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J. Béohamp, thèses de Montpellier

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ganisme, c’est de toute façon beaucoup trop. En effet, il faut d’abord reconnaître que ce qu’on appelle les microbes du canal alimentaire, ne sont pas, en réalité dans l’organisme, mais lui sont extérieurs et, par suite, étrangers. Parmi ces prétendus microbes il y en a bien qui y viennent de l’organisme, de la muqueuse intestinale, par exemple, à l’état de microzymas; mais la plupart, microzymas ou microzymas évolués^ viennent d’ailleurs, de l’air si l’on veut, mais surtout des aliments végétaux ou animaux dont la plupart des microzymas ne sont pas digérés par le suc gastrique ou par les sucs intestinaux.

Cela posé, il est possible de démontrer — il m’importe de le faire — que l’hypothèse de l’origine atmosphérique des microzymas de nos organes, tissus et humeurs, théoriquement et [anatomiquement irrationnelle d’après ce que j’ai dit plus haut, est aussi expérimentalement insoutenable.

Si les microzymas simples ou déjà évolués, que l’on peut découvrir dans certaines humeurs, venaient de l’air et pénétraient si aisément dans les cellules, il y a une' humeur où l’on devrait les retrouver, toujours les mêmes, chez tous les animaux. Cette humeur, qui est naturellement sans cesse en contact immédiat avec l’air que nous respirons, c’est la salive buccale.

Or, la salive de l’homme, aussi bien que celle des animaux, contient des microzymas, des vibrioniens et des cellules épithéliales^ en suspension dans un liquide complexe. Si les propriétés de la salive dépendaient des germes de l’air, ces propriétés seraient nécessairement les mêmes chez l’homme et chez les animaux. Eh bien, il n’en est pas ainsi ; et le fait est de trop d’importance dans la discussion actuelle pour n’y pas insister.

Je rappelle d’abord que Mialhe, confirmant une observation de Leuchs, démontra que la propriété de liquéfier et ensuite de saccharilier avec une grande énergie l’empois d’amidon que possède la salive humaine, cette humeur le doit à un produit soluble qu’il a très justement appelé la diastase animale ou salivaire', c’est la substance de nature albuminoïde que j'ai nommée la sialozymase.

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La salive en totalité et dans cette salive un produit soluble, que Mialhe a eu le mérite d’isoler et de rapprocher de la diastase de Forge germée, possède donc une fonction chimique d’ordre parfaitement déterminé. Mais Mialhe a eu un autre mérite plus grand, c’est de démontrer que cette diastase salivaire est un produit nécessaire de cette salive, un produit physiologique, et non pas, comme le soutenait Cl. Bernard, un produit d’altération par l’air des sucs versés dans la bouche par les glandes salivaires.

Malgré l’insistance de Mialhe, la question débattue, à cause du grand nom de Cl. Bernard, était restée en suspens. En 1867, Ester, Saintpierre et moi l’avons reprise au point oti Mialhe, Cl. Bernard et Longet lui-même l’avaient laissée (l"!. C’était pour moi comme une première vérification de la théorie du microzyma, d’après laquelle les zymases n’étaient que les produits de l’activité et de la sécrétion des microzymas des centres organiques qui les produisent; bref, les microzymas et les microorganismes de la salive humaine devaient posséder la propriété sacchariflante que possède la sialozymase.

Il est facile, par une filtration soignée, de recueillir sur un filtre les parties solides, insolubles, organisées, épithélium, microzymas, bactéries ou Leptothrix de Ch. Rohin, de cette salive et de les y laver à l’eau pure pour leur enlever toutes les matières solubles qui les imprégnaient. Eh bien les microorganismes ainsi recueillis et traités fluidifient et sacchariflent avec intensité l’empois de fécule ; comment pourraient-ils le faire, étant insolubles, s’ils n’avaient pas en eux une réserve de la sialozymase qu’ils sécrètent au contact de l’empois qui contient la matière amylacée à l’état insoluble ?

