‹ Microzymas et microbesChapitre 51 sur 86 · ET LE MÉPHITISME · texte numérisé non relu

ET LE MÉPHITISME

J’ai demandé la parole pour présenter quelques observations sur la partie théorique de l’intéressante, autant que très ingénieuse étude, communiquée par M. Guéniot à l’Académie.

Les symptômes graves de scepticémie survenus rapidement chez plusieurs accouchées, M. Guéniot les attribue uniquement au méphitisme ; non pas « que le méphitisme puisse engendrer par lui-même une affection microbienne quelconque », non ; car, dit-il, quelle que soit la voie d’introduction de Tair méphitique, il n’y apporte pas plus de bactéries que n’en contient l’air commun que tout le monde respire ; mais ce méphitisme pouvant exercer son action à la fois par la voie pulmonaire et par la voie génitale, les germes pathogènes « venus du dehors par les contacts trouvent dans les surfaces saignantes — grâce à l’absorption préalable des gaz méphitiques — un milieu de culture exceptionnellement propice ». .Bref, selon M. Guéniot, les symptômes dont il s’agit, il faut les attribuer au méphitisme considéré « comme milieu de culture microbienne ». Comment cela ? Le voici :

<•< Les gaz, dit le savant auteur en précisant, les gaz qui forment l’essence du méphitisme, c’est-à-dire le sulfhydrate d’ammoniaque, l’hydrogène sulfuré, l’azote, l’acide carbonique, etc., ne seraient-ils pas, en effet, particulièrement aptes à favoriser le développement, la pullulation et la virulence de certaines

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bactéries ? Or, parmi ces derniers, le vibrion septique oui est anaérobie, ne se trouve-t-il pas naturellement mdioué ?» Ce qui le conduit à penser que « vraisemblab^ment, laValadie en cause n était autre qu un

, .ju'ei. dehors Ses gas non

nrésente aussi des matières organiques volatiles... des KS cSiques, toxines, ptomaïnes, >> lesquels « fourniront un jour l’explication des toxemies en-

de'îemïïSS p-onrtant que M. Gnéniot

Srésonteurpas d'ordinaire, aprOs l'aeeouchemont, de fa-Sn"ef accidents ohserrds, n'»

réside pas moins tout entière dans le milieu exte-

'■ T„Silf*‘lfc'rô‘s, ddOlemenl exposée, toute la théorie de M. G’uéaiot, sans omettre

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""TAcadé^e ïaTque j’ai le malheur de soutenir une

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recours à des germes pathogènes préexistants C est

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mande la permission, à propos dune question me

ettuTatSuer ce qui.lui revient H ,pg,er.^ d lu .

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il ne formula pas moins cet aphorisme fameux que, pour ma part, je trouve si profond : « Quæ faciunt in homine sano actiones sanas, eadem in ægroto, f^orbosas\ » aphorisme que le naturaliste philosophe Gh. Bonnet traduisait comme ceci : « Ce qui nous lait vivre est aussi ce qui nous fait malades. » Au tond, cela revient à dire que les mêmes forces sont en jeu pendant l’état de santé et pendant l’ctat de maladie. C’est parce qu’il était de cet avis qu’un grand médecin, l’un des vôtres, l’ami de Trousseau, Pidoux, énonçait l’aphorisme d’Hippocrate sous cette forme concise autant qu’élégante : « Les maladies naissent de nom et en nous. »■

Cela posé, je prie l’Académie de remarquer que je ne nie point que des vibrions, tel microorganisme SOUS quelque dénomination que ce soit, n aient l^ur part dans la constitution du milieu extérieur et qu ils ne puissent concourir, avec le méphitisme de ce milieu, à la production de nos maladies. Et je prie, en outre, l’Académie de me permettre de l’assurer que je ne pourrais le nier. Comment pourrais-je le^ faire? puisque longtemps, bien longtemps avant la naissance des doctrines microbiennes, je soutena,is ce concours contre leur auteur qui le niait! En fait, aujourdhui même, il ne s’agit entre nous que d’une question de fait. On soutient que les vibroniens pathogènes et les • non pathogènes ou leurs germes préexistent dans notre atmosphère depuis forigine des choses; moi, au contraire, je soutiens, avec preuves à l’appui, quils n ont d’autre origine que les microzymas de nos tissus, des tissus en général, les uniques élérnents anatomiques autonomiquement vivants de ces tissus, lesquels ne sont que transitoirement vivants. Voilà le point culminant du différend. Mais la différence est capitale . car selon, que j’ai raison ou que j’ai tort, 1 aphorisme d’Hippocrate est l’expression d’une vérité naturelle ou une erreur grossière. Et aussi, je dois le dire, la doctrine de Bichat, à laquelle je me rattache, conformément à mes précédentes communications, est 1 expression expérimentale d’une loi de la nature ou une pure illusion.

