IIOI.LANDE — PEINTRES ET GRAVEURS
■MICIIIEI. VAN MlàREVEl.T ET SON GENDRE. — 4
LES ARTISTES CÉLÉBRÉS
Nous avons dit que le talent de notre artiste, talent clair, précis, sage, sobre, mesuré, vertueux dans le sens moderne du mot, c’est-à-dire fait de qualités secondaires, avait été vivement apprécié par les peintres ses contemporains. Dès 1614,011 effet, Willem Jacobsz avait été appelé à traduire le Portrait du Conseiller Johannès Buijesius, peint par J. Van Ravensteyn qui devait, plus tard, lui demander de graver d’après lui l’image du célèbre Hogerbeets, jurisconsulte et ambassadeur en Suède. En 1618, l’année même de son mariage, il avait achevé ses deux Portraits de Maurice prince d' Orange et de Frédéric-Henri, d’après les tableaux de A. Van de Venue. L’année suivante, il gravait, d’après P. Moreelse, le Portrait d' Uitenbogaert , le fidèle partisan, l’ami de Barneveldt. En i63o, il devait exécuter, d’après D. Mytens, les admirables Portraits de Charles roi d’Angleterre, et de la reine Henriette-Marie, son épouse. Il fut encore l’interprète de peintres nombreux, de D. Bailly notamment, du vieux Cornelis de Visscher, de Merman et même de Van Dyck ; mais jamais il ne déploya plus de maîtrise, jamais ses qualités ne se manifestèrent avec plus d’éclat que lorsqu’il traduisit les remarquables portraits de son beau-père.
Sous l’influence directe de ce maître qu’il aime, qu’il vénère, dont il admire le talent et la conduite, et qui lui tient par tant de liens étroits et précieux, sa manière s’élargit, prend de l’ampleur, revêt même une certaine majesté, tout en conservant cette belle clarté, cette propreté tl’exécLition, cette lecture facile, qui est leur note distinctive à tous deux, et qui ne pouvait manquer d’être extrêmement goûtée par leur aristocratique clientèle. Jamais deux individualités ne furent, du reste, en état de se mieux comprendre et de s’estimer davantage; car elles se complétaient admirablement. Mierevelt, qui inspire Delfl, qui le façonne à ses idées, qui le domine et l’entraine à sa suite, ne pouvait souhaiter d’avoir un interprète plus resoecttieux et plus fidèle.
Cette interprétation, toutefois, n’est pas obtenue aussi facilement qu’on pourrait le supposer. L’exécution de Willem Delff, beaucoup plus compliquée qu’elle ne paraît tout d’abord, affecte une simplicité qu’elle est loin d’avoir. En regardant attentivement ses belles planches, surtout en les étudiant, en les considérant à la loupe, on démêle une série, une succession de travaux superposés, que le premier coup d’œil ne laisse pas soupçonner. On remarque que le graveur est revenu patiemment par des retouches habiles, sur ses tailles majestueuses qui semblent obtenues du
abraham van I) I: R MKKR ( h O M M F, I) KTAT I'. T R O IC T K ) . (Peint par Micliiel Van Mierevclt et |;ravé par \V J. Delli, 1D26.)
LES ARTISTES CELEBRES
premier coup de burin. A l’aide de surcoupes, il atténue la dureté de certains traits. 11 insinue, en outre, dans ses hachures des pointillés discrets qui en varient les eticts. Grâce à ces travaux successifs, il arrive à conduire ses ombres et ses lumières avec une souplesse rare et, même dans les parties qui semblent nues, à adoucir la transition du noir au blanc. C'est surtout dans les reproductions des oeuvres de Mierevelt qu’apparaît cette recherche de facture. Détail curieux, celles de ses estampes qui ront gravées d’après d’autres maîtres sont sensiblement inférieures, comme sûreté de main et comme effet, aux gravures qu’il exécute sous les yeux et d’après les indications de son beau-père. On ne peut nier que dès 1621 il ne soit en pleine possession de tous ses moyens. La belle estampe qu’il grave en cette année d’après le tableau de Van de Venne, représentant la famille d’Orange ' et qui ne compte pas moins de vingt et une hgures en pied qui sont autant de portraits, peut être comprise parmi les œuvres dont la gravure hollandaise s’honore. Et pourtant cette belle estampe manque de couleur. La facture en est relative ment maigre et presque sèche et, malgré son habileté et la souplesse de son burin, l’artiste reste, comme couleur, très au-dessous de ce qu’il apparaît dans certaines de ses autres œuvres moins importantes à tous égards.
Dix ans plus tard, sa réputation a franchi la mer. 11 s’est fait connaître en Angleterre. On lui demande un portrait de la reine Elisabeth d’après le tableau d’Hendrick Hondius. Eh bien ! à étudier de près cette belle planche, on sent dans son modelé quelque chose d’incertain, un manque d'assurance, d’aplomb, de volonté, qui se retrouvent quoique moins accentués dans le beau portrait d’Henriette d’Angleterre d’après Mytens, mais qu’on chercherait vainement dans celui de la reine de Bohême qui date pourtant de 1623.
On a reproché d’une façon générale aux œuvres de Willem Jacobsz Delff d’être un peu froides et monotones, de présenter une lumière trop égale et uniformément centralisée. Ce reproche, qu’il serait injuste d’étendre à tous ses ouvrages, peut être mérité par quelques-unes de ses estampes. Reconnaître que notre graveur a déployé parfois un talent de premier ordre, ce n’est pas prétendre que ses œuvres soient toujours de même valeur.
I. Cette belle planche est connue sous le norri de Nassovii proccres, mots qui coniinencent une inscription de sept lignes entérinée dans un cartouche au bas de la gravure.