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que les doctrines microbiennes, celles du début et les actuelles, M. Pasteur les a déduites de ses expériences sur les fermentations lactique, butyrique, alcoolique et acétique, ainsi que de ses recherches sur la cause des altérations du vin, de la bière. On ne parle plus de sa célèbre expérience sur le sang, lequel était supposé se conserver sans altération dans l’air privé de germes, et démontrait ainsi la fermeture du corps aux germes du dehors. Davaine d’abord, et moi ensuite, n’y avons été pour rien, puisqu’on fait le silence autour de l’œuvre de l’un comme de l’autre.

Eh bien, tout cela est inexact, arrangé après coup.

Elargissons le débat et rendons à César ce qui est à César; rendons justice à Davaine et expliquons comment il s’est fait qu’un tel savant, un médecin aussi pénétrant en soit venu à croire qu’il y avait quelque relation entre l’altération du vin ou de la bière et la maladie appelée sang dératé; entre les vibrioniens du vin et de la bière altérés et la bactéridie de la maladie du mouton.

L’explication est tout entière dans l’état de la science, vers 1866, concernant la constitution des organismes vivants.

'Bichat était mort depuis un demi-siècle; sa doctrine, de V Anatomie générale et du Traité de la vie et de la mort, selon laquelle il n’y a de vivant dans un organisme que les éléments anatomiques, était complètement abandonnée sinon oubliée- La théorie cellulaire, fille de cette doctrine, également abandonnée.

Le système protoplasmique était triomphant.

Or, qu’est-ce que le protoplasma et quoi est vivant dans un organisme selon ce système ?

Quelques citations d’auteurs également célèbres vont nous l’apprendre.

« A son degré le plus simple, la vie, contrairement à la pensée d’Aristote, est indépendante de toute forme spécifique. Elle réside dans une substance définie par sa composition et non par sa figure : le protoplasma. » (Claude Bernard.)

Et quelle est cette composition?

« Le protoplasma est un mélange avec de l’eau, d’un plus ou moins grand nombre de principes immé-

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diats différents en voie de transformation continuelle. » (Yan Tieghem.)

« Le protoplasma est un liquide azoté, plus ou moins filant, composé d'une substance unissante, translucide et de granulations graisseuses et albuminoïdes. » (Cauvet.)

« Tout protoplasma est semblable à la protéine ; or, comme le blanc d’œuf ou albumine, est un des composés les plus communs de la protéine à peu près pure, nous pouvons dire que toute matière vivante est plus ou moins semblable à l’albumine. » (Huxley.)

Et c’ést ainsi que M. Pasteur voyait dans les organismes vivants lui aussi, « des substances naturelles (qu’il appelait les principes immédiats des corps vivants), telles que la vie les élabore et qui ont des vertus de transformation que l’ébullition détruit ». C’est-à-dire que iM. Pasteur pensait comme M. Van Tieghem, remplaçant la « voie de transformation continuelle » par « les vertus de transformation ».

Quels que soient le vague et les variantes de ces définitions, il n’en reste pas moins que, dans ce système, la matière vivante n’est autre chose qu’un amas plus ou moins complexe de composés d’ordre purement chimique et d’eau; les éléments anatomiques n’y sont pour rien ; ce qui fera que M. Pasteur comparera l’intérieur du corps au contenu d’un tonneau de vin ou de bière et qu’il dira qu’une plaie se cicatrise, se répare, comme se répare un cristal cassé dans son eau mère.

Or, M. Pasteur avait prétendu avoir démontré que le sang tiré des vaisseaux, le lait de la mulsion, l’urine de la miction, une masse musculaire soustraite à l’animal, se conservaient inaltérés au contact de l’air pur de germes, comme se conservent vraiment le vin et la bière, les uns et les autres ne s’altérant que par un apport de germes de l’air.

Davaine a cru M. Pasteur sur parole et, d’accord avec le système protoplasmique régnant, il a admis, vers 1866, que le germe de la bactéridie du sang de rate s’introduisant du dehors dans le sang des moutons y trouvait un terrain de culture, rendait ensuite l’animal malade comme les germes des vibrioniens pénétrant

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furtivement dans un tonneau de vin ou de bière, en altèrent le contenu, le rendent malade, comme disait M. Pasteur.

