Bulletin de V Académie, 3® série, t. XIX, p
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Voilà ce que nous savons de positif touchant les produits que la respiration introduit dans l’air et que Félix Leblanc appelait miasnaes. MM. Brown- Séquard et d’Arsonval estiment que ces produits, dans l’air confiné, peuvent déterminer le développement de la phtisie; quant à M. Guéniot, il pense « que les éléments organiques volatils (de l’air) fourniront un jour l’explication des toxémies engendrées par le méphitisme. »
Je demande à présenter sur ce suj et, en particulier, quelques considérations, appuyées d’expériences, qui ont leur place ici.
En y regardant de près, il faut pourtant remarquer que c’est en injection intravasculaire que MM. Brown- Séquard et d’Arsonval ont observé que « ces éléments organiques volatils » agissent comme poison; s’ils étaient poisons d’une autre manière, nous serions sans cesse menacés de mort ou de maladie. En effet, si le mouvement respiratoire en entraîne au dehors, il en ramène aussi vers l’intérieur. Mais la salive que ces produits imprègnent, nous l’avalons sans cesse. Ils retournent donc en partie au poumon et sont introduits dans le canal digestif. Ils ne sont donc nuisibles ni quand on les respire, ni quand on les avale.
11 faut donc voir les choses comme elles sont.
Je ne sais pas si la zymase dont j’ai constaté la présence dansle liquide condensé provient du poumon, des bronches, de la bouche, etc.; mais on sait que la salive humaine contient une zymase extrêmement énergique, la diastase salivaire de Mialhe ; on sait aussi que des alcaloïdes divers existent naturellement dans l’organisme, comme il y existe des zymases diverses. Les uns et les autres ont sans doute un rôle utile dans l’état de santé, pendant lequel ils ne peuvent pas s’accumuler, étant ou bien sans cesse utilisés ou sans cesse éliminés par les émonctoires naturels. Par exemple l’acide urique, corps si voisin de certains des alcaloïdes dont je parlais, nous l’éliminons sans cesse ; mais, sans être un poison, si par l’effet de la maladie il s’accumule en quelque point, il fait souffrir ; il n’est pourtant pas la cause de la maladie, il n’en est qu’une manifestation.
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Cependant, nous produisons naturellement et nécessairement dans plusieurs de nos organes des agents qui, ailleurs que dans le lieu de leur production ou de leur destination, sont des poisons plus énergiques que les alcaloïdes volatils de MM. Brown-Séquard et d’Arsonval. De ce nombre sont la pancréazymase (la pancréatine de Cl.Bernard)etlesmicrozymas pancréatiques. , . . 1, J
J’ai communiqué jadis à l’Académie 1 ensemble de mes recherches sur le pancréas; montrant comment on en pouvait isoler les microzymas, et comment ceux-ci, producteurs de la pancréazymase, possèdeiD toutes les activités transformatrices de celle-ci. Eh bien! MM. lesD'* J. Béchamp etE. Baltus ont démontré que lés microzymas pancréatiques purs et la pancréazymase injectés dans le sang d’un chien, le tuent en quelques minutes, ceux-là à la dose de 1 milligramme par kilogramme d’animal, celle-ci à la dose de quelques milligrammes.
Voilà un exemple de la production par nous, en nous, de poisons que l’on dit pénétrer si aisément du milieu extérieur en nous. Ils sont pourtant naturellement et nécessairement dans une glande qui est en relation directe avec la circulation. Pourtant, normalement, ni ces microzymas ni cette zymase ne passent dans le sang. Et il en est de même des zymases et des microzymas des autres glandes.
