‹ Michiel van Mierevelt et son gendreChapitre 4 sur 53 · I. Schilder-boek, p. 242 b · texte numérisé non relu

I. Schilder-boek, p. 242 b

LES ARTISTES CÉLÈBRES

Si, chez Frans Floris, il prit le goût des compositions légèrement emphatiques, alors si fort à la mode, et s’il y contracta l’habitude à se complaire un peu trop dans cet étalage des beaux muscles et dans cette culture des raccourcis que l’on confondait avec « le style », Blocklandt, du moins, à cette école savante, apprit son métier jusque dans ses plus délicates pratiques. Au temps extrême de sa vie, si nous en croyons ses contemporains, il dessinait encore à la plume et sur toile toutes ses compositions, avec un soin, une exactitude, une précision rares. Aucun détail n’était négligé par lui. « Il déployait une étonnante habileté dans l’exécution des cheveux et excellait dans le rendu de la barbe » On remarquera que ces mêmes qualités distinguèrent par la suite les œuvres de Mierevelt.

L’influence du maître sur l’élève se fit encore sentir d’une autre façon. Blocklandt n’oublia jamais qu'il appartenait à une famille ancienne et noble. Au lieu de s’abandonner, comme tant d’autres artistes, à un certain laisser-aller, il demeura toujours grave dans son extérieur, irréprochable en sa tenue, affable mais distingué et même imposant en ses manières. Le gouvernement de sa maison était réglé avec une étiquette qu’un patricien n’eût pas désavouée, et, détail caractéristique, il ne sortait jamais sans être suivi par un domestique.

Cette préoccupation constante de sa dignité extérieure dut frapper beaucoup le jeune Michiel et ne fut pas sans influence sur la correction de sa tenue et sur l’excellence de ses façons, qualités assez rares alors dans le monde des arts et qui, plus tard, ne laissèrent pas que de lui être d’un grand secours dans ses relations avec les hauts personnages de son temps. L’atelier de Blocklandt n’était, en outre, fréquenté que par des jeunes gens particulièrement distingués. C’est chez lui que les flls des gentilshommes et des riches bourgeois du pays venaient apprendre un

I. Ces renseignements nous sont d'autant plus précieux que presque toutes les œuvres de Blocklandt ont disparu même de son vivant. Catholique de religion et amoureux des vastes compositions qui lui permettaient de de'ployer son savoir, Blocklandt avait peint un grand nombre de tableaux de sainteté', de triptyques et de dessus d'autel qui furent impitoyablement détruits par les réformés iconoclastes. On peut juger, toutefois, de son talent très réel par une Nativité conservée au Musée de Berlin, par la Métamorphose d'Actéon du Musée de Vienne, par la Décollation de saint Jacques du Musée de Gouda, par le Couronnement de la Vierge du Musée archiépiscopal d'Utrecht, par quelques autres encore, et par les gravures que Galle, Goltzius, etc., ont exécutées d’après ces tableaux.

art qu’ils ne devaient exercer qu’en amateurs. A tous les points de vue sa maison était une école de bonnes manières.

Enfin, Blocklandt avait voyagé. 11 avait parcouru l’Allemagne. En i5/2, avec un de ses amis, orfèvre à Delft, et confrère, par conséquent, du père de notre artiste, il avait visité l’Italie. Ces longs voyages, joints à une instruction solide, donnaient à sa conversation un tour particulièrement instructif. Aussi, quand il mourut, à quarante-neuf ans, fut-il regretté de tous ceux qui l’avaient connu et principalement de ses élèves.

Delft en 1584. — Mierevelt portraitiste.

Après avoir rendu un dernier hommage à ce maître vénéré en le peignant sur son lit de mort, notre jeune Michiel emballa pieusement les études qu’il avait faites dans son atelier, les copies qu’il avait exécutées sous ses yeux, et retourna chez son père.

Sa rentrée au logis paternel s’effectua au commencement de iSSq, l’année meme oü Guillaume le Taciturne allait être assassiné. Delft à cette époque n’était pas la. ville calme, recueillie, presque déserte que nous voyons aujourd’hui. Déjà « belle et grande cité de tous costéz bien bastie, ayant ses rites larges et plaisantes ' », elle était la résidence du chef respecté du gouvernement et de la haute société, partant extrêmement animée, très visitée par les étrangers et quelque peu bruyante.

Le Stathouder l’ayant choisie pour y établir sa demeure, « tout un monde riche, élégant, dépensier, s’était installé dans la ville. Les ambassadeurs s’y montraient en somptueux équipages. Les magistrats venus de toutes les provinces, les officiers accourus de tous les pays, menaient un train proportionne à leur rang; l’étiquette en ce temps régnait en maîtresse et ne tolérait pas qu’on l’oubliât. Pour loger dignement tout ce monde, il avait fallu embellir les maisons, les meubler avec luxe, les décorer avec goût, orner leurs fenêtres de vitraux, couvrir les boiseries de sculptures et les murailles de tapisseries. Et, de la sorte, en moins de douze années on avait vu se développer tout un faisceau d’industries précieuses, artistiques au premier chef, ignorées jusque-là et qui convenaient si bien à l’intelligente et habile population de Delft, qu’elles survécurent aux causes politiques qui leur avaient donné le jour-. »

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