Telle est l’histoire vraie, et voilà comment Davaine^ ne voyant dans l’intérieur d’un organisme vivant qu’un milieu organique au sens chimique, un milieu, un terrain de culture plus ou moins comparables au contenu d’un vase rempli de matériaux fermentescibles quelconques, altérables seulement par les ferments nés des germes de l’air selon M. Pasteur, a transporté les idées de l’illustre savant du domaine purement de laboratoire dans celui de la pathologie.

Ce n’est donc pas M. Pasteur qui a eu l’idée que les germes de l’air, auxquels il faisait jouer un si grand rôle pour l’explication des phénomènes dits de génération spontanée et de fermentation, pouvaient aussi servir à expliquer le développement des maladies. La découverte de la bactéridie comme cause apparente de la maladie charbonneuse et l’explication de sa présence dans les organes appartient sans conteste à Davaine. Mais jl y a à rfetenir, en outre, que M. Pasteur ne croyait pas, même après la publication des premiers travaux de Davaine, que les germes de l’air fussent cause de maladie : j’en donnerai, dans Thistoire promise, la preuve décisive. C’est seulement en 1876, dans son livre sur la bière, que M. Pasteur, en combattant la théorie du microzyma, est entré dans la voie tracée par Davaine.

Sur ce point d’histoire la vérité vraie est celle-ci : Davaine, et il l’a expressément reconnu, a conçu l’idée que la ba,ctéridie était cause de maladie en méditant sur certaines recherches relatives aux ferments et notaniment sur celles de M. Pasteur. Dans ces termes, ce que l'on a appelé longtemps, très longtemps après, les doctrines microbiennes, on peut dire qu’elles, procèdent vraiment des travaux de M. Pasteur sur certains ferments; mais' le célèbre savant n’y a été pour rien et je viens de dire que c’est très tard qu’il s’est constitué disciple de Davaine.

Que s’était-il donc passé entre les publications de Davaine et cette fameuse année 1876 ? 11 faut le dire, car s’il y a eu de singulières rencontres, il y a eu de

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plus graves dissentiments entre M. Pasteur et moi. Tous les deux nous avons étudié les ferments et les fermentations et avons combattu la doctrine de la génération spontanée : voilà pour les fe^coiitres Mais ie dois dire que, dans les deux sujets, j ai P’^'^cédc M. Pasteur dans la carrière, et je note ceci pour bien établir qu’en poursuivant mes recherches et en développant mes idées, je ne me proposais pas d entrer en conflit avec mon émule, mais uniquement la poursuite du vrai.

Voici maintenant pour les dissentiments .

Les plus graves les voici, à peu près dans leur ordre chronologique : tous les autres en procèdent

M Pasteur a conclu de ses recherches sur les fermentations et sur les générations spontanées .

1“ Que les ferments, les êtres vivants les plus petits, la levure de bière, les ferments qui t?nt le ym aussi bien que les vibrioniens — sont des etres d une catégorie à part et les fermentations des phenomenes singuliers sans analogues. Et « ces etres les plus pe tits» proviennent exclusivement de germes disséminés dans Pair depuis l’origine des choses.

2“ Que la matière issue d un animal vivant, urine,

lait, sang, humeur, chair musculaire etc., - est naturellement inaltérable, sè conservant intacte dans 1 air pur privé de germes; de telle sorte que les cada- ?re. L aEimaSx, sans . les êtres les plus pefts ues des germes de l’air », s accumuleraient et que la vie sur la terre deviendrait impossible parce que

la circulation de la matière serait etée. Et ce a était d’accord avec son opinion qu’il n existerait que des principes immédiats dans un organisme' et avec celle àe Ch. Bonnet qui ne concevait orgamsatim ^ comme une modification plus exceflente de la matière en général; d’accord aussi avec 1 opinion de Cuvier qui pensait que toute partie soustraite à 1 animal vivant était par cela même reportée dans 1 ordre des substances mortes. , • aqrr ahrh

3” Que les maladies des vers a soie, en 1866-1867 n’ont pas pour cause première quelque ferment ne des gemes de l’air; que la pébrine, par exemple, n est point une maladie parasitaire et, de plus, que le cor-

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puscule vibrant dans cette aflection est quelque chose de comparable au tubercule pulmonaire. Et, à ce propos, M. Pasteur se moqua de ma théorie de l’antisepticité, lorsque je proposai, pour le traitement delapébrine, l’emploi de la créosote.

