Bulletin de l'Académie, 3= série, t. XXVI, p
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baies barattés fournissent le lait de beurre où le microscope découvre une foule de granulations accompagnant les plus petits globules laiteux échappés au barattage. Le traitement du lait de beurre par l’éther démontre que ces granulations moléculaires n'étaient pas du beurre divisé, et le traitement au sesquicarbonat d’ammoniaque qu’elles ne sont pas non plus de la caséine. Je démontrais ainsi, une fois de plus, que les globules laiteux en se détruisant mettent des microzymas en liberté, expliquant par eux le bien fondé de l’observation de Donné que le lait dans lequel on maintient les globules laiteux immergés se caille plus vite.
La première filtration qui sépare les globules laiteux fournit donc’un liquide encore laiteux contenant les microzymas libres du lait. Pour débarrasser ce liquide des microzymas, il faut préparer un filtre capable de les retenir.
Sur un double filtre sans plis, en papier excellent, j’ai jeté du sulfate de baryte au moment où il venait d’être précipité en eau phéniquée, de façon qu’il en fût garni d’une couche d’au moins 2 millimètres d’épaisseur. Après un lavage absolu à l’eau phéniquée, on verse sur ce filtre le liquide laiteux et on l’y repasse jusqu’à ce qu’il soit devenu limpide et que le microscope n’y découvre plus aucun microzyma. Si on opère en hiver ou si les appareils sont placés dans une glacière, les filtrations durassent-elles huit jours, le liquide filtré conserve au papier de tournesol sa réaction initiale. On peut atteindre plus rapidement au résultat voulu, en battant du papier à filtre dans le liquide passé une première fois sur le filtre garni, de sulfate de baryte, et en versant sur un second filtre également garni de sulfate le mélange tenant les fibres du papier en suspension.
A la température, ordinaire le sérum limpide se conserve indéfiniment dans cet état, même dans des fioles simplement recouvertes de papier. La conservation est également indéfinie à l’étuve, 25 à 30 degrés, envases scellés.
Il me paraît intéressant de rapporter une expérience où la filtration avait à dessein été arrêtée avant l’élimination de la totalité des microzymas.
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Le sérum filtré de cette expérience contenait, pour 100 parties :
Matières Axes . . . 7,8S
Composées comme ceci :
Matières organiques . 7,2S,
— minérales . 0,60
Au microscope, on distingue dans le liquide non limpide mais seulement translucide quelques microzymas dans quelques champs de la préparation, non dans tous. Mis à l’ètuve le 20 mars, dans une. fiole, dont le goulot est entouré d’une simple feuille de papier.
Jusqu’au 29 mars, pas de changement.
Le 1°*' avril, nombreuses granulations non visibles le 29 mars.
Le 3 avril les granulations moléculaires sont innombrables , le liquide est toujours translucide, pas plus acide au tournesol qu’au début. Pour m’assurer qu’il n’y a rien de coagulé, le liquide est passé sur un filtre lavé à l’eau phéniquée ; rien n’est retenu; le liquide et les fines granulations moléculaires le traversent jusqu’à la dernière goutte. Remis à l’étuve.
Les 12 et 13 avril, même état. Abandonné à la température ordinaire jusqu’au 21 avril et remis à l’étuve.
Le 23, le liquide, resté translucide, influence le papier de tournesol comme le premier jour; constaté la présence des mêmes granulations moléculaires et un léger dépôt blanc pulvérulent, mais sans changement apparent dans leur forme.
Le 27 a^ril, il y a un dépôt abondant au fond de la fiole et le liquide surnageant est transparent. L’odeur phénique a disparu ; la liqueur rougit franchement le^ papier de tournesol. Au microscope, pas une seule bactérie, mais une foule de microzymas associés en 8 de chiffre et des chaînettes à grains sphériques de trois à dix articles innombrables.
Il ressort de cette expé rience, que j’ai souvent répétée, que si dans le sérum non limpide il reste quel-
coagulation
LAIT
ques microzymas, l’altération, à mesure que l’a-cide phénique se dissipe, se manifeste par l’apparition d’une foule de granulations moléculaires, sans aigrissement et sans formation de caillé, par conséquent ; ensuite, lorsque l’acide phénique a disparu, par la formation d’un dépôt avec aigrissement et l’apparition des microzymas en 8 et en chaînettes.
Les granulations moléculaires apparues en si grand nombre étaient-ce des microzymas multipliés? Je ne saurais le dire. Mais ces expériences sur le sérum filtré montrent que l’on peut empêcher absolument son altération ou la retarder autant que Ton veut, selon qu’on lui enlève incomplètement ou complètement les microzymas laiteux.
