du mouvement, il laisse au chimiste la conquête du fixe, l'exploration de la matière. En tant. que la Nature est objet de philosophie, en tant qu’on en étudie

les ressorts intimes et les principes cachés, le naturel coïncide

avec le possible, il s'oppose à l’art comme la puissance à l’acte. La Nature des naturalistes savants et la Nature des naturalistes philosophes sont donc deux objets différents puisqu'ils sont, dans un certain sens, opposés.

Du reste, en fait, il y a plus d’une conception du naturalisme. Ce qui autorise la diversité des acceptions, c’est l'attitude que l'on observe vis-à-vis de la Nature. Il y a des naturalistes qui n'ont jamais que pesé, mesuré et compté ; d’autres qui n’ont jamais que rêvé ; d’autres qui n'ont jamais qu’imité : d’autres qui n'ont ni mesuré, ni rêvé, ni reproduit, mais pensé.

Maïs, quoi qu'il en soit, on ne voit pas au nom de quoi il serait interdit aux penseurs de cumuler l’observation des réalités, ou,

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