4" Que les bactéries, les vibrioniens en général, ne naissent jamais à même la substance de l’animal ou de l’être vivant, après la mort ou pendant la vie.

3“ Et ce n’est qu’en 1876, lorsqu’il eut pris à son compte la manière de voir de Davaine, que M. Pasteur admit que l’air contient aussi, avec ceux des ferments, les germes des êtres les plus petits qui nous rendent malades. Alors on admit, comme incontestablement débiontré, un illustre chirurgien alla jusqu’à dire « mathématiquement démontré », que les vibrioniens observés dans les corps malades y ont pénétré du dehors à l’état de germes.

De cet ensemble, il faut conclure que M. Pasteur n’avait en aucune façon l’idée de la vie propre, indépendante, autonome, de l’élément anatomique, cellule ou tissu quelconque. Et, un jour, en pleine Académie de médecine, m’entendant parler de la cellule comme élément anatomique vivant, un physiologiste s’écria : « La cellule est un élément anatomique, sans doute, mais elle n’est point vivante. » C’était en effet l’opinion courante parmi les physiologistes et parmi les chimistes. M. Pasteur parlait bien d’une vie ■physique et chimique, des vertus de transformatiori de la matière dans les corps vivants, mais comme causes occultes liées aux principes immédiats, les constituants, selon lui, dé l’organisme vivant ; admettant comme Cl. Bernard que la vie et les vertus de transformation sont indépendantes de toute forme Spécifique ; ne croyant pas qu’il existât dans l’organisme aucune de ces formes à laquelle la vie serait indissolublement liée, formes plus ou moins comparables à ce que, plus tard, il appellera microbe en point, et d’autres, après lui, micrococcus .

De mes recherches parallèles, je tirais, au contraire, des conclusions tout opposées ; par exemple :

l” Que les ferments, les organismes microscopiques qu’on désignait par ce vocable, retenu du langage des

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anciens, les levures et les vibrioniens^ ne constituaient pas une catégorie à part d’êtres vivants ; et gue les fermentations n’étaient pas des phénomènes singuliers, méritant d’être mis à part de phénomènès analogues. Je démontrais, en effet, que les petits organismes appelés ferments se nourrissaient comme les autres êtres vivants, suivant le même mécanisme et dans le mêrne ordre, c’est-à-dire digérant, assimilant et désassimilant, de telle sorte que le phénomène appelé fermentation n’est autre que le phénomène de nutrition dans ces êtres.

Et ce fut dès le début de ces études que je découvris que ce qu’on nommait les ferments solubles, ce que j’appelai les zy'mases, n’étaient point/ comme on le croyait, des produits d’altération, mais les produits de la fonction physiologique des éléments anatomiques et, dans ces éléments, des microzymas. Il se trouva ainsi que la levure de bière produit sa zymase de la même manière que les. glandes gastriques produisent la pepsine du suc gastrique, la parotide la sialozymase de la salive, etc.

C’est ainsi que je découvris la théorie physiologique de la fermentation.

Et je démontrai enfin que, parmi ces ferments, les levures qui font le vin, par exemple, et d’autres sem- ^ blahles, ne proviennent pas de prétendus germes de l’air, mais existent chacun pour son compte soit sur i

le raisin, soit sur tel autre fruit, etc.; que les vihrio- '

niens n’avaient pas d’autre origine que les microzymas des animaux, des végétaux et de ces levures ou des , végétaux inférieurs ou champignons microscopiques. -j Que ce qu’on appelle germes de vibrioniens dans l’air ï ou germes eh général, ne sont que les microzymas des . organismes qui se détruisent sous nos yeux ou des organismes disparus aux âges géologiques et que je - .1 retrouvais dans certaines roches calcaires et autres. i

Et c’est dans le cours de ces recherches que je dé- ^

couvris la théorie de l’antisepticité, c’est-à-dire l’ex- J

plication de l’action des antiseptiques pour empêcher ''i

la putréfaction et la fermentation ou l’altération des substances organiquesdermentescibles et putréfiables.