Les microorganismes buccaux de l’homme, isolés de leur milieu naturel, qui est la salive, possèdent donc les propriétés de la salive totale et de la sialozy-

1. Du rôle des organismes mioroscopigues de la bouche (ou de l.eeuwenhœck) dans la formation de la diastase salivaire, par A. Be'champ,.A. Estor et G. Saintpierre, Comptes rendus, 2 avril 1867. In extenso, Montpellier médical, novembre 1867,

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mase. Et cette démonstration faite, nous en avons tiré toutes les conséquences, lesquelles, comme on va voir, sont capitales. ,

En premier lieu nous avons constaté, ou vérifié, que les salives parotidiennes de chien et de cheval, recueillies, avec toutes les précautions de 1 antisepsie, au moyen de fistules du canal de Sténon, ne saccharifient en aucune façon l’empois de fécule rendu aseptique par la créosote ', tandis qne, dans les mêmes conditions, comme nous verrons, la salive parotidienne d’homme en opère puissamment la saccharification.

En second lieu nous avons fait infuser une très petite quantité des microorganismes de la salive humaine, absolument lavés, dans quelques centimètres cubes de la salive parotidienne de chien ou de cheval. Après un contact même peu prolongé, le liquide, soigneusement filtré et absolument séparé des microorganismes, fluidifiait et sacchariflait aisément l’empois. ,

Les microorganismes de la salive buccale d hornme rendent donc actives des salives parotidiennes qui ne l’étaient point. Lazymase transformatrice est donc le produit de l’activité des microorganismes. Telles sont

les conclusions du Mémoire de 1867.

Je reviens maintenant à Cl. Bernard. Ce qui a porte l’illustre physiologiste à ne pas admettre les conclusions de Mialhe, c’est qu’il avait observé, avant nous, que les salives parotidiennes de cheval et de chien sont incapables de saccharifier l’empois, tandis que la salive parotidienne d’homme le saccharifie avec énergie. Il avait même observé que l’infusion aqueuse des glandes salivaires d’homme transforme 1 amidon en dextrine et en glucose, ce que ne peut faire l’infusion aqueuse des mêmes glandes de chien ou de cheval. Ces faits ont beaucoup frappé Cl. Bernard et voici sa conclusion : « L’altérabilité plus grande du tissu de la glande chez l’homme que chezle chien expliquerait peut-être, dit-il, quela salive parotidienne de l’homme, obtenue à l’état pur, change l’amidon en sucre, tandis que chez le chien, le cheval... cela n’a pas lieu (1). »

1. Cl. Bernard, Leçons de ‘physiologie expétimentale, t. II, p. 165^

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Je remarque seulement-que l’illustre savant, au lieu de conclure, malgré l’identité de structure, que la fonction chimique de la parotide humaine est différente de celle du chien et du cheval, a cherché l’explication dans la doctrine de l’altération. On était si loin alors d’attribuer quelque rôle fonctionnel chimique aux éléments anatomiques! On avait tant perdu de vue l’admirable doctrine de Bichat ! , ■ x

Eh bien, si les observations de Cl. Bernard étaient exactes, l’explication qu’il en donnait ne l’était pas. En réalité, la parotide de l’homme fournit, par le canal de Sténon,une salive, et par infusion, un liquide qui saccharifient l’empois ; les parotides de chien et de cheval fournissent une salive et une infusion qui ne le saccharifient point, uniquement parce que les microzymas de la parotide d’homme sont fonctionnellement autres que ceux des parotides de chien et de cheval.

Mais chez l’homme même il existe un moment où sa parotide et les microzymas de celle-ci sont fonctionnellement autres. En effet, M. J. Béchamp (1), a démontré que les microzymas de la parotide d’un fœtus humain de cinq mois ne possèdent qu’une très faible action sur l’empois d’amidon, qu’ils fluidifient à la longue sans le saccharifier ; tandis que les microzymas de la parotide d’un homme de trente-cinq ans, mort d’une fracture du crâne, vingt-quatre heures après sa chute, saccharifièrent énergiquement cet empois dans les mêmes conditions, avec toutes les précautions de l’antisepticité. ^

J’ai dit que la salive parotidienne de chien et celle, de cheval ne saccharifient pas la même matière amylacée ; il y a pourtant entre elles une différence : c’est que celle de chien fluidifie l’empois de fécule tandis que celle de cheval ne le fluidifie même pas.

