REMARQUES GÉNÉRALES SUR L'ŒUVRE
comme l'on dit aujourd’hui, l'étude des sciences physiques et natruelles, avec la méditation philosophique des causes ou des fins dont ces réalités témoignent. Et il est plus critiquable encore de donner à croire que ces deux emplois peuvent n’en faire qu’un seul. Les savants ont le droit d’être métaphysiciens, mais leur compétence scientifique ne les dispense pas d’une longue initiation au seuil de la métaphysique. Les métaphysiciens ont le devoir d'étudier les sciences, mais leur retour au pays des faits ne leur donne pas le droit d'oublier la frontière qu’ils ont franchie entre le réel et le vrai.
Or, c'est précisément ce qu'a fait Michelet. Son naturalisme a voulu être à la fois scientifique et métaphysique sans changer de méthode ni même d'objet.
Sans changer de méthode d’abord : moraliste et métaphysicien, il avait à cœur de démontrer que la loi morale existe, et - c'était son droit, sinon son devoir. Mais, s’il voulait le démontrer par l'examen de la Nature, il fallait ou y renoncer ou explorer la Nature telle qu’elle est, en savant désintéressé qui n’impose pas de conclusions aux prémisses.
Sans changer d’objet non plus : historien, professeur, sociologue, éducateur, il avait pris à tâche de démontrer que la civilisation la meilleure est celle qui s'inspire le mieux de la Nature. Or, s’il ne démontrait pas préalablement que les actions des hommes et les progrès des sociétés sont quelque chose de fatal et de constant comme la Nature, l'hypothèse d’une civilisation naturelle n’était qu’une métaphore ; elle ne devenait une réalité que par la confusion conventionnelle du triple objet des sciences naturelles, sociales, et religieuses, ou, en d’autres termes, par l'identification de l’homme, de la Nature et de Dieu.
Voilà par où l’œuvre de Michelet fut démesurée et désespérée; qu'on la considère au regard de la psychologie, de l’histoire, ou de la métaphysique, cette œuvre devait nuire à ses intentions même.
Les psychologues peuvent, croyons-nous, admettre avec nous que Michelet fut avant tout un apôtre. Sa complexion était celle d’un prêcheur. « Il fut un de ces rares laïcs auxquels il ait été donné de catéchiser sans ridicule », a écrit le professeur Lanson dans le magistral traité que nous FAN au début de ce travail. Cette conclusion ne saurait être exactement la nôtre après ce que nous avons écrit. Mais que Michelet ait voulu « catéchiser », voilà ce que nous sommes certain de retenir, et ce que nous croyons avoir montré. Cependant un apôtre a un premier élé-