2° Que les matériaux issus de l’organisme, les ;|

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liquides et humeurs aussi bien que les solides, comme le lait ou la viande, sont spontanément altérables, les agents antiseptiques n’en empêchant pas l’altération, tandis qu’ils empêchent l’altération des principes immédiats organiques dans les mêmes conditions, même au contact de l’air ordinaire. La conclusion qui découlait invinciblement de ces expériences c’est que l’organisme n'était pas constitué uniquement de principés immédiats, mais essentiellement d’organes et d’éléments anatomiques construits de ces principes.

Et la cause de l’altération spontanée des matériaux issus de l’organisme n’est autre que les microzymas des humeurs, des éléments anatomiques, des cellules et des organes de cet organisme.

Et je démontrais ; 1° que ces microzymas suffisent, sans le concours des germes de l’air, mais grâce au concours de l’oxygène de cet air, pour réduire le cadavre en acide carbonique, eau et ammoniaque ou azote et assurer la circulation de leur matière ; 2° que les microzymas de ces cadavres ne meurent pas après avoir opéré la totale destruction, mais restent vivants et que telle est leur origine dans les roches, dans la terre, etc., des âges géologiques et de l’époque actuelle.

D'où la conclusion que tout ne meurt pas dans le cadavre même qui se détruit, et qu’une partie quelconque, soustraite à l’aninîal vivant, n’est pas, par cela même, comme le croyait Cuvier, reporté dans l’ordre des matières mortes.

3“ Que parmi les maladies des vers à soie, la pébrine, comme la muscardine, est une maladie parasitaire, dont le corpuscule vibrant, venu du dehors, est le parasite; que la flacherie, au contraire, est une maladie microzymateuse née du ver dans le ver.

4° Que les bactéries et autres vibrioniens peuvent naître à même la substance organisée de tous les êtres vivants, depuis l’homme jusqu’à l’organisme réduit à l’état de cellule qui est la levure de bière, grâce à l’évolution morphologique des microzymas de ces êtres, soit dans les expériences de laboratoire appelées cultures, soit dans l’état de maladie dans l’organisme vivant même, chacun en son lieu.

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^ Et je démontrais que les microzymas ayant opéré 1 altération de la matière organisée, du lait, de telle humeur ou organe^ y subissaient l’évolution morphologique qui les faisait devenir bactéries en passant par des phases évolutives variées de microzymas associés ou de telle autre forme vibrionienne. Et je définissais le microzyma comme vivant, non seulement à cause de ses activités transformatrices de ferment et comme sécrétant sa zymase, mais comme devenant vibrionien par évolution, comme le têtard devient grenouille. G est par là que les microzymas et les vibrioniens qu’ils peuvent devenir, constituent une catégorie à part parmi les êtres vivants. Le microzyma est l’élément anatomique fondamental vivant per se, l’atome nécessaire de l’organisation. Non, ces microzymas ne sont pas des étrangers dans l’organisme, dans la cellule et dans le tout de l’être vivant; ils y sont ab ovo, avant même la naissance de Tovule.

Le microzyma est la cause initiale véritable des transformations chimiques et physiologiques qui s’accomplissent dans les organismes quelconques, dans l'homme aussi bien que dans un globule de levurç Et c’est ainsi que j’ai donné à la doctrine de Bichat la démonstration expérimentale qui lui manquait L’élément anatomique est vivant, la cellule est vivante parce que, comme la cellulé de levure de bière, ils sont tissés de microzymas. Mais la cellule, l’élément anatomique, comme tout organisme vivant, y compris les vibrions et les bactéries, sont transitoires, tandis que le microzyma subsiste après leur totale destruction car il est, je le répète, l’élément anatomique fondamental, l’atome de toute organisation vivante 5” Que le système des germes de l’air est impuissant à expliquer le développement de toutes nos maladies J’avais distingué, dès 1867 ou 1868, les maladies parasitaires comme la péhrine et les non parasitaires, la pdierie.^w exemple, maladie microzymateuse née du ver à soie en lui. Les maladies non parasitaires celles qui naissent de nous en nous, sont dues au changement de fonction, devenant morbide, de nos propres microzymas ; et le changement de fonction la maladie étant déclarée, peut se traduire par le

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