Comptes rendus, t. LXXIX, p
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adressé à l’Académie des sciences sa réclamation de priorité.
Et j’ai été si modéré, si peu agressif dans ma réponse que je n’ai pas dit que j'étais convaincu alors, comme je le suis aujourd’hui, que M. A. Gautier n’avait eu, entre les mains, que des produits d’altération du blanc d’œuf^ qu’il avait, inconsidérément regardés comme y préexistant. Je n’ai pas non plus relevé sa prétendue transformation de la fibrine en albumine, ni fait remarquer qu'il avait considéré la fibrine du sang comme un pur principe immédiat, alors que déjà j’avais démontré, avec Estor, qu’elle est une sorte de fausse membrane à microzymas ,
Je devais d’autant moins me dispenser de répondre à la réclamation de priorité de mon ancien élève, qu’alors j’avais déjà réuni presque tous les matériaux de mon Mémoire sur les matières albuminoïdes, et que je ne pouvais pas me laisser passer pour le plagiaire de ses travaux.
Je demande pardon de dire un mot des résultats qui sont consignés dans ce Mémoire, mais il le faut, à la fois pour rappeler ce que l’on pensait des albuminoïdes en général avant sa publication, pour faire connaître la source de l’erreur de M. A. Gautier touchant la transformation de la fibrine en albumine; et parce que l’histoire de ces substances y est liée à celle des microzymas et à celle de l’origine des zymases et, enfin, parce que, là aussi, la conspiration du silence s’y est donné carrière.
Il y a cinquante ans et même beaucoup plus tard, à l’époque même où M. A. pautier faisait sa réclamation de priorité si peu fondée, les chimistes, découragés par les difficultés de l’étude des substances dites animales et convaincus qu’il était impossible de les obtenir à l’état de pureté, avaient fini par admetqu’une seule et unique substance, Valbumine, plus ou moins pure, mélangée ou combinée avec des matières minérales ou organiques, constituait toutes les matières dites, à cause de cela, albuminoïdes, les solubles comme les insolubles. La caséine était identifiée avec le blanc d’œuf; celui-ci étant le bialbuminate de soude, celle-là était l’albuminate de potasse; la fibrine
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insoluble naturellement, n’était qu’une modification insoluble du blanc d’œuf, plus ou moins uni à des phosphates terreux, etc. Et Berzélius pensait qu une matière albuminoïde donnée, considérée comme formée de la protéine de Mulder, pouvait aisément se changer en une autre. C’est ainsi que M. A. Gautier a cru à la transformation de la fibrine en albumine et, même après la publication de mon Mémoire, malgré le rapport de Dumas, M. Duclaux, qui se garda de le citer, soutenait encore la facile transformation de la caséine en albumine. Et on savait si peu de chose touchant la constitution chimique de l’albumine et des albuminoïdes en général, que, de guerre lasse, certains chimistes, en vinrent à penser et a dire que les albuminoïdes ne constituent pas des especes chimiques, ne sont pas même du domaine de la chimie et proposèrent de les reléguer dans la physiologie comme débris d’organes. , , , ,
En 18o6, dans ma thèse pour le doctorat en médecine, je m’élevai contre ces tendances et, appuyé à la fois sur la physiologie et sur la chimie, je soutins, par des preuves expérimentales solides, que 1 hypothèse de l’unité substantielle n’était point soutenable ; et dans la même thèse, après avoir obtenu de 1 urée par l’oxydation méthodique de plusieurs albuminoïdes, ce qui donnait à la théorie lavoisiérienne de la respiration, Dumas l’a reconnu, son indispensable complément, je démontrais, ce que l’on ne savait pas, que les albuminoïdes sont des molécules complexes, des dérivés amidés d’amides organiques ; ce qui a été confirmé depuis. , .
