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d’ailleurs historique, des faits antédiluviens ; en 1838, les faits l'absorbent davantage : il sent maintenant ces âges du monde, il les vit, il évolue dans leur durée. En 1841, c’est mieux encore : il se plonge alors, suivant l'expression de M. Monod, de luimême dans l’histoire naturelle. I1 conçoit définitivement La Mer (cf. Monod, JM., p. 113-119, commentant une confidence du Journal : « Au milieu de cette mort lente (de Mme du Mesnil...) je m'obstinais à chercher de nouvelles causes de vivre. Je fouillais la source de toute vie, la Nature. Je lus dans une Encyclopédie les articles Animal, Cétacé : le dernier surtout me toucha fort. Il y a un poème à faire sur ces pauvres créatures ». De ce jour, le chapitre sur l’hyménée des baleines était conçu. Toutes ces velléités suffisent à montrer qu’une contingence était inutile pour faire aimer l’histoire naturelle à Michelet. Mais d'autre part ce goût n'était pas impérieux au point d’être suivi d'effet. L'effet qui se produit entre 1854 et 1868 exige donc, pour être expliqué, plus que cette inclination sans doute, mais autre chose que cette contingence.
Dès 1843, Michelet prend parfois plaisir à considérer un même objet, tantôt sous sa face historique, tantôt dans son décor naturel (p. ex. les Rogations, PFEF., p. 226) ; mais bientôt il a soin de représenter l'Histoire comme un moyen de culture et accidentellement de régénération : de ce point de vue, la nature le sollicite comme une ressource équivalente. Si l'Histoire est faite pour « régénérer », la Nature y excelle mieux encore : elle fournit un alibi au monde humain (O., p. vi). Sans doute « l'histoire ne lâche pas son homme (O., p. vi) », mais elle ne l'accompagne plus qu’à la façon d'un boulet, et non d’un aile. Elle est un objet pénible à son regard, et l’étreinte de l'humanité ne contente plus sa tendresse. « L'homme ! nous le rencontrions suffisamment ailleurs ! Ici... nous voulions un alib1 au monde humain, la profonde solitude et le désert des anciens jours (O,. p. vin) ». ou encore : « L'histoire et les récits du mouvant drame humain effleuraient mon esprit. Rien n'y influait fortement que l’immuable, Dieu et la nature. Klle est immuable et mobile, c’est son charme éternel... ce mouvement harmonique porte en soi un repos profond ». Repos, charme, mais aussi devoir: « J/homme ne sera vraiment homme que lorsqu'il travaillera sérieusement à la chose que la terre attend de lui ». (O., p. xxx). C’est vague encore, mais treize ans plus tard : « Et maintenant, comme en voyage derrière l’Alpe, on voit se dresser encore une
Alpe supérieure, je vois au delà de mon livre un autre qui commence : « Régénération de l'Espèce humaine. Par une heureuse alternance entre l'Histoire et la Nature, j'ai pu garder ma hauteur. Si javais suivi l’homme seul. j'aurai faibli de tristesse … lorsque, dans l'étude humaine, l’haleine allait me manquer, je touchais ferra mater et reprenais mon essor. » À moins d'invoquer, dans l’œuvre de Michelet, des textes qui font allusion au même symbole (SChE., p. 413), il est difficile de mieux indiquer le double dessein que Michelet s’est proposé dans l’étude de la nature : déborder l'humanité, la déserter, la fuir, pour lui revenir plus fidèle ; se régénérer loin d’elle pour la régénérer ensuite (Mo., p.114 et 365). Aussi, parvenu à l’âge où la nature lui sert de «texte », de «texte vivant des sciences » (Mo., p. 361), Michelet se trouve pareil à sa jeunesse, il se cite à trente-cinq ans de distance, et ne se trouve pas changé. L'œuvre se clôt avec la méthode qui l'avait commencée (Mo., p. 94: « J'écrivais dans l'Histoire de France, avant 1833... »).
Et si l’on regrettait que ces textes ne se rencontrent pas, pour être plus démonstratifs, dans l’œuvre historique du philosophe, nous exhiberions cette page trop peu remarquée de l’'HF (XVII, 8) : « Reviens à moi, pauvre homme. Reviens, infortuné ! dit la nature ; et elle ouvre les bras. Elle le dit par toutes les voix des sciences. Elle le dit par la médecine. Elle le dit par l’histoire naturelle, qui déjà semble ouvrir la voie à Geoffroy Saint-Hilaire. Elle le dit plus haut encore, dans le droit et dans l’histoire, par Montesquieu, Voltaire, Vico. » Vers la même époque, une page du Banquet (p. 293) exprime à peu près la même idée ; et une lettre écrite à M1 Mialaret dans la nuit du 31 décembre 1848 au 1° janvier 1849 montre bien, à la fois, l'ancienneté des idées de Michelet, leur spontanéité, leur originalité. I1 compare la Révolution de 1848 aux révolutions du globe, et propose à sa fiancée, comme modèle de régénération, la terre bouleversée par les catastrophes préhistoriques.
$ 2. Ainsi, que Michelet, toute sa vie, ait eu l'ambition, le désir, et comme la nostalgie des sciences naturelles, c’est une chose qui nous paraît démontrée.; On peut même trouver en germe
chez lui, bien avant sa rencontre avec Mile Mialaret, les ouvrages
qu'il a consacrés à ces sciences.
Telle page de l’'HF. (VIII, 253) nous montre, par exemple, le futur auteur de La Mer et de La Montagne puisant à ces mêmes
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