I.A PliBDRÉSIE
graphe IV, de la présente étude, que je résume dans les termes suivants.
La pleurésie est une maladie physiologique, naissant de nous en nous. Au début on n^y découvre jamais que des microzymas, lesquels, probablement, sont ceux du sang. Les formes vibrioniennes qu’on peut, à un moment donné, découvrir dans la sérosité épanchée ne sont que le résultat de l’évolution de ces microzymas, une des manifestations anatomopathologique et histologique de la maladie, dans laquelle la plèvre affectée modifie toujours de la même manière les albumines du plasma sanguin que l’épanchement y apporte, selon le mécanisme décrit par M. A. Guérin, que la pleurésie soit aiguë, chronique ou purulente.
J’ai fini, mais tout en demandant pardon à l’Académie de l’étendue de ma communication, je m’excuse en pensant que si je ne me suis pas dispensé d’être long, c’était afin d’essayer d’arriver à être clair. C’est aussi que pour établir une vérité si longtemps contestée et tant obscurcie, il fallait accumuler les arguments, les expériences et les faits dont plusieurs, malgré leur ancienneté, m’ont paru avoir encore l’attrait de la nouveauté et mériter d’être de nouveau remis en lumière.
Cependant après m’être excusé. Je demande la permission, en manière de conclusion générale, de présenter encore quelques considérations, qui, je l’espère, achèveront de donner à mon travail sa plus haute signification.
M. Jaccoud a insisté sur le fait que le refroidissement est, dans la plupart des cas, la cause provocatrice qui fait éclater une pneumonie.il en peut être incontestablement de même de la pleurésie. Or, M. Jaccoud n’admettant pas que le froid apporte le pneumocoque qui est supposé produire la pneumonie, a conclu qu’il résidait déjà dans l’organisme. Evidemment le froid n’apporte pas non plus les microorganismes dont on peut constater la présence dans l’épanchement pleurétique et le savant clinicien conclurait pareillement qu’ils préexistaient dans l’organisme.
Mais ce pneumocoque et ces microorganismes (mi-
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crobes appelés diplocoques, staphylocoques, streptocoques^ etc.), ne s’aperçoivent pas dans l’organisme sain et, de plus^ dans la pleurésie, pour m’en tenir à l’objet actuel, ils ne s’aperçoivent pas dès le début de la maladie; ils n’apparaiss'ent, s’ils apparaissent, que plus ou moins longtemps après que la maladie a été constituée; M. E, Lévy a même assuré qu’il existait des épanchements pleurétiques indemnes de microorganismes. Mais j’ai montré, par l’analyse de la couenne pleurétique, que ces microorganismes, sous la forme de microzymas, n’étaient pas aperçus, parce qu’ils étaient dissimulés dans la fibrine de la pleurésie séro-fibrineuse. D’où il semblerait que M. Jaccoud pourrait conclure que ces microzymas sont précisément les microbes que l’organisme conservait jusque-là inoffensils, altendant pour produire la maladie que le froid leur eût créé un milieu favorable qui, d’inoffensifs jusque-là, les rendrait hostiles, il importe de montrer comment M. Jaccoud a été amené à formuler son système. Le voici :
« Les partisans absolus, dit le savant médecin, les partisans absolus de l’origine extrinsèque constante des maladies à microbes ont avancé, comme argument suprême, que là même où la pénétration du dehors est le plus invraisemblable, il faut cependant l’admettre, sous peine de conclure à la génération spontanée des microorganismes constatés chez le malade. » Et le savant auteur de s’écrier : « Sommesnous réellement enfermés dans ce dilemme qui nous accule à la génération spontanée et à la pénétration du dehors? >> et il répond ; « l’argument n’a du dilemme que l’apparence ; il omet un troisième terme, savoir : /a présence préalable des microbes dans le milieu organique. »
La génération 'spontanée et la pénétration du dehors ainsi écartées, voici l’application du système à la pneumonie :
« Les pneumocoques, dit M. Jaccoud, ne sont pas venus du dehors, ils ne sont pas entrés dans l’orga-; nisme au moment où il a subi l’action du froid, ils existaient préalablement chez les deux individus (les malades de l’observation); tant que la santé a été
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parfaite, ils sont restés innocents; la perturbation résultant du refroidissement en a permis la diffusion et la prolifération. De là cette conséquence que la condition génératrice primordiale de ces pneumonies a été le désordre produit dans le poumon par l’inflüence du froid. Et de fait, eu raison des modifications circulatoires et cellulaires qu’elle provoque, cette influence peut vraiment être assimilée à un traumatisme. Celte doctrine nouvelle de l’infection autochtone par trouble préalable de l’organisme me paraît avoir une extrême importance ; elle agrandit largement le domaine de la pathogénie microbienne, et elle maintient au premier rang la puissance causale de prédisposition individuelle en face de l’étiologie parasitaire. »
« C’est là, disait encore l’auteur, le mode d’infection que i’ai désigné, il y a bien des années, sous le T\om A’ auto-infection ou infection intrinsèque... U étiologie classique des maladies aiguës est enrichie et non point supprimée par les notions microbiennes... Le progrès doit être cherché dans la conciliation féconde de la médecine traditionnelle avec les découvertes de la microbiologie. »
M. Jaccoud a cherché pour son système la preuve expérimentale et je crois bien qu’il n'a trouvé qiie ceci : « L'observation a établi, dit-il, lu présence possible du microbe pneumonique dans la salive normale. » Pour moi, je n’en sais rien; mais puisque le pneumocoque ne vient pas du dehors, c’est dans le poumon qu’il fallait le chercher et il faut toujours l’y trouver, car chacun peut être sujet au refroidissement et à la pneumonie.