L’expérience que je viens de rapporter avec détail, fait voir, en particulier, sur quoi j’insisterai plus loin, d’accord avec l’influence des doses croissantes de phénol sur le lait, que l’agent antiseptique à certaines doses, ne tue pas les microzymas, puisque leur évolution en microzymas associés a coïncidé avec sa disparition.
Un autre fait m’a frappé dans cette observation, cest que les microzymas non encore évolués ou déjà évolués en forme de 8, y paraissaient à la fois plus gros et plus facilement visibles dans le dépôt qui les contient. J’ai pensé que le phénomène de l’altération s’accomplissant à leur contact ils devaient être empâtés de caséine ; c’était fort exact; en effet, en reprenant le dépôt, recueilli sur un filtre, par une solution de sesquicarbonate d’ammoniaque, la caséine a été dissoute et caractérisée ; les microzymas et ceux qui avaient évolué ont reparu avec leur aspect accoutumé. ...
Il est donc certain que si le lait était ce que les définitions assurent qu’il est : un mixte uniquement formé de principes immédiats, il seraient inaltérable en présence du phénol à dose non coagulante, et que les vibrioniens n’y apparaîtraient pas, puisque le sérum, qui contient tous les principes vraiment immédiats du lait, quand il a été obtenu absolument limpide, se conserve sans altération et ne laisse point apparaître de vibrions.-
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Ainsi l’acide phénique ne stérilise pas le lait ; mais le sérum bien filtré, ne contenant ni globules laiteux, ni microzymas èst vraiment stérilisé.
Concluons donc que le lait naturel n’est stérilisé ni par le phénol, ni par la créosote, ni par l’éther ou le chloroforme, ni même par le sublimé, dans les conditions des expériences que j’ai présentées à l’Académie, puisque, malgré laprésence de ces agents, il s’altère de quelque façon, que des bactéries n’apparaissent point ou apparaissent plus tard.
Mais le sérum, qui contient tous les principes immédiats du lait n’est évidemipent pas le lait ; et si, dans l’expérience détaillée que j’ai rapportée, le sérum contenant encore des microzymas ne s’est pas ■ caillé comme le lait, après s’être aigri, c’est que le caillé ordinaire est fonction de la totalité des constituants chimiques et histologiques de cette humeur.
La conclusion qui découle de mes recherches et que l’expérience sur le sérum achève de rendre absolument certaine, c’est que les microzymas normaux, libres du lait, et les microzymas des globules laiteux sont l’unique cause des altérations spontanées du lait.
Mais on objecte que la cause de l’altération et celle de la naissance des vibrioniens, n’est autre que les germes de- l’air qui avaient furtivement pénétré de l’air dans le lait dès la mamelle. On refuse d’accorder quelque activité, même d’ordre purement chimique, aux éléments anatomiques. Et l’hypothèse de l’introduction furtive des- germes est si bien accréditée, acceptée comme l’expression d’un fait, que plusieurs,
, répudiant le dogme pasteurien de la fermeture du corps, admettent la pénétration des germes dans tous les organes et dans toutes les cellules. Comme l’hypothèse rend caduques toutes mes expériences, il est indispensable de l’examiner en essayant d’en découvrir le point de départ.
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DIGRESSION, A PROPOS DES GERMES DE l’aIR ET DES GRANULATIONS MOLÉGDLAIRES, SUR LES MICROZYMAS ET LES MICROCOQUES
Je me suis demandé bien souvent comment il se faisait que, sans la réfuter comme sans la citer, on tenait pour non avenue mon expérience de 1873 sur le lait, m’opposant sans cesse, comme M. Nocard, malgré les faits concernant les œufs brouillés, le sang, la viande soit pour expliquer l’altération d.u lait, soit pour nier les rnicrozymas, la contamination par les germes ou les microbes de l’air. Et je me répondais qu’il en était ainsi parce que, avec M. Pasteur, on interprétait mal les faits ; que si l'on n’apercevait ni la haute signification des expériences sur le sang, la viande, sur les œufs brouillés dans la coquille, voire sur le lait, c’est qu’on était dupe d’un système, qu on tenait pour une vérité première ce que j’ai appelé « l’erreur fondamentale ». Je suis donc oblige de prendre corps à corps le système et de montrer fiu ü n’est qu’un fantôme qui fait illusion, empêchant de voir les choses telles qu’elles sont en réalité, je veux établir que l’altération spontanée de la matière organisée est plus qu’un fait démontré ; que ce fait est nécessaire; qa’il est l’expression dune loi de la nature. Je veux montrer qu’à cette loi de la nature, à cause de « l’erreur fondamentale », on prétend en substituer une autre, toute contraire, systématique ; celle qui consiste à affirmer une panspermie restreinte, une création spéciale des germes des microbes, vibrions et autres êtres microscopiques qui seraient destinés à dévorer tout ce qui n’est pas euxmêmes. La théorie du microzyma va contre ce système, et' je voudrais convaincre les savants, les médecins surtout, que cette théorie est l’expression expérimentale de la loi de la nature dont je parlais, j-e
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voudrais leur montrer que cette théorie, qui explique les faits anciens tels que Macquer et Fourcroy les admettaient, est rationnelle, physiologiquement et anatomiquement, d’accord avec la doctrine de Bichat concernant l’organisation et la vie.
