QUATRIÈME PARTIE. — CONCLUSION
ment de trouble dans sès doctrines quand il ne sait ce qu'il prêche, ni pourquoi il prêche. Or, Michelet, il est vrai, semble prêcher pour son temps, pour sa patrie; mais nous avons vu que sa patrie déborde les dernières limites de 1” humanité. Quant à son dieu, il est tellement sensible et naturel, qu’il l’appelle aussi bien Satan. Cette prédication ne brûle pas ce qu’elle adora, mais ce qu’elle adore, et l’on ne sait quel est son credo.
En second lieu, Michelet est artiste. L'histoire des influences qu’il a subies où élaborées nous l’a montré surabondamment. La science des savants, filtrée dans ses doctrines, n’est devenue qu'amour ; et cet amour fut chanté comme une foi plutôt que prouvé comtne une conclusion. Mais l’art a des limites, qui ne lui permettent pas d’ annuler, de défigurer, ni de contredire la: science. Et nous avons vu que ces limites ont été franchies.
Enfin, si l’on observe l’œuvre au point de vue de son contenu, l’on y découvre l’ébauche où tout au moins les éléments d'un système du monde. Et le grand mot de métaphysique convient à cette tâche considérée comme tendance, sinon comme réussite. Or, la métaphysique a des principes, et le principe de contradic-: tion est le premier de ceux qu’elle s’interdit de violer, maïs les contradictions pullulent dans l’œuvre de notre apôtre. Comment n’ÿ aurait-il pas disproportion entre les intentions et les résultats de son œuvre ? Comment n’y aurait-il pas échec ?
Cependant les intentions restent manifestes et c’est elles que nous avons voulu mettre au jour. Cet apôtre pour qui la surnature est anti-nature, est un artiste pour qui la Nature est la seule religion. C’est ainsi que l'œuvre de Michelet se couronne d’un essai de mysticisme naturaliste. Au premier étage de la Nature, dans 1” «animalisable » et dans l’animal, un panthéisme évident rend compte de la perfection de l’universel amour et prêche l’art et la vertu d’après les seules inspirations de son souffle. Plus haut qüe l’animal, dans les sociétés humaines, le même panthéisme prétend suffire à diriger spontanément vers la perfection l'essor des êtres libres. Mais ce double naturalisme, non content d’être scientifique et social, se flatte encore d’être mystique, et d'aboutir à l'instauration d’un culte religieux. Après l'intelligence, le cœur et la volonté s’abîment dans la communion du grand Tout. La religion de Michelet est encore un naturalisme, comme sa cosmologie, sa sociologie et son histoire.
| Jugeant que ses contemporains s’éloignaient de l’Église, il voulut leur prêcher une foi naturelle, éloquente pour leurs sens,