‹ Michiel van Mierevelt et son gendreChapitre 2 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance cie Miercvelt. — Sa famille. — Ses mailres.

Michiel Jansz Van Mierevelt naquit à Delft le i®'' mai iSôj'jdans une famille d’artistes. Son père était orfevre et graveur, habile orfèvre même, s’il faut en croire Carel van Mander-; son grand-père, peintre verrier. Tous deux appartenaient, en outre, à la secte des doopge\indc)i (anabaptistes), peu en faveur même auprès des protestants. C’est dans cette confession que le jeune Michiel fut élevé. 11 ne reçut le baptême qu’après sa quinzième année révolue.

Jean, son père, demeurait à Delft sur la place du Marché, c’est-à-dire au cœur même de la ville. Grâce aux livres des Impositions conservés aux Archives de Delft, il nous a été possible de retrouver sa maison. Elle était la troisième sur le côté sud de la place, celle qui fait vis-à-vis, par conséquent, à la façade méridionale de l’hôtel de ville actuel. Elle a été complètement reconstruite et l’enseigne de l’orfèvre-graveur a été remplacée par celle d’un apothicaire, le « vieux bayeur — Oiiden gaper ■* » . Seules ses dimensions ont dû rester exactement les mêmes, à cause du prix des terrains qui, en cette partie de la ville, a de tout temps été plus élevé que partout ailleurs.

I. Gard Van Mander, dans son Schilder-boek, publié en i(jo4, indique l’année 1 568. Mais cette date se trouve rectifiée dans une édition postérieure, et celle que nous adoptons a été également acceptée par Bleyswijck dans sa Description de Delft (Beschryvinge der Stadt Delft), publiée en 1667.

3. Carel Van Mander dit de lui ; « Sijn Vader is een corestigh silversmit », mot à mot un orfèvre d’art.

3. On donne en Hollande le nom dégager à ces figures singulières, qui ouvrent la bouche et tirent la langue, que les pharmaciens et les droguistes placent au-dessus de leurs magasins. Cette enseigne Oiiden gaper semble donc indiquer que la maison du marché fut, après la mort de l’orfèvre Jan Michielsz, occupée par un apothicaire.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

Somme toute, ce n’était pas un logis somptueux. Cette demeure d’artiste ne comportait que trois fenêtres de façade ; mais le quartier était excellent pour un commerce de luxe. C’était, et c’est encore, l’endroit le plus passant, le plus fréquenté de tout Delft. La possession d’un pareil immeuble indique un certain bien-être, une médiocrité quelque peu dorée.

C’est là que notre peintre vit le jour et qu’il fut élevé. « On m’a dit, écrit Carel Van Mander, que Michiel fut de tout temps aimable et intelligent, et que, mis de bonne heure à l’école, il s’y distingua par son application, à telles enseignes que, dès l’âge de huit ans, il écrivait mieux qu’aucun calligraphe de la ville L »

Ce détail est à la fois amusant et tvpique. Etant donnée l’époque, il a son prix. Il faut bien nous garder de voir, en effet, dans cette constatation du biographe éminent des maîtres hollandais et flamands, une critique plus ou moins voilée. Quoique cette prétention à la calligraphie puisse paraître quelque peu singulière chez un peintre, elle est, sous la plume de notre écrivain, un éloge et un éloge peu commun. N’oublions pas qu’à ce moment l’écriture était considérée comme un art véritable et que les calligraphes de profession étaient sur un pied d’égalité absolue avec les peintres. Cinquante ans plus tard, Coppenol marchera encore de pair avec Van der Helst et Rembrandt, et, dans la plénitude de son talent, Michiel Van Mierevelt tracera, d’un pinceau respectueux, le portrait de Félix Van Sambix, d'Anvers, et l’image de Maria Sirick, tous deux calligraphes célèbres.

Toutefois, en ce qui regarde notre peintre, la louange de Van Mander nous paraît un peu outrée. Certes son écriture était lisible et claire, mais elle n’approchait pas de ces fioritures ronflantes des maîtres écrivains de ce temps et ses signatures n’ont rien à démêler avec les majestueux paraphes dont certains peintres, les Guillaume Van Aelst, et plus tard les Jan Van Huysum et les Mieris embelliront leurs tableaux.

M-MiEREVELD

La signature ci-dessus, copiée sur le portrait du prince Maurice de Nassau, aussi bien que la suivante, qui provient du portrait du prince

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