Beschrijvinge der Stadt Delft, 1667, loc. ait
MlClilEL VAN MIEREVELT ET SON GENDRE 17
une applicatio.n, une ardeur inconnues avant lui et qui ne se démentirent pas un seul jour.
Tout d’abord, il dut se trouver quelque peu désarmé. Blocklandt dédaignait le portrait comme un genre inférieur. 11 n’avait pu, par con-
(t'eiiit par lui-méme, 1021. (?).
séquent, s’imprégner chez lui des formules qui constituent aux yeux du beau monde le portraitiste parfait. Cette note exacte qui devait faire sa fortune, il l’emprunta, semble-t-il, au vieux Pierre Pourbus, natif de Gouda et qui, avant d’aller s’établir à Bruges, séjourna quelque temps à Delft. Du moins, deux esquisses de ce maître que, jusqu’à sa mort, Miercvelt conserva pieusement dans son atelier sembleraient liiuliquei. 1-t à défaut de ces esquisses on pourrait encore l’inlérer de ce que biançois
HOLLANDE. — PEINTRES ET GRAVEURS. MICIIIEL VAN MIEREVELT ET SON GENDRE. — 2
LES ARTISTES CELEBRES
Fourbus, élève préféré de Frans Floris, fut le camarade et l’ami de Blocklandt, qui ressentait pour lui et le vieux Pierre une estime voisine de kl vénération.
11 y a, en effet, plus d’un trait commun entre les œuvres de ces deux grands portraitistes La gravité des personnages, la simplicité de la pose, la sévérité de la tenue, jointes à une précision, à une netteté particulièrement remarquables, les font de la même famille. L’un et l’autre semblent s’être pénétrés de cette parole d’un de leurs illustres contemporains : « Les gens d’Estat conseillent aux princes de dissimuler leurs imperfections et monstrer leurs bonnes parties, imitans le bon architecte, qui loge (comme ils disent) ses plus beaux matériaux au frontispice de son bastiment. » Virgile n’avaii-il pas dit, lui aussi :
Gratior est piilchro veniens in corpore virtus.
Le talent de Pierre Pourbùs avait plu aux grands seigneurs des Flandres. Le talent de Michiel Van Mierevelt plut également aux nobles personnages qui gouvernaient les Provinces-Unies. Il possédait, avec une couleur chaude et robuste, cette correction, cette clarté, cette élégance cossue, celte noblesse réservée, un peu froide, qui conviennent si bien au public officiel dont il s’était fait l’interprète. En même temps, sa facture propre et serrée, dépourvue de ces empâtements exagérés qui, s’ils charment l’œil des artistes, sentent toujours l’emportement et la violence, répondait à l’idéal de cette société polie, que devait en outre charmer son extrême conscience, incapable de négliger le point d’une dentelle, de passer sous silence l’émail d’un bouton.
Les collerettes de ses personnages principaux permettraient à elles seules de tracer une histoire abrégée des points de Venise et de Gênes. Celles du prince Frédéric-Henri, de Philippe de Nassau, du chancelier Oxenstiern, d’Ernest de Mansfeld, surtout celle de Sophie de Brunswick sont d’un faire incomparable, et il faut s’étonner que nos Arts décoratifs, en quête de copies, n’aient point encore utilisé ces précieux documents.
Sous ce rapport, les écharpes brodées, quoique moins nombreuses, ne sont pas moins dignes d’attention. On sait le rôle qu’elles jouaient alors dans les cours et dans les batailles, servant, en ce temps où l’uniiorme n’existait pas, à désigner les princes et à faire connaître leurs partisans. L’écharpe de Gustave-Adolphe, avec sa broderie emboutie de couronnes, de sceptres et de glaives, nous raconte aussi clairement les rêves anibi-
M i C H I E L VAN M I E R E V E L T El' SON GENDRE i q
lieux de ce héros de la Guerre de Trente ans, que les monogrammes ornant celle de Gaspard de Coligny (écharpe qui lui sauva la vie au siege d’Arras) nous révèlent qu’il était, suivant le mot de Tallemant : « débauché et d’amoureuse manière' ».
WILLEM van DEN H0\'E.
(Peint par Michiel Van Mierevelt et gravé par \V. J. Deirt', 1619,)
Pour les bijoux, c’est encore bien mieux. L’admirable broche en brillants d’Amélie de Solms atteste la folle passion qui poussa P’rédéric- Henri à faire un mariage disproportionné et quelque peu ridicule. Le collier soutenant un Saint Georges en gros brillants que le roi dépossédé de Bohême porte sur sa poitrine, la gigantesque agrafe et le collier de brillants d’Elisabeth d’Atigleterre, sa femme; les perles de ses oreilles, I. Historiettes, l. ID, p. 24!
Ll£S ARTISTES CELEBRES
le diadème qui orne ses cheveux, ne sont pas seulement des joyaux historiques. Ils constituent une exhibition politique de bijoux, un étalage de richesses, faits spécialement en vue d’inspirer la confiance. Leur mission est de convaincre le public que ce roi sans royaume, que cette princesse dépouillée de ses biens, méritent encore quelque crédit.
Ce beau portrait de la reine de Bohême est de lôaB. Mierevelt en peignit un second sept ans plus tard. Sept années pèsent sur la beauté d’une femme exilée; mais si l'âge a quelque peu marqué ses traits, si les angoisses et les déceptions ont amaigri son visage, si le regard a pris avec le temps une certaine dureté, les colliers de perles qui ornent encore sa poitrine et ses cheveux attestent que ses prétentions étaient demeurées intactes.
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté!
Rapprochez cette parure persistante du deuil éloquent auquel Louise de Coligny resta fidèle dans la douleur de son veuvage. Ici plus de bijoux, plus de dentelles, plus de perles ni de diamants, du crêpe partout, pour diadème un petit chaperon à la vieille mode de la cour de France, et ce simple rapprochement vaut presque une leçon d’histoire.
Qu’on ne s’y trompe pas, en effet, aucun de ces détails n’est indifférent. Tous, au contraire, ont leur importance. Mierevelt, sans s’en douter, avait pratiqué cette fameuse « théorie des milieux » qui devait, en notre siècle, trouver d’éloquents apôtres. La sévère tenue de Gustave- Adolphe, sa «tête ronde» nous révèlent le caractère austère et grave de ce héros, aussi bien que les colliers de perles et la mèche de Buckingham nous expliquent la légèreté, l’inconséquente infatuation et la prodigalité fastueuse de ce favori de deux rois également aveugles.
Ajoutez que ce soin méticuleux à ne rien omettre, cette dépense de talent dans le rendu des moindres détails, ne lui firent jamais subordonner le principal à l’accessoire et que dans ses œuvres même les plus précieuses comme facture et les plus achevées, le visage et les mains gardent toujours une importance capitale. Chacun des traits, en outre, est étudié avec une conscience étonnante et ses visages sont construits avec un savoir si parfait que non seulement la vie semble circuler sous leur épiderme, mais que chacune de ces images exprime un caractère.
Toutes ces raisons, et quelques-unes suffiraient à ranger Micrevelt parmi les portraitistes de premier ordre, toutes ces raisons lui assurèrent un succès sans précédent, et l’on peut dire que jamais production de portraits ne fut conduite avec plus d’activité, et avec plus de méthode.