Quoi qu’il en soit, c’est par des arguments de ce genre qu’on prétend échapper à la théorie du microzyma et aux démonstrations que physiologiquement les microzymas peuvent, à même les tissus, évoluer pour devenir vibrioniens.
Non, les microzymaè' ne sont point des étrangers dans l’organisme, sain ou malade; ils n'y sont pas les produits de la génération spontanée, car c’est grâce à eux que nos organes, nos tissus, nos cellules
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ne sont pas les produits fortuits des activités de la matière. Et ce que l’on appelle microbes dans les maladies déclarées ne sont pas non plus le fait de la génération spontanée, puisque par évolution physiologique les micro/ymas deviennent bactéries comme le têtard devient grenouille. Quoi que fasse M. .laccoud, dans son systènie, la pneumonie n’en est pas moins une maladie parasitaire.
Appuyé sur les faits, je suis assuré qu’en décrivant comme microcoques, diplocoques, staphylocoques, etc. telle ou telle forme vibrionienne pathologique supposée d’origine atmosphérique, on ne décrit en réalité que les formes évolutives successives ou achevées du microzyma devenu morbide. On les décrit souvent après leur culture dans un milieu artificiel, sans se douter que Estor et moi avons observé que les microzymas d’une même origine deviennent des formes en apparence différentes dans des milieux de culture différents, formes qui, pourtant, ont pour mère le même microzyma; formes qui, toujours en apparence, peuvent encore être différentes si le milieu était pathologique. Les phénomènes de coloration même, des diverses formes vibrioniennes, que l’on note avec raison, témoignent non pas qu’on a entre les mains une espèce particulière, mais que le microzyma en évolution était morbide et avait acquis l’aptitude à être teint.
En admettant que des microbes pathogènes résident naturellement en nous, M. Jaccoud a assuré qu’il respectait l’étiologie classique des maladies aiguës. Mais cette assurance, il ne peut la donner qu’au prix du sacrifice de la doctrine de Bichat.
C’est la théorie du microzyma qui, d’accord a,vec la doctrine de l’illustre anatomiste, laisse entière l’étiologie médicale traditionnelle des maladies aiguës et des maladies en général. Cette théorie n’est point subversive des théories antiques ou acquises à travers les âges; mais elle leur donne une base anatomique et physiologique solide; elle seule explique ce que les grands médecins qui ont établi ces vérités ne pouvaient expliquer, et que les doctrines microbiennes n’expliquent pas davantage.
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matière organique au sens chimiqul laquelle ne s altéré pas spontanément et ne devient pas malade C est parce que M. Pasteur n’y a vu qu’un amas principes immédiats, que, pour expliquer ses altéra tions apres la mort et ses maladies pendantTa vie 11
a, cru a la nécessité de l’intervention des germes ’de
cher. Cest d accord avec cette manière de voir aue M Jaccoud ne voit dans l’organisme' qu’un milieu nas sif, dans lequel les microbes se maintiennent innocents jusqu au moment où une perturbation accidentelle v survenant, ils lui deviennent hostiles. Mais l’éminent Clinicien ne s’est pas demandé comment et poîS la perturbation y survient. pourquoi
Mais si cet organisme n’est vivant que parce nue ses éléments anatomiques le sont, ce qS2 Bichat admettait, et si, étant vivants, il y a dans cef élf ments un élément anatomique vivant pe^se qui les" consMue vivant,, et qui soit en même SpeXe du ocnre d activité chimique et physiologique on’nn accorde a ce qu’on appelle les ce 00^1'!^
incontestablement démontré pour les microzvÏÏaVet ce que Estor m’a aidé à solidement établir aff aloï on comprend i influence perturbatrice du froid et du
refroidissement, qui détermine quelque manière ^être
fonctionnelle irrégulière dans quelque centre d’orga nisation, laquelle retentit ensuite sur les autres nfn très, et sur tout l’organisme par l’influencrnerveuï et par la nutrition qui en sont troublées.
parnYemVe,Texlîe STe se clTe^v'Tqû’rircondf:
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en a qui étant excrémentitiels pour elle, sont récré-
inentitiels. c’est-à-dire nutritifs pour d’autres cellules, i’autres tissus. Ce qui est définitivement éliminé par les émonctoires et rejeté au dehors, c’est ce qui ne peut plus être utilisé nulle part, par .aucune cellule, par aucun microzyma.