A partir de cette époque, je n’âi jamais cessé de m’occuper de la démonstration que l’hypothèse de l’unité substantielle constitue à la fois une erreur chimique et une erreur physiologique; et mon Mémoire établit solidement non seulement la pluralité spécifique des matières albuminoïdes, mais, comme je le disais dans la Lettre à Dumas, que ce que 1 on avait étudié et analysé jusque-là, n’étaient que des
Les 'difficultés à vaincre étaient grandes. Les chimistes, pour purifier les composés organiques, pour se
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renseigner sur la pureté et l’identité de la substance que l’analyse où la synthèse leur fournit, ont pour moyens la cristallisation, la volatilisation, la distillation, la détermination du point de fusion et l’analyse élémentaire. Or, les albuminoïdes n’étant ni cristallisables, ni volatiles, n’ayant pas de point de fusion déterminable, et l’analyse élémentaire étant insuffisante, comment savoir si le corps qu’on a obtenu par tel ou tel moyen est toujours le meme, méritant d etre distingué comme principe immédiat défini et comme espèce? Répudiant les procédés des chimistes et des physiogistes, j’ai appris à séparer et à purifier, àl’aide de procédés nouveaux de recherche et d’analyse, les substances incomplexes qui composent les mélanges naturels; alors, à défaut de tout autre moyen, je me suis servi du pouvoir rotatoire de la substance obtenue, comme d’un moyen de me renseigner sur son identité. Le résultat de la méthode a été celui-ci : le pouvoir rotatoire de chaque corps isolé est tellement ■ constant, que les autres propriétés de ce corps se rangent autour de lui comme autour de la forme cristalline, du point d’ébulition et du point de fusion, se
rangentles autres propriétés des corps qu’ils spécifient.
C’est ainsi que je fis pour les corps albuminoïdes ce que Chevreul fit jadis pour les corps gras.
Oui,les albuminoïdes naturels étant amorphes, fixes et infusibles, autour du pouvoir rotatoire se groupent toutes leurs autres propriétés caractéristiques individuelles, et cela à travers toutes les transformations qu’on leur fait subir, ce qui n’aurait pas lieu si la / propriété optique n’était pas liée à la constitution de la molécule chimique.
Et il convient d’ajouter que, dans le même Mémoire j’ai distingué, parmi les albuminoïdes naturels, les zymases ou ferments solubles, ces corps si intéressants pour la physiologie, comme liés à l’existence et à la fonction des microzymas dans les tissus et les humeurs, comme, quelques années auparavant, j’avais montré la néfrozymase liée à lafonction du rein !
C’est cette méthode de recherche qui a permis de distinguer que, dans le jaune de l’œuf, ce qu’on avait pris pour une matière albuminoïde particulière, vitel-
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line insoluble ou caséine sans alca,li, c’étaient les microzymas vitellins, capables de sécréter leur zymase et une albumine spéciale. Enfin, en poursuivant ces études, sur les œufs de plusieurs especes d oiseaux et de reptiles, mon pauvre fils Joseph a démontré que les alLmines et les zymases du blanc et du jaune de ces œufs sont spéciales à chaque espece, si ditterentes de celles de l’œuf de poule et les unes des autres, qu’elles permettent de spécifier chimiquement 1 espèce'animale de ces œufs.
^ J’aioute que ces études ont conduit à distinper les albumines normales, physmlogiques naturelles, des albumines pathologiques, démontrant ainsi que dans
l’état pathologique, le fonctionnement chimique et physiologique de l’organisme a change. Mais sur tout cela, on trouvera des renseignements détailles dans le
^’^foSnTcïï travaux etleur liaison avec la théorie ,du microzyma que M. Armand Gautier « évité de discuter trouvant d’ailleurs que ce serait du temps perdu. » Dans ce qui me reste à dire et surtout dans 1 histoire promise des doctrines microbiennes et de leurs variations, ie ferai voir que c’est là une manière de parler une feinte qui, comme la conspiration du silence, est pour cacher certaines usurpations et dans le domaine des albuminoïdes et dans celui de la théorie du microzyma.
En attendant, je comprends que ma repense sans réplique à sa réclamation de priorité ait déplu a mon ancien préparateur; mais je lui dénie le droit de penser et de dire, que c’était là, à son egard, de la pole-
“ffirfv'JmStenant aux prétendus « procédés de polémique du genre de ceux que j aurais employés jadis à l’égard de M. Pasteur, auxquels M. Armand Gautier n’entend pas s exposer. » , r.
La vérité est que je n’ai jamais attaque M. Pasteur, pas plus que je n’ai attaqué M. Armand Gautier. Par Lractère et par goût je ne suis point polémiste; je me suis borné à me défendre contre leurs attaques et, à l’occasion, réclamant comme miens les idées et les faits qu’ils tentaient d’usurper.