L’erreur fondamentale est de ne voir dans un organisme vivant que de la matière organique au sens chimique — bref de la matière tout court — sans avoir égard à l’organisation et à la structure, ce qui est tout l’opposé de la manière de voir de Bichat, pour qui les éléments anatomiques seuls étaient vivants. En répudiant la doctrine de' Bichat, on en est réduit à certaines conceptions métaphysiques de la vie dont j’ai parlé, qui nous ramèneraient, si on n y prenait garde, à -l’animisme stahlien ou au vitalisme bartliezien. ■ , x i
C’est à cause de cette erreur fondamentale qu on admet que la matière constitutive des êtres vivants n’est point spontanément altérable ; qu’on assure que les maladies ne naissent point de nous et en nous, contrairement à ce que croyait Pidoux après Hippocrate ; imaginant que la matière organisée ne peut subir quelque changement, l’organisme devenir malade, que grâce à leur contamination préalable par les germes de l’air, destinés dès l’origine à jouer ce rôle, à remplir cette fonction.
C’est pourquoi il faut toujours se souvenir que 1 expérience sur le sang, contemporaine de celle sur la viande et de celle de Donné sur les œufs, devait servir à prouver que dans l’intérieur du corps il n’ existait rien pouvant y opérer des transformations après la mort ou y devenir ce que plus tard, après Sédillot, on a appelé microbes. Dans l’état de santé, affirmait M. Pasteur, le corps des animaux est fermé <à l’introduction des germes de l’air ; et il le croyait si fermement qu il pensait que la présence de ces germes, s’ils pouvaient s’introduire dans l’organisme, serait incompatible avec la santé et la vie (1).
1 «Ne serait-il pas difficile de comprendre, écrivait M. Pasteur pour combattre la théorie du microzyma, (rue les liquides qui circulent dans les organes du corps des animaux, le sang, J urine l’eau de l’amnios... pussent receler des germes d’organisme mi-
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Mais laissons là l’hypolhèse de la fermeture ; gardons-nous d’en faire un dogme, et rappelons que la différence essentielle qui existe entre la matière organique au sens chimique et la matière organique au sens physiologique, c’est que celle-ci est spontanément altérable et, en outre que, quand elle est en voie d’altération ou déjà altérée, si quelque forme organisée, qu’on sait distinguer par une dénomination qui ne prête pas à confusion, apparaît, c’est' toujours quelque vibrionien ; celle-là. au contraire, est naturellement inaltérable et quand elle s’altère, au contact de l’air commun, les formes microscopiques qui y apparaissent sont quelconques.
Précisons encore davantage. Dans le langage courant de l’Ecole, on dirait de la matière organique au sens chimique, qui ne laisse apparaître des organismes microscopiques qu’au contact de l’air ou après ensemencement, qu’elle est aseptique. Eh bien, dans la pensée de M. Pasteur, de M. Chamberland et de M. Duclaux, la matière organique issue de l’organisme vivant, le«lait, le sang... est, elle aussi, naturellement aseptique ; ne devant s’altérer, se putréfier, fermenter, laisser apparaître des microbes qu’après ensemencement par les germes de l’air ou autrement. En fait, on se sert de tranches de fruits, de pommes de terre comme terrain de culture, les considérant comme ne pouvant pas, par eux-mêmes, produire des vibrions à même leur substance. Cependant, il est certain qu’on pourrait prendre n’importe quelle matière issue de l’organisme vivant, et dans un milieu approprié ou dans des circonstances favorables, lui faire produii-e des vibrions et conclure que ceux-ci viennent des germes de l’air ou de l’ensemencement.
