‹ Michiel van Mierevelt et son gendreChapitre 11 sur 53 · LE COMTE ERNEST DE M A N S K E I. D · texte numérisé non relu

LE COMTE ERNEST DE M A N S K E I. D

(IViiit par Michicl V;in Micrcvdt ctj;ravopir \V . I. ndll, )

nOM^ANDK.

PEINTRES ET GRAVKUHS.

MICHIKI. Vy\N MIKHKVKI.T I l' bOS GKNDUK

LES ARTISTES CELEBRES

pour sa compagne ce que cette inscription avait à la fois de trop laconique et de trop prolétaire.

Ce petit Van Mierevelt, ce minuscule Van derPees, subrepticement introduits sur ce livre de mariage, sont gros de révélations. On y sent la petitesse de la condition présente et l’ambition déjà venue. Ce sont là les débuts dans la carrière, le point de départ. Quarante ans plus tard il n’en sera plus ainsi et quand notre peintre, après avoir perdu cette Christine Van der Pees, sa fîdèle compagne des premiers jours, cette amie qui l’aida à poser les bases de sa fortune, se décide à faire avec la riche Madame Van Beest un mariage de raison, richesse et réputation sont venues entre temps, du premier coup on lui donne nom, particule et surnom CT le scribe ajoute même respectueusement le titre Ac. meester' .

Cette dénomination de Maître, si recherchée en Hollande et généralement réservée à ceux qui, ayant pris leurs grades à l’Université, étaient devenus aptes à remplir de hautes fonctions, lui était désormais acquise. Huygens, ambassadeur et secrétaire des princes de Nassau, la lui donnait, et M. Hooit lui écrivait : « A Monsieur (sic) Van Mierevelt-. » Luimême tranchant du seigneur avait adopté des armoiries^. A ce moment de sa vie, l’heureux peintre était arrivé au point culminant qu’il ambitionnait. Comme fortune et comme honneurs, il n’avait plus rien à souhaiter.

Le duc de Nieubourg, le roi de Suède et le roi d’Angleterre l’avaient gratifié de médailles d’or et de chaînes qu’il pouvait étaler sur son pourpoint. Ce dernier, le roi d’Angleterre, avait meme témoigné le désir de l’avoir auprès de lui ; désir fort naturel et qui s’explique par les portraits

Tron'boek n» 109 : « Michel Jan^ scilder, jonckgcselle, ivonen aan het marcktwelt Stijntge Pieters, jongedocliter woneii aan de Pontenmarct », c’est-à-dire : Michiel ■lansz, peintre, garçon, demeurant sur le marche, et Stijntge Pieters, jeune tille, demeurant sur le Pontenmarct.

1. On lit en effet sur ce livre : « Den t) January i(j33, Meester Michel Van Myerevelt wedmvenaer aen onde Delft — -Anna Hitijsens, wedmve Wylen Cornelis Van Beest, aen de Binnemvalerloots », c’est-à-dire : « Du 9 janvier i633, Maitre Michiel Van Myerevelt, veuf, sur l'Oude Delft et Anna Huijsens, veuve de leu Cornelis Van Beest sur le Binnenwatersloots »

2. Voir Brieven Van P. C. Ilooft, Amsterdam, lySS, in-folio, n° 187.

3. Ces armoiries étaient coupées au premier d’argent à trois pals de gueule, avec trois étoiles de sable sur le dernier champ; au second d’or, avec un fer de moulin d’azur, entoures par trois grelots de même placés par deux et un. Ces armoiries, assez peu héraldiques, ont été relevées par M. Kramm, sur un portrait de Pieter Van Mierevelt. (Voir Levens en Werken, déjà cité.)

F R É D É R I C - H K N R I , PRINCE D O R A N G i: ,

S T A T H O U D IC R DES P R ( ) V l N C IC S UNI K S .

(Peint par Michiel Van Mierevelt et ftravé par \V. J. l'elll,

LES ARTISTES CELEBRES

d’un certain nombre de hauts personnages anglais : le comte de Southampton, sir Ralph Winwood, le comte de Warwick, le duc de Buckingham, etc., qui, dans leurs voyages en Hollande, n’avaient pas manqué de venir poser devant le peintre à la mode, et de retour en Angleterre avaient vanté hautement son habileté et son talent B Mais Mierevelt résista à cette proposition tentante; la peste qui régnait à Londres, nous dit Bleyswijck, fut la raison déterminante qui motiva son refus.' Peut-être cut-il encore d'autres motifs. Le consciencieux historien de la ville de Délit raconte également que l’archiduc Albert l’invita avec beaucoup d’insistance à se rendre à Bruxelles, lui promettant toute sûreté pour cause de religion ; mais quoique Van Mander se soit fait le premier éditeur de cette autre invitation, que tous les biographes ont mentionnée avec complaisance, nous avons quelque peine à y croire.

Il ne faut guère savoir, en effet, ce qu’étaient les haines religieuses de ce temps pour penser que le vaincu d’Ostende et de Nieuportqui traitait hautement les calvinistes « d’héréticques et infidèles subjects à leur Dieu et à leur Roy », qui les poursuivait dans toutes les villes de son gouvernement, procédait contre eux et leur faisait appliquer des peines effroyables, eût souffert à sa cour un mennonite, c’est-à-dire la pire sorte d’hérétiques qui existât à ses yeux.

En vain M. Henry Hymans, dans les savants commentaires dont il a complété sa traduction du Livre des Peintres'^ , prétend-il que. pour les artistes, l’obstacle opposé par la religion n’était pas insurmontable. En vain cite-t-il l’exemple du graveu'' de Ghien, appelé à Anvers par les Jésuites, bien qu’il se fût converti au protestantisme. Nous ne devons pas oublier que Mierevelt était anabaptiste, c’est-à-dire qu’il appartenait à une secte suspecte aux calvinistes eux-mêmes et que depuis le soulèvement de Munster les catholiques avaient en horreur.

Enfin, pourquoi appeler Mierevelt à Bruxelles, lorsque la cour de l’archiduc ne manquait ni de portraitistes ni de peintres de talent r On y avait eu Antonio Moro, Pierre Fourbus et François Potirbus l’aîné. On avait laissé François Fourbus le jeune passer en France et s’engager au service de Marie de Médicis. Adam Van Noort et Octavio Van Veen,

1. Fiorillo, dans sa Geschichte der Malereij in Grossbritannien (p. 335 en note), raconte, d’après Walpole et d’après une lettre de Sir Edward Conway, les instances qui furent faites pour attirer Mierevelt à la cour de Chai les I".

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