Ces faits pourraient suffire à la démonstration que J’ai en vue; mais à cause de la conclusion que J’en veux tirer et de l’importance qu’il y a à être con-

I 1 . D' J. Béchamp. Des Microzymas el de leurs fondions aux différents âges d'un même élre,p.93 et 96, in rAéwsdela Faculté de Médecine de Montpellier, 1875.

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vaincu que les germes de l’air ne sont pour rien dans les propriétés de nos humeurs et de nos tissus, je crois qu’il est bon de connaître aussi les expériences suivantes.

C’est évident, si l’altération par les germes de l’air était la cause de l’activité singulière que possède la salive humaine et ses microorganismes, plus cette altération des salives parotidiennes inactives serait profonde, et plus elle se rapprocherait de celle de l’homme, et leurs vibrioniens seraient actifs comme ceux de la salive buccale humaine. Les faits suivants prouvent qu’il n’en est rien.

1“ La salive parotidienne de cheval, altérée au contact de l’air, malgré la présence d’innombrables bactéries, ne saccharifie pas la matière amylacée.

2° La salive humaine, soigneusement filtrée pour en éloigner les microorganismes propres, abandonnée au contact de l’air, de limpide devient trouble sans devenir putride par une foule de très petites bactéries mobiles, bien différentes, au moins parleur grandeur, des bactéries de la salive ordinaire. Or, ces bactéries recueillies, bien lavées, mises dans l’empois, peuvent bien le liquéfier, mais non le saccharifier, tandis que, au contraire, le liquide filtré le saccharifie puissamment.

3° L’empois de fécule, adandonné au contact de l’air, laisse apparaître des bactéries, des monades ou même des amibes ; il se liquéfie peu à peu, mais il n’en est pas saccharifié.

4“ Après un repas ordinaire, la bouche étant soigneusement nettoyée et lavée à l’eau distillée, le dos de la langue sur toute sa surface et les côtés est doucement raclée av^ec une lame de platine préalablement chauffée au rouge. Ce que le raclage enlève, délayé dans l’eau créosotée, se trouve composé de cellules épithéliales normales, irrégulières de forme, avec leur noyau et granuleuses; de cellules de même dimension presque sphériques, finement granuleuses; d’une foule de microzymas et, quelquefois de longues bactéries immobiles, de vrais bacillus ou leptothrix parfaitement droits... Or, les organismes réunis d’un

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même raclage, bien lavés à l’eau créosotée, représentant en poids 2 ou 3 milligrammes, opèrent rapidement la fluidification et la saccharification de 20 à 30 centimètres cubes d’empois.

S° La langue d’un bœuf venant d’être abattu est aussitôt immergée dans l’eau créosotée. Elle est soumise au mêrhe raclage que la langue humaine. La matière détachée est composée de cellules épithéliales très semblables à celles de la langue humaine, de microzymas et de bactéries moins nombreuses et moins grandes. La masse de ces microorganismes, bien plus grande, introduite dans 30 centimètres cubes d’empois, ne le sacchariflent pas : après vingt-quatre et quarante-huit heures de séjour à l’étuve, on constate à peine une légère fluidification.

6° Une langue d’un porc venant d’être saigné est traitée comme celle du bœuf. Le raclage fournit un peu plus de matière composée des mêmes formes; cete masse lavée, mise dans 30 centimètres cubes d’empois, le fluidifie lentement sans le saccharifier (1).

11 résulte de ces faits cette conclusion inévitable, que les cellules épithéliales^, les microzymas et les bactéries de la langue d’homme ont une spécialité d’action chimique toute personnelle, que ne possèdent pas les mêmes éléments anatomiques des langues de bœuf et porc. Ily adonc, malgré l’identité apparente de la structure, une différence incontestable de fonction chimique dans les organismes buccaux, conme il y a une différence entre les fonctions des parotides. .

Si donc la salive humaine contient des microzymas et des vibrioniens — on peut obtenir les organismes buccaux exempts d’épithélium — qui saccharifient la matière amylacée, et que la salive du cheval, du chien, du bœuf et du porc en contient qui ne la saccharifient point, c’est que ces microzymas évolués ou

i . Pour les développements de ces recherches, voir : Archives de physiologie de MM. Browa-Séquard, Chareot, Vulpian et A. Joffroy : « Les microzymas et les zymases, » 2= série, X ; « la salive, la sialozymase et les organismes buccaux », 3c série, 1.