■ Mais si l’on reconnaissait enfin que le sang, le lait s’altèrentd’eux-mêmes, ne viendrait-on pas soute-
croscopiques ? Combien ne seraient pas nombreuses les ocoasions où eos permes, s’ils [existaient dans les liquides de l’économie, pourraient se multiplier ? Vraisemblablement, avec depareils hôtes la vie deviendrait promptement impossible ; témoin le cortège des maladies que beaucoup des meilleurs esprits sont portés au- .ioui'd’hui à attribuer à des développements parasitaires de cette nature...» (L. Pasteur; Études sur la bière, p. 40, 1876;)
nir que ce que j’y considère comme la cause des transformations chimiques et des destructions cellulaires constatées, ne sont que des microbes dont les germes y ont été introduits par l’air? remplaçant ainsi le dogme de la fermeture par un dogme contraire !
Déjà M. Pasteur, pour expliquer certaines altérations pathologiques de l’urine dans la vessie même et l’apparition des vibrioniens qu’on y peut constater, avait soutenu que les germes de l’air y avaient pénétré par le canal de l’urèthre qu’il comparait « relativement aux infiniment petits, au tunnel de la Tamise (1) » pour Ja facilité de l’introduction. M. Ghamberland, ensuite, pour expliquer ses insuccès, a supposé que ces germes pénétraient dans la mamelle par le canal de la tétine pour aller contaminer le lait dans sa source. Et il y a maintenant des savants qui admettent sans difficulté que les germes des microbes et les microbes envahissent le sang lui-même : il y aurait même une phagocytose pour faire disparaître ces microbes ; et, pénétrant dans le sang, ils pénètrent partout. C’est le dogme de l’ouverture universelle substitué au dogme de la fermeture : bref, l’asepsie naturelle hypothétique de l’intérieur du corps supprimée.
Il faut aller au fond et exposer, sans rien cacher, toute la difficulté.
Certainement, lorsqu’en 1863, M. Pasteur fit sa fameuse expérience sur le sang et Donné la sienne sur les œufs, ils croyaient, l’un et l’autre, que rien de vivant n’existait dans les objets de leurs expériences ; M. Pasteur affirmait inème qu’il n’y avait à considérer que des principes immédiats dans les corps vivants. Et, dans les ntudes sur la bière (1876), on peut voir comment M. Pasteur traitait les microzybaasl On l’a cru sur parole et, après lui, on a dit, tour à tour, que les microzymas étaient les molécules organiques de Buffon, et la théorie du microzyma une reprise des vues du célèbre Naturaliste : ensuite, « qu’on ne savait pas au juste ce que M. Béchamp comprend spécialement sous le nom de microzyma », tout en disant que « ce qu’il appelle ainsi n’était point inconnu avant
1. Guillaud, Thèse de concours. Faoultéde méd. Paris, p. 108,
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lui : sont-ce les granulations moléculaires des auteurs ? Sont-ce des spores ou des conidies de champignons ? Sont-ce de nouveaux vibrioniens ou schizomycètes comme ceux que décrivent les Allemands sous le nom de micrococcus, etc. ? Sans doute un peu de tout cela! (1) »
Écartons d’abord, pour un moment, les molécules organiques de Buffon, une conception philosophique du même ordre que celle de Charles Bonnet sur l’universelle dissémination des germes. Mais je retiens les granulations moléculaires. Certes, on les connaissait ; ’Ch. Robin en avait décrit de plusieurs sortes et les notait comme résultat des destructions cellulaires ; les histologistes ne manquaient môme pas de les figurer par un délicat pointillé autour des éléments anatomiques ou anatomo-pathologiques qu’ils dessinaient. Oui, on les connaissait, mais puisqu’elles n’étaient point inconnues, qu’on pouvait les voir dans tous les tissus, dans toutes les humeurs comme dans le lait et dans le sang, comment se fait-il qu’on ne les ait pas prises en considération, pour essayer d’en déterminer la signification anatomique ou fonctionnelle ?
Est-ce qu’avant que je n’eusse distingué parmi les granulations moléculaires celles qui sont des microzymas capables de devenir vibroniens par évolution, ou diverses fonctionnellement comme les microzymas de la salive buccale humaine, du pancréas, des glandes gastriques, du foie, du sang, etc., espèces, je le répète, morphologiquement identiques et fonctionnellement différentes, soit dans l’ordre chimique et physiologique, soit dans l’ordre pathologique, quelqu’un avait eu l’idée de se demander si elles sont des spores, des conidies, des microcoques ? Non, on n’y avait pas songé par ce que l’on était aveuglé par « l’erreur fondamentale », laquelle aujourd’hui même empêche de voir les choses telles qiRelles sont.
Retenons donc que l’on reconnail aujourd’hui les microzymas parmi les granulations moléculaires. Dernièrement même, un disciple deM. Pasteur parlait