Considérons, d’autre part, les reins : on croyait qu’ils jouaient simplement le rôle de filtres pour la séparation de l’urine. Eh bien 1 j’ai démontré, il y a longtemps, que, par une fonction propre, ils produisaient, eux aussi, une zymase, un ferment soluble spécial, la néphrozymase, laquelle se rend dans la vessie avec les autres composants ordinaires de Furine. J’ajoute que, pour le chien, M. E. Baltus a prouvé que la néphrozymase était contenue dans l’urine dès les uretères. Eh bien! pareillement,aucune trace de cette néphrozymase ne passe dans le sang. 11 est même démontré que si, dans certaines affections du rem, cette zymase augmente dans l’urine, elle y diminue ou disparait dans d’autres, remplacée par d’autres albuminoïdes solubles. Mais on sait qu’à la suite d une reten-
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tion d’urine, si une suffusion urineuse vient à se produire et si la vessie n’est pas promptement videe, des accidents même mortels peuvent survenir. Est-ce la néphrozymase qui en est la cause ? Je ne saurais le dire, l’expérience faisant défaut. C’est que, quand, a propos de tels produits onparle de poison, il faut toujours avoir le soin de spécifier dans quelles conditions ils le sont. Par exemple, la diastase de l’orge germée comme la diastase salivaire est inofifensive et utile par la voie gastro-intestinale; mais cette diastase, comme la pancréazymase, quoique à dose plus élevée, est un poison en injection intra-vasculaire. Pourtant toutes les zymases ne sont pas dangereuses dans ces conditions ; par exemple, le blanc d’œuf qui contient la leucozymase, le lait de vache qui contient la galactozymase, peuvent, selon MM. J. Béchamp et E. Baltus, être injectés dans le sang à doses élevées sans amener d’accident, tandis que la gélatine, substance alimentaire, à dose relativement moindre, s’y comporte comme un poison.
L’organisme sain produit donc naturellement des substances fort diverses, — alcaloïdes, acides, zymases,etc., — douées d’activité chimique et d’activité pnysioiogique. Les unes sont destinées à être éliminées sans retour, comme la néphrozymase avec les divers autres matériaux de l’urine, etc. Les autres sont destinées a être utilisées, chacune dans le lieu de son utile intervention, pour nous faire vivre. Sans leur concours, la santé et la vie seraient promptement compromises, parce que, sanselles,le fonctionnement normal des éléments anatomiques, lesquels nous font vivants, serait arrêté ou dirigé dans un autre sens. Comment cela . La physiologie des microzymas me permet d’expliquer ma
^^SoÜnt, par exemple, les microzymas gastriques et les pancréatiques. Pour les premiers, la condition de leur activité physiologique c’est un milieu acide : supprimez l’acide et les microzymas gastriques, ou la gastérozymase qu’ils produisent, n’opèrent plus la digestion des substances albuminoïdes. Pour les seconds,la condition de leur activité c’est un milieu neutre ou légèrement alcalin : rendez le milieu acide et ces mi-
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crozymas, ou la pancréazymase qu’ils produisent, cessent toute action sur les mêmes albuminoïdes. Or, il ne faut pas oublier que, par destination, les premiers opèrent dans l’estomac, les seconds dans l’intestin. Dans un autre lieu de l’organisme que celui de leur destination, leur activité se manifestant dans d’autres conditions, ils peuvent être nuisibles, poison, ou indifférents. Et il en est ainsi, nécessairement, des microzymas des éléments anatomiques dans tous les centres d’organisation. Les expériences de M. Brown-Séquard sur les produits testiculaires et de M. G. Paul sur ceux de la substance grise du cerveau ont leur explication dans cette théorie. Ces produits exercent une action bienfaisante, salutaire, dans des conditions où les microzymas pancréatiques et la pancréazymas, en auraient une funeste.
Mais s’il y a ainsi à considérer les microzymas, les produits de leur activité et leur fonctionnement dans l’organisme, il y a aussi à considérer le canal digestif, lequel, dans toute son étendue, depuis la bouche, est le siège de légions de microzymas et de vibrioniens accompagnés des produits de leur fonction. Pourquoi eux aussi ne pénètrent-ils pas au delà comme on sup- • pose que pénètrent si aisément les microbes et les miasmes de l’air méphitique? J’ai essayé de me démontrer à moi-même que ces microbes trouvent dans le revêtement épithélial un obstacle normalement suffisant.