Mais comment le milieu extérieur, avec ou sans ger-

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mes pathogènes vivants, peut-il concourir à la production de la maladie par nous, en nous? C’est ce que je me projoose de rechercher en m’appuyant sur les études que j’ai eu l’honneur de communiquer à l’Académie. Peut-être, à la fin de cette recherche, ne seraije pas loin de m’entendre avec M. Guéniot.

Avant tout, il faut préciser et se demander ce que l’on sait de positif sur les altérations de l’air selon les lieux; sur le méphitisme, c’est-à-dire sur les qualités de cet air rendu irrespirable, puant, par les vapeurs malfaisantes qu’il emporte au loin ; sur les miasmes, c’est-à-dire sur les émanations provenant des êtres organisées ou des matières organiques en décomposition, lesquelles, se -répandant dans l’air, exercent une influence pernicieuse sur l’homme et sur les animaux; sur leur influence pour la production de la maladie naissant de nous, en nous? Assurément, nous en savons un peu plus que le Père de la médecine : mais combien peu de chose encore !

Voyons d’abord ce que l’on sait touchant les variations de la composition de l’air dans ses éléments essentiels.

En écoutant attentivement M. Guéniot, je ine reportais aux recherches que Félix Leblanc avait exécutées,- d’après le désir et avec les conseils de J. -B. Dumas, sur la composition de l’air confiné, et je me disais que M. Guéniot ne se souvenait pas de ce tra-

Le Mémoire de Félix Leblanc a été lu à l’Académie des sciences en 1841; il nous reporte à 1840 et il mérite encore aujourd’hui d’être consulté et cité (1). Voici les résultats de quelques-unes de ces analyses destinées à éclairer mon sujet; je donnerai ensuite un résumé des réflexions dont l’auteur les a accompagnées : on verra par là que nous ne sommes guère plus avancés qu’on ne l’était alors.

Félix Leblanc a pris pour terme de comparaison la composition de l’air normal d’après les analyses alors récentes de Dumas et Boussingault. Abstraction faite

1. Ann. de chimie et de physique, 3= série, f, V, p.223 (1842)

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de la vapeur d’eau, l’air contient invariablement, en poids :

Oxygène.

Azote. .

En aioutant à ces chiffres, qui expriment la quantité d’azote et d’oxygène dans 1.000 grammes d air, 6 à 9 dix-millièmes (0 gr. 0006 à 0 gr.OGOO), d acide carbonique, on aura la composition moyenne de 1 air

normal.

Cela posé, l’air bonne, avant une

f du grand amphithéâtre de la Sorleçon de Dumas, contenait ;

Oxygène .

Azote .

Acide carbonique.

Après la leçon, à laquelle avaient assisté neuf cents personnes, l’air de la salle se trouva composé comme ceci ;

Oxygène .

Azote .

Acide carbonique.

L’air d’une chambre à coucher, le matin, contenait :

Oxygène . 229-4

Azote .

Acide carbonique . 9-'*

L’air d’une salle encombrée de la Salpêtrière (salle du Calvaire) avait, le matin, la composition suivante :

Oxygène .

Azote .

Acide carbonique

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Il suit de là que, dans certains circonstances d’encombrement, l’oxygène diminue et l’acide carbonique peut s’élever de 0 gr. 0006, à 0 gr. 0009, à Ogr 4, 6 gr 5 8 grammes -et 10 grammes pour 1.000. Les

assistants où les malades qui respiraiant cet air si chargé d’acide carbonique pouvaient être incommodés mais ils ne devenaient pas malades ou plus malades; et Félix Leblanc ne manque pas de faire remarquer que le malaise peut aussi avoirpour cause des circonstances purement physiques de cette insalubrité de l’air : la pression, la température, l’état hygrométrique, l’électricité atmosphérique. Et puis ne faut-il pas tenir compte de l’impressionnabilité individuelle !

Félix Leblanc n’a eu garde nou plus de négliger d’autres causes d’impureté de l’air; il disait, par exemple ; « On a attribué à la transpiration cutanee et à la transpiration pulmonaire une influence prononcée dans l'altération de l’air non renouvelé des lieux habités, à raison des matières animales auxauelles la vapeur aqueuse exhalée servirait de véhicule. Ces matières ordinairement appelées miasmes, auraient une action nuisible, soit par elles-memes, soit par l’effet de leur fermentation putride. » Et U remarque que la présence de ces matières se trahit souvent par une odeur repoussante, rappelant que Péclet et Dumas affirmaient que l’air expulsé des cheminées d’appel des salles d’assemblée exhale souvent une odeur tellement infecte qu’on ne saurait la supporter même pendant un temps assez court. Il rappelle aussi qu’on a pu constater la présence de principes miasmatiques dans l’air.enencondensantlavapeur aqueuse : or, cette eau abandonnée à elle-meme ne tardait pas à subir la fermentation putride. Il rappelle enfin, qu’alors déjà Dumas entretenait ses auditeurs’ de l’Ecole de médecine, du rôle des ferments, considérés comme êtres organisés, pour la production des maladies contagieuses et pour expliquer 1 action des virus. . , ,