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Mais lorsqu’un homme sincère, soucieux desdroits de la science et des droits d’autrui, est en conflit avec un savant au sujet d’une découverte ou n’est pas d’accord avec lui au sujet d’un fait et de son interprétation et les discute sérieusement, sans polémique contentieuse, est-ce qu’il ne mérite pas le respect et l’estime au lieu du blâme et du mépris? Je n’ai pas fait autre chose et 1 je l’ai fait avec sérénité, avec quelque vivacité quelquefois, mais sans jamais dépasser les bornes permises de l’urbanité. <
Est-ce ma faute si, pour défendre la théone du microzyma contre les dédains, les moqueries de M. Pasteur ou d’autres, je me suis vu obligé de démontrer que, sur les points les plus essentiels de leurs systèmes ou de leurs doctrines, les faits étaient controuvés et leurs expériences fautives?
Est-ce que, naguère, je n’ai pas eu à défendre, devant l’Académie de médecine, à propos de la coagulation spontanée du lait, le principe expérimental même de la théorie du microzyma, attaqué, comme une erreur, par M. Nocard, au nom des expériences et des doctrines de M. Pasteur ?
Eh bien, dans ma réponse à mon nouveau contradicteur, pour qu’il n’y ait pas d’équivoque sur le sens de mon discours, j’ai mis en relief mes principes de discussion dans le passage suivant, qu’il m’importe de reproduire ici :
« 11 importe, disais-je, de bien poser la question. La nécessité m’en est imposée par le désaccord qui est entre des savants éminents et moi. Le désaccord est ancien et il est profond, puisqu’il porte à la fois sur la nature des matières albuminoïdes et sur la constitution histologique du lait, autant que sur la conception même de la nature de la matière constitutive des êtres vivants. Je défends contre eux une théorie que je regarde de plus en plus comme vraie et nécessaire; et si je le fais avec résolution, c’est qu’à mes yeux la science et la vérité ont des droits si respectables qu’ils doivent avoir lepas sur toute autre considération, et que je suis convaincu que les dissentiments scientifiques, quand ils sont sincères, n’empêchent point, avec l’estime, le respect dû aux personnes. »
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Mais, dira-t-on, vous attaquez M. Pasteur, une de nos gloires, en attaquant ses opinions. J’avoue, sans détour, d’après ce que je viens de citer, que cette considération ne me touche guère. C’est qu’à mes yeux, plus un savant est haut placé dans l’estime publique, plus par conséquent ses doctrines sont acceptées comme l’expression des faits, plus grand est le danger, pour la science et ses progrès, si ces doctrines ne reposent que sur des erreurs défait et sur de fausses interprétations d’expériences, d’ailleurs bien faites. Cependant je proteste et j’affirme de nouveau que jamais je n’ai attaqué M. Pasteur ; je n’ai même jamais commencé par attaquer ses expériences ni ses opinions ; encore une fois, c’est lui qui, m’a obligé de défendre, contre ses attaques, une théorie que plusieurs fois j'ai dû démontrer être adéquate aux faits les plus certains. En M. Pasteur j’ai toujours respecté l'homme et le savant qu’il est, même malgré ses sarcasmes. Mais parce qu’un savant,quel qu’il soit, a conquis la popularité, même la plus légitime, est-ce un motif suffisant pour admettre comme vrais ses systèmes s’ils sont faux, et pour taire ses erreurs scientifiques s’il en a à son actif? Assurément non; ou bien nous répudierions la méthode expérimentale et en reviendrions à jurer sur la parole du maître au lieu de consulter l’expérience et la raison !
Mais, actuellement même, est-ce que je ne défends pas les microzymas contre M. Armand Gautier qui, imitant M. Pasteur et quelques-uns de ceux qui ont adopté ses doctrines, en a parlé avec un dédain qu’il a voulu rendre blessant ? Est-ce que cela m’a empêcl^^ de dire, sans outrager personne, que les doctrines microbiennes, dans ce qu’elles- ont de démontré, procèdent de la découverte des microzymas et de la théorie physiologique et médicale qui en déconle?
Laissons donc là mes prétendues polémiques et cette conspiration du silence qui nous a été révélée par ai. Armand Gautier, sauf à rechercher ensuite quel intérêt on y a avait, et allons au fond des choses pour découvrir l’objet du litige.
Les microbiologistes pasteuriens assurent comme incontestable, expérimentalement et historiquement.