Soit le jaune de l’œuf de poule. Un de ces jaunes bien entier et bien débarrassé du blanc adhérent a été immergé dans l’eau distillée, au contact de l’air, en été, à Montpellier. Sans crever, le plus souvent, il laisse passer par endosmose de l’eau dans son intérieur et se gonfle au point que son volume augmente de plus d’un tiers. Après quelques jours, on voit à travers la membrane vitelline distendue une couche liquide incolore au-dessus du jaune. Mais des matières solubles, sorties par osmose, créent bientôt dans l’eau extérieure un milieu favorable à la pullulation et à l’évolution vibrionienne des microzymas de l’air. A un moment donné, cette eau est troublée par une foule de vibrions en même temps qu’elle devient
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fétide par putréfaction. Dans la plupart des cas, la membrane vitelline, malgré sa minceur et son énorme distension, résiste à la rupture. Alors, par un artifice, ayant replacé le jaune gonûe dans 1 eau limpide et tous les vibrions étant écartés, si on rompt la membrane vitelline, on ne trouve aucun vibrion dans son intérieur et on constate aisément que les microzymas vitellins n’ont subi aucune modification dans leur forme. J’ajoute que si 1 eau disüllee est préalablement additionnée d’un peu d acide phenique, le gonflement a lieu sans que des vibrions appa-
^^CeUe^expérience fait voir comment les enveloppes des vaisseaux, des cellules, jouent à l’egard des microzymas pancréatiques et intestinaux le rôle de la membrane vitelline du jaune gonflé. Elle explique comment, dans l’expérience fameuse de Kuss, le revêtement épithélial de la vessie, aussi longtemps qu’il est intact, suffit à rendre celle-ci imperméable.
Voici maintenant l'expérience dont je parlais, prouvant que l’acide sulfhydrique et le sulfbytrale d ammoniaque ne provoquent pas la virulence des bactéries. J’avais fait une digestion de fibrine par les microzymas pancréatiques et j’avais abandonné le résultat à l’étuve. Pendant la digestion, les microzymas n’évoluent pas et il ne se développe aucun signe de putréfaction. Or, dans le produit digéré, à 1 etuve, les microzymas ont évolué, sont devenus bactéries en même temps que la putréfaction se produisit avec dégagement d’hydrogène sulfuré et certainement formation de sulfhydrate d’ammoniaque. Eh bien 1 les microzymas évolués, isolés du mélange, ont ete injectés, par les mêmes savants, dans le sang du chien. Ils ont été sans influence sur la santé de 1 animal, bien qu’injectés à dose bien supérieure que pour les
microzymas pancréatiques normaux.
Sans preuves solides à l’appui, on ne peut donc pas dire que le sulfhydrate d’ammoniaque et l’acide sultbydrique favorisent le développement delà virulence des bactéries. Au contraire, il est arrivé que la virulence des microzymas du pancréas, — si l’on peut appeler virulence le genre de leur toxicité.— s est perdue par
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la putréfaction pendant leur évolution vibrionienne, comme dans l’expérience de Davaine se perd la virulence de la bactéridie du sang de rate.
Jusau’ici, selon moi, rien ne prouve donc que le méphitisme, même complet, c’est-à-dire complique des^ matières organiques appelées miasmes rende virulents les microzymas et les vibrioniens de 1 air Rien ne prouve non plus qu’il existe dans ^ °orma des microzymas ou microbes spécifiques de telle o telle maladie, ni que l’organisme constitue pour eux. même grâce au méphitisme, un terrain de culture ou
ils se multiplieraient. D’ailleurs.c est un fait . q^andoii
expérimente, ce n’est pas dans 1 air commun, ^ mêm. dans l’air confiné qu’on prend le microbe, ™ais sui le vivant malade ou rendu malade. Par exemple, pour en revenir à la septicémie, sait-on .psez combien il faut de ces vibrions pris sur le vivant pour rendre un animal septicémique sans le tuer? Voici a cet e^rd une expérience capitale de M. Chauveau qui éclairé singulièrement la question. J ai rapporte ailleurs, pour l’expliquer, l’expérience de l’éminent savant sur le bistournage, pratiqué après avoir ^
jugulaire du pus d’abcès putrides provoques expérimentalement et riche en vibrioniens. De ce pus délayé dans l’eau, il en injecta « autant que 1 animal en put supporter sans être exposé à la mort ». Combien enat-il fallu? cinq à vingt centimètres cubes suivant la dilution. Au moment où l’animal étaU sous le coup d’une fièvre septicémique intense, le bistournage fut pratiqué ; l’animal ne succomba, enfin, qu apres le traumatisme de l’opération. ... ,
Voilà à quel prix une fièvre septicémique peut etre provoquée chez certains animaux. . , ^
Assurément, la théorie dont s’est inspire M. Guéniot
est correctement conforme aux doctrines microbiennes,
selon lesquelles les maladies ne naissent pas de nous en nous, mais sont causées par des germes morbides
préexistant dans le milieu extérieur.