Tels sont les résultats les plus saillants et les considérations de ce grand travail. En vérité, sommesnous beaucoup plus avancés? , , , x

Félix Leblanc n’a pas analysé l’air des égouts et

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des cabinets d’aisances, et c’est dommage. Mais je ne crains pas d’affirmer que l’air de ces cabinets, dans les habitations un peu confortables, surtout de celles où M. Guéniot a fait ses observations, est plus pur que n’était celui de la salle de la Salpêtrière ou que celui de l’amphithéâtre de la Sorbonne, avant et surtout après la leçon de Dumas. Sans doute, dans certains cas on peut percevoir quelque odeur désagréable ; mais si l’hydrogène sulfuré ou le sulfhydrate d’ammoniaque y existait, ce ne serait pas pour longtemps: leur grande oxydabilité les ferait vite disparaître en produits inoflfensifs.

Mais le danger que peut présenter l’hydrogène sulfuré est seulement d’un certain ordre. Par l’estomac, dans les traitements par les eaux sulfureuses, on supporte d’assez fortes doses d’hydrogène sulfuré et de sulfhydrates sans aucun danger; pourquoi? Si ce n’est parce que ce gaz ne peut parvenir dans le sang artériel; en effet, selon une belle expérience de Gl. Bernard, l’acide sulfhydrique injecté dans certaines veines est rejeté par le poumon avant d’atteindre le sang artériel. Dans les laboratoires nous respirons souvent un air plus imprégné de ce gaz que celui des cabinets d’aisances les moins bien entretenus, sans craindre la pullulation des microbes malfaisants. Pour ce qui est de l’acide carbonique, j'ai démontré que les microzymas du sang, dans le sang hors du vaisseau, pouvaient y subir l’évolution bactérienne, mais dans des conditions où ce gaz était presque pur, mais non pas dans l’air le contenant dahs les proportions des analyses de Félix Leblanc.

Je pense donc que, dans les accidents signalés par M. Guéniot, il faut laisser de côté l'influence fâcheuse des émanations sulfureuses autant que de l’acide carbonique et de l’azote. Ses accouchées se trouvaient certainement dans un air plus salubre, à tous égards, que celui de la salle de la Salpêtrière et même que celui delà chambre à coucher le matin. Je citerai, du reste, une expérience directe où l’hydrogène sulfuré, loin de favoriser la virulence des bactéries, l’a annulée.

Mais que faut-il penser des produits non gazeux de

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l’air vicié, des miasmes dont parlait Félix Leblanc? Il est certain qu’ils ne sont dangereux que dans certaines limites et que leur influence, en général, n’est pas foudroyante, en quelque sorte, comme chez les accouchées de M. Guéniot Le sujet, cependant, a été rajeuni par M. Guéniot en s’appuyant sur de très intéressantes observations de MM. Brown-Séquard et d’Arsonval, concernant les produits non gazeux et volatils de la transpiration pulmonaire. La question ainsi soulevée m’intéressait d’autant plus que, démon côté, j’avais tenté de déterminer la nature des produits fixes de l’air confiné en condensant la vapeur aqueuse de ma propre respiration. C’est à l’occasion de la publication de MM. Brown-Séquard et d’Arsonval que j’ai, à mon tour, publié mes observations (1). Selon MM. Brown- Séquard et d’Arsonval, la substance organique du liquide condensé est un alcaloïde volatil à réaction alcaline. Ce liquide, dans sa totalité se comporte, en injection intravasculaire, comme unredoutablepoison, et ce liquide porté à l’ébullition en vase clos est aussi actif, si ce n’est plus actif que le liquide non bouilli. Selon moi, le liquide condensé contient, en entre, un produit fixe qui se comporte avec l’empois de fécule, qu’il fluidifie, comme une zymase ou ferment soluble. La présence d’un produit non volatil dans la vapeur de la transpiration pulmonaire n’a rien de surprenant : ce sont des substances entraînées, mécaniquement enlevées aux parois humides des voies respiratoires. La quantité du liquide condensé varie peu : elle est de 20 à 25 centimètres cubes par heure ; ce liquide contient environ 0 gr. 01 de matière organique fixe par 100 centimètres cubes et à peu près autant de matières minérales. Je ne sache pas que la quantité de la matière organique volatile ait été déterminée. Ce serait à faire pour connaître la masse de ce genre de corps que la respiration introduit dans l’air. Enfin, il faudrait aussi connaître la nature et la quantité des substances organiques qui ont pour origine la transpiration cutanée et les voies digestives.

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