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non, ne viennent pas de l’air, mais des tissus de 1 homme et des animaux, car rien n’autorise à supposer que la différence fonctionnelle des parotides de l’homme et des animaux tienne à ces germes, puisqu’il me paraît impossible que l’on puisse soutenir que les germes de l’air et l’air lui-même, agissent d’une manière sur les langues d’hommes et autrement sur celles de chien, de bœuf, 'de cheval et de porc.

Mais, puisque les germes de l’air n’interviennent pas pour procurer ou pour modifier la fonction propre d’une humeur qui est sans cesse, et si largement, directement en contact avec l’air commun, on comprend difficilement comment ils interviendraient pour procurer ou modifier la fonction des tissus et des humeurs de la profondeur, protégés qu’ils sont partout d’obstacles que j’ai montrés infranchissables pour eux, comme pour certaines substances purement chimiques solubles.

Avant de terminer ce paragraphe, je veux encore dire un mol sur les microbes en grand nombre que, selon M. Jaccoud, recèle l’organisme humain et qui seraient de bien des espèces différentes. Si les microbes dont il s’agit sont les microzymas.ce n’est pas seulement en grand nombre, mais en nombre innombrable qu’ils y existent. J’ajoute que, à la grandeur près, SI morphologiquement ils sont en apparence identiques, ils sont fonctionnellement d’espèces aussi nombreuses qu’il y a de centres d’activité physiologique et chimique dans cet organisme.

Considérons d’abord leur nombre dans une glande adulte de fonction bien déterminée, le pancréas. Les microzymas isolés des cellules du pancréas de bœuf sont d’une ténuité extrême, un demi-millième de millimètre de diamètre, 0”“, 0003, tout au plus. Cette grandeur est telle, que par le calcul on trouve qu’un millimètre cube en contiendrait :

en nombre rond au moins quinze milliards. Or, un pancréas moyen de bœuf contient plus de 6 gràm-

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mes de ces microzvmas (1) ; on voit par là le nombre énorme de fois 15 milliards qu’il

Ceux du sang, que j’ai appris a isoler de la Abrrne, sont également dune petitesse exquise et innombrables. Ceux du foie sont plus volumineux et aussi innombrables. Ils existent dans tous les tmsns, et j ai de fortes raisons de croire qu’ils existent en p us grand nombre dans le muscle du cœur que d^s les autres muscles. Je n’ai pas encore réussi a extraue à l’état de pureté ceux de la matière nerveuse , mais j’ai isolé ceux des cellules des glandes gastriques (2) , et l’Académie, enfin, se souvient de mes eommunica-

MaifdaL't’ même organe et dans les celW^ de cet organe provenant d’animaux difi^erents d especes, si l’on en juge, quant à présent, par leur évolution v brionienne,ilpeut exister plusieurs especes de inicrozymas, lesquels peuvent évoluer autrement les uns que les autres. Je citerai comme exemple le rein du mouton. Cette glande a été enlevee a la au

moment où elle venait d’etre saignee, avec les précautions de l’antisepsie la plus rigoureuse et iinmediatement enfermée dans un vase phemque clos. L ap nareil placé à l’étuve à une température de 40 à 45 degrés, n’a été ouvert que vingt-quatre heures après, afin d’examiner l’état de sa surface et aussitôt rLrmé. Une parcelle de la matière de la surface

enlevée avec un scalpel, on y découvre, à examen microscopique immédiat, des microzymas déjà evo E S chapelets de grains et des bactéries se mouvant lentement. Plus tard, se manifeste un dega^ement de gaz; quarante-huit heures apres, on met fin à l’expérience. L’odeur est infecte ; a la surface, on découvre les mêmes formes que la veille. Le rem Sant lavé à grande eau, il est procédé a l examen microscopique, couche par couche, de proche en piochejusquedans la profondeur. Somx la cogue,ilj ades myriades de microzymas d’une ténuité extreme, des mi

1 Sur les propriétés et les fonctions des mircozymas pancréatiques; Bulielin de V Académie, 2“ serie, I X, p. 630.

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