Or M. Guéniot nous a assuré que, selon M. Miquel, « l’air des égouts renferme moins de microbes que celui des rues de Paris et que l’air des fosses d aisances se montre d’une pureté bactérienne absolue ». Donc,
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l’air des chambres de ses accouchées, certainement plus pur que l’air de la salle de la Salpêtrière, était aussi relativement plus pur de microbes. C’est pour cela, sans doute, que pour s’expliquer les accidents observés, il s’est rejeté sur les émanations plus ou moins fétides, soit des fosses et des égouts, soit des cabinets attenants, pour admettre leur intervention dans la pullulation et le développement de la virulence des microbes.
Mais est-ce à dire qu’il ne faille pas se préoccuper des viciations de l’air et des vibrioniens qu’il peut charrier? Assurément, il en faut tenir compte, aussi bien qu’il faut éviter les contacts impurs.
Pour signaler la maligne influence de ces contacts et des effluves d’un air vicié, je rappelle sans cesse cette observation de Depaul qui m’a, autrefois tant
OUI-, pendant une épidémie de fièvre puerpérale, une élève sage-femme qui était chargée dune nouvelle accouchée atteinte d’une métropéritonite des plus graves, fut vivement impressionnée par les émanations qui s’échappèrent lorsqu’elle souleva la couverture du lit. Le soir même, un frisson intense se déclara chez la jeune fille : elle succomba en quarantehuit heures en présentant tous les syinptêmes d une fièvre puerpérale des mieux carectérisées. A 1 autopsie, on rencontra les altérations que présentent habituellement les cas de ce genre. La jeune bile était
^^?omment, après de tels faits, nier l’influence nocive du milieu extérieur. Ce n’est certainement ni la fouie des microbes, ni la masse et la continuité du inephitisme qui peuvent les expliquer dans le cas signalé iiar Depaul. . , ,
Certes, nous ■ connaissons mieux qu Hippocrate la constitution du milieu extérieur; mais je ne tiens pas moins son aphorisme pour vrai. Je ne conteste pas les résultats, ni certaines conséquences des expénences des savants dont M. Guéniot a épousé les opinions; mais la cause intime de nos maladies n est pas ou ils la cherchent. C’est un fait démontré, irrévocablement démontré et acquis, sur lequel il n’y a plus à revenir.
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que des vibrioniens naissent à même nos tissus, de nos microzymas, par évolution. Nous ne sommes pas constitués par un amas de principes immed iats pouvant être considéré comme un milieu pas=if de rat ture pour des vibrioniens parasites venus du dehors. Nous sommes actifs pour résister à leur envahisselùent.Et.à ce propos,] e rappelle Bichat, qui résume toute sa dpctaf® ' J l’ensemble des fonctions qui résistent a la mort, » et
“Kfo.* 'aucune déccus. cation direct,
que le vibrion septique du le streptocoque sont e agents producteurs de la fièvre septicemique ch^ez les accouchées. M. Guéniot pense que c’est vraisemblablement le vibrion qui en est la cause; quant au streptocoque, c’est seulement une opinion admise qu il pene tre^dans l’organisme
ailleurs ces questions de pénétration avec détail, serait trop long d’y insister davantage ici.
En tenant compte, comme il convient, de 1 intlueMe du milieu extérieur sur nous, il ne faut pas moins dire que la fièvre septicémique est nee de 1 accouchée dans l’accouchée : comment cela? -uip
C’est en exerçant une certaine influence nuisible su telle ou telle partie de notre organisme, en modihant le fonctionnement des éléments anatomiques de cette partie, c’est-à-dire de ce qui est uniquement vivant en nous, que l’air vicié, le milieu extérieur dans son ensemble,^ sont nuisibles. Et leur ®
d’autant plus énergiquement que ces éléments anato miques ont subi quelque atteinte dans leur intégrité. Aussi longtemps que ces éléments anatomiques restent dans leur situation et leur état normaux, ils résistent ou résistent mieux, selon 1 aperçu général de Bichat. Appliquons ces idées aux cas des “couchées Avant l’accouchement, les malades de M. Gueniot n’étaient guère incommodées par 1 f posée insalubre qu’elleê respiraient , car j admets Lee lui cette insalubrité attestée par son odorat. Mais après l’accouchement, les parties, maltraitées pendant le travail n etumnt plus dans leur intégrité normale, ni dans leur situation physio-
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logique naturelle. Les microzymas des muqueuses froissées, broyées; les microzymas des détritus provenant soit du placenta, soit de la caduque utérine, soit du sang, etc., tous dans une situation anormale, sont bientôt entrés en évolution vibrionienne. Certainement, si on y eût regardé de près, avant l’apparition des symptômes septicémiques, avant même l’apparition des vibrions, streptocoques, etc., on aurait vu les microzymas associés au milieu des microzymas ordinaires. Sous l’influence des conditions hygiéniques défavorables que j’admets, l’évolution vibrionienne a amené le changement de fonction' de ces microzymas et de ces vibrions , il y a eu des transformations chimiques, des fermentations anormales, dont les produits, exerçant leur influence de proche en proche, ont amené l’évolution morbide des microzymas des organes voisins, jusqu’à ceux du sang : de là la septicémie. C’est ainsi que la maladie est née de l’accouchée ' dans l’accouchée, sans la nécessité d’un vibrion venu du dehors.
