‹ Michiel van Mierevelt et son gendreChapitre 5 sur 53 · Histoire de la Faïence de Delft, p. 18 et suiv · texte numérisé non relu

Histoire de la Faïence de Delft, p. 18 et suiv

LE GRAND PENSIONNAIRE J . VAN O L I) I'. N B A R N E V I. L D . (Peint par Micliiel Van Mierevelt et ftravé par W. .1. Delll, iiii;.)

LES ARTISTES CELEBRES

Trente-six ans plus tard, quand il s’agira de pourvoir à l’éducation du jeune Guillaume II, le chevalier Dudley Carleton écrira encore:

« La Haye est ouverte sans portes ni murailles On a à Delft le

meilleur air de la Hollande. Le peuple y est sage, affectionné, fidèle

D’ailleurs cette ville est si près de La Haye que le jeune prince y serait toujours sous les yeux des Etats L »

Cette situation à une heure de La Haye, et cet avantage d’être fortifiée, avantage inappréciable à une époque où la campagne était peu sûre et où l’on se trouvait à la merci d'un coup de main, expliquent pourquoi la haute société demeura si longtemps fidèle à cette petite et jolie ville, et comment Mierevelt trouva, dans sa très longue carrière, le moyen d’y portraire tout ce que les Provinces Unies possédaient de grand, d’illustre et même de riche et de distingué.

Lorsque le jeune Michiel revint prendre domicile dans la petite maison du Marché, rien, toutefois, ne faisait soupçonner la voie dans laquelle il allait s’engager. Il excellait à peindre la « nature morte»; les vases d’argent et d’or, et, dans une note plus modeste, les brocs de cuivre poli et les chaudrons luisants, juste et légitime orgueil des ménagères hollandaises, captivaient son attention et occupaient son pinceau. Son père, toutefois, n’entendait pas de cette oreille. Il avait dépensé de grosses sommes pour l’envoyer à l’école de Blocklandt apprendre le grand art des compositions pompeuses, aussi se flattait-il de le voir devenir, un jour, un éminent peintre d’histoire. La destinée en décida autrement. « Il était certainement en état de porter l’art à sa plus haute perfection, écrit Rleyswijck ^ ; mais les gens de notre nation commençaient à perdre le goût des tableaux d’histoire et des compositions grandioses. Par contre, les portraits étaient recherchés avec passion. » C’est là ce qui fixa sa vocation. N’ayant peut-être pas l’envergure nécessaire pour remonter le courant, il préféra suivre la vogue, et cette prudente conduite lui réussit au delà de ce qu’il pouvait espérer.

A toute cette foule élégante et raffinée que nous venons de voir s’agiter dans les rues de Delft et sur cette place du Marché, forum de la ville, il fallait un portraitiste attitré. Mierevelt comprit de suite quel parti on pouvait tirer de cette spécialité, et s’adonna à ce genre de production avec

1. Lettres, mémoires et négociations du chevalier Carleton, La Haye, lySg, t. 111, p. 38y.

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