Dans cette théorie, tes éléments anatomiques sont solidaires les uns des autres et la vie du Tout vivant n’est que la résultante des vies particulières de ces éléments. Dans un organisme ainsi constitué, le fonctionnement régulier d^un organe, et dans cet organe d’un tissu, d’une cellule, est nécessaire au fonctionnement régulier de tous les autres organes, tissus et cellules. Il arrive donc que si quelque changement fonctionnel survient dans une partie, déterminant quelque modification dans la composition des matériaux nutritifs que cette partie fournit aux autres parties, celles-ci souffrent parce que des changements correspondants s’y produisent.
M. Jaccoud a cru échapper aux conséquences des doctrines microbiennes, à la nécessité de la pénétration des microbes du dehors, même dans les cas où « elle est la plus invraisemblable », en admettant « la présence préalable de ces microbes dans le milieu organique. » Mais il n’a pas fait attention que cette présence préalable suppose nécessairement une immigration antérieure ; par conséquent ces microbes n’y sont pas moins des étrangers, des parasites, et les naaladies, dont il les .suppose la cause, des maladies parasitiques. . . ,
Non, les microzymas ne sont pas des immigres dans l’organisme, car, selon ce que je disais plus haut, ils se confondent avec l’origine même de l’homme et de tout être vivant, dans ce que l’on a fort improprement appelé protoplasma,— une substance d’ordre purement chimique par définition, dont le Tout vivant procéderait par hétérogenèse. Les microzymas, éléments anatomiques fondamentaux vivants per se, les atomes vivants de l’organisation, sont, da.ns le protoplasma, dans la snbstance qu’on nomme ainsi, chargés de construire les cellules, les tissus divers du Tout vivant, avec leurs aptitudes physiologiques. Or, il y a autant de sortes de ces atomes vivants, de microzy-
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mas vitellins qu’il y a d’espèces d’êtres en puissance dans les prctoplasrnas des œufs, des graines, des spores. De sorte que ce n’est pas assez que de neconnaître qu’il y a des microzymas autonomiquement vivants dans tous les tissus, les cellules et les autres parties de l’être vivant, il faut reconnaître en même temps, comme un fait incontestable autant que nécessaire — en employant un langage exact quoique un peu détourné de son acception étymologique — qu’ils sont autochtones et aborigènes dans l’être qu’ils constituent vivant. Bref, loin d’être des immigrants, comme le voudrait le système de M. Jaccoud, ils sont à la racine même de la substance vivante de l’être organisé.
M. Alphonse Guérin i-eprochait aux partisans des doctrines microbiennes de voir des microbes partout.
Si l’on me reprochait de trop accorder aux microzymas et d’en voir partout, je répondrais que ce serait reprocher à Bichat d’avoir vu partout des éléments anatomiques dans ce que M. Jaccoud appelle le milieu organique. Or, selon Bichat, la maladie n’est que la nouvelle manière d’être de l’élément anatomique ; je dis donc que la maladie est la nouvelle manière d’être de l’élément anatomique fondamental. C’est parce qu’il en est ainsi que, dans la théorie dumicrozyma, comme selon la médecine traditionnelle, la maladie naît de nous en nous, par une déviation fonctionnelle de l’élément anatomique autonomiquement vivant. Au point de vue du traitement surtout, il n’est pas indifférent d’être assuré que telle maladie n’est point causée par un parasite que la thérapeutique a pour but de tuer, comme dans la doctrine microbienne de tuer le microbe. Quand on a tué le sarcopte, on a guéri de la gale. Mais, c’est un fait, quand on guérit de la pleurésie, ce n’est pas pour avoir tué le microzyma, qu’on retrouve après la guérison comme avant l’invasion de la maladie. Non, dans les maladies non parasitaires, la thérapeutique n’a pas pour objet de tuer quoi que ce soit, mais de ramener les microzymas et, par suite, les éléments anatomiques de leur fonctionnement anormal à leur fonction physiologique de l’état
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de santé. Oui, c’est ainsi que les principes de la médecine traditionnelle ont un solide appui dans l’anatomie et la physiologie selon la théorie dumicrozyma; théorie qui est fondée sur des démonstrations qui manquaient à la doctrine a priori, mais très philosophique du grand Bichat.
Mais c’est là, en somme, la doctrine que nous professions, Estor et moi, dès 1870. Et je n’hésite pas à reproduire ce passage de ma communication de la même année :
« Pendant l’état de santé, disais-je, les microzymas de l’organisme agissent harmoniquement, et notre vie est, dans toute l’acception du mot, une fermentation régulière. Dans l’état de maladie, les ipicrozymas agissent anharmoniquement, la fermentation est régulièrement troublée : les microzymas, ou bien ont changé de fonction, ou bien sont placés dans une situation anormale par une modification quelconque du milieu. » ,
Aujourd’hui, dans cet énoncé, je ne change quun mot : au lieu de fermentation, je mets nutrition.
La théorie du microzyma, qui rend compte de tous les faits et les explique, n’innove pas, car elle est purement anatomique et physiologique. Elle a, âmes yeux, le mérite très grand d’être d’accord avec la doctrine du grand Bichat ; d'accord aussi avec la vieille pathologie et de conserver à la médecine son autonomie comme science et à la science la continuité, ses conquêtes et ses développements progressif».
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