Et, en y regardant de près, il me semble que c’est là, en définitive, la conclusion à laquelle aboutit M. Guéniot lui-même lorsqu’il nous dit qu’il appellerait volontiers septicémie déciduale la septicémie observée ; et lorsqu’il constate que le vrai foyer de l'infection réside dans la cavité même de l’utérus. « Dans ma pensée, dit-il, ce sont les parcelles adhérentes de la caduque pariétale qui, sous l’influence du méphitisme, subissent certaines altérations et jouent ensuite le rôle de matières infectieuses... » Ce qui est exactement ma manière de voir : les microzymas des tissus froissés, déchirés, sous l’influence du méphitisme ou de quelque particularité physiologique tenant au sujet, ont subi leur évolution et sont devenus morbides.
La preuve que cela est ainsi, je la trouve dans la pratique de l’antisepsie, à laquelle M. Tarnier, avec sa grande autorité, a rendu un si bel hommage. Eh bien! l’antisepsie, qui n’est pas née des doctrines microbiennes, mais qui est la fille de la théorie que je soutiens, était appliquée, à Montpellier, dans le sens de cette théorie par M. Masse, par Estor, par Pécho-
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lier avant de l’être en Angleterre par M. Lister dans le sens d’une doctrine contraire. C’est en agissant à la fois sur les microzymas accidentels le 1 air et sur les microzymas normaux des tissus arracnés ou broyés que les injections phéniquées employées par M. Guéniot sur ses accouchées ont empêché ou arrêté 1 évolution de la maladie. Mais, je l’ai démontré, par des expériences non contredites ou confirmées, une très petite quantité de phénol, ou d’autres agents, suffit pour empêcher la pullulation et l’évolution vibrionienne des microzymas de l’air commun des appartements ou des rues. Au contraire, ainsi que je 1 ai démontré pour le lait et d’autres humeurs ou des tissus soustraits à l’être vivant, il en faut des doses le plus souvent énormes, ou des antiseptiques plus puissants;, non pour tuer, mais pour empêcher l’évolution vibrionienne des microzymas de nos tisssus et humeurs, et il en faut Lien davantage quand il s’agit de ces tissus dans leur milieu naturel après un traumatisme. Par exemple, pour l’antisepsie chirurgicale et obstétricale, on sait les doses élevées et l’énergie des. agents antiseptiques qu’on est obligé d’employer avec continuité. Eh bien! ces doses et cette énergie, d’après M. Charpentier, peuvent quelquefois être insuffisantes, si bien que sans négliger leur emploi, il faut se hâter d opérer le curetage de l’utérus. Mais je reviendrai sur tout ceci dans la communication que je dois à l’Académie sur la théorie générale de l’antisepticité.
En somme, sur beaucoup de jioints, je me range volontiers à l’avis de notre éminent ancien Président, M. A. Guérin; en particulier sur celui-ci : il faut, en général quelque traumatisme chez l’accouchée ou une plaie, pour que la fièvre septicémique puerpérale se produise; je dis : en général, car il faut toujours se souvenir de l’observation de Depaul que j’ai citée, Oui, en général, et M. Guéniot n’y contredit point, c’est dans l’appareil génital et spécialement dans Tutérus de l’accouchée qu’il faut chercher la cause initiale du mal. Voilà comment, ainsi que je le disais en commençant, je n’étais pas loin de m entendre avec M. Guéniot.