ET SUR L’ALBUMINURIE PHYSIOLOGIQUE
Depuis longtemps je désirais communiquer à l’Académie une étude très particulière sur les relations qui lient les matières albuminoïdes à l’organisation vivante pendant l’état de santé et dans l’état pathologique, lorsque les communications de M. G. Sée, de M. Dujardin-Beaumetz et de M. Henry B. Millard sur l’albuminurie, ou plutôt, les albuminuries et la maladie de Bright, ainsi que les discussions auxquelles elles ont donné lieu, m’ont décidé à demander un tour de parole pour réaliser mon désir.
Parmi les observations de ces communications, il en est qui ont vivement attiré mon attention en ce qu’elles touchaient de fort près aux études que je poursuis depuis bien des années sur les substances albuminoïdes et sur les phénomènes généraux de la nutrition dans leurs rapports avec la "théorie du microzyma, rapports si étroits que j’en suis arrivé, ce dont témoigne le titre de ma communication, àla conviction, raisonnée et expérimentale, qu’il y a nécessité, dans l’état actuel de la science, d’affirmer l’existence à! albumines physiologiques normales, — celles de l’état physiologique de santé, correspondantes à l’état normal et sain des microzymas de nos organes, tissus, cellules et humeurs, — et d’albumines physiologiques anormales ou pathologiques — celles de l’état physiologique de maladie, correspondantes à l’état anormal,
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à la fonction déviée, morbide, des mêmes jmicrozymas de nos organes, tissus, cellules et humeurs.
Je ne me dissimule ni les difficultés du sujet et de ma tâche, ni ce que ce langage pourra paraître avoir d’étrange. C’est pourquoi j’aurai à définir ce qu il faut entendre par « albumines phj'siologiques normales » et par « albumines physiologiques anormales ou pathologiques » et à. en déterminer avec’ précision les différences ; ce qui m’oblige de prier 1 Academie de m’accorder avec sa bienveillance, le temps necessaire. En attendant, pour fixer les idées, je rappeUe que, dans ma communication sur la pleurésie (1), j ai fait voir que les matières albuminoïdes de 1 épanchement ne sont pas les mêmes que celles du sang et, en particulier, qu’au lieu de contenir l’alhumine au sérum, il en contenait plusieurs fort différentes de cellelà. Eh bien, l’alhumine du sérum dans l’état de santé est une albumine physiologique normale, celles de l’épanchement des albumines anormales ou patholo-
^ Cela posé, l’albumine des urines des albuminuries est-elle vraiment, comme on le erbit, celle du sérum . ou bien contiennent-elles une ou plusieurs albuinines différentes ! de celle-là, variables selon l’état pathologiques ? et 'enfin existe-t-il une albuminurie nor male, physiologique, caractérisée par une matière albuminoïde, soluble, particulière; qui ne vient point directement du sang et qui témoignerait d’une f onction encore inconnue du rein ? Les réponses que je ferai seront toutes affirmatives. Mais n’anticipons pas et voyons comment les questions se sont posées dans leur généralité. , , J-
Dans sa communication et dans la discupion, M. Henry B. Millard a fait allusion aux cas d albuininurie dans lesquels furine ne contenait que 0 gr. Oo d’albumipo par litre. Or, M. Germain See ayant exprimé l’opinion qu’une quantité si minime ne pouvait être décelée, M. Millard a assuré que certains reactifs en pouvaient faire reconnaftre mêmeOgr.OOSpar litre.
1. Bulletin de l'Académie 3« série, t. XX'VII, p. 793 et 724 ; t. XXVIII, p. 38.
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Notre savant collègue a parlé ensuite sur « l’existence de ce qui est appelé l’albuminurie physiologique » ou « normale » et a dit que M. G. Sée a paru assurer que l’albuminurie physiologique a été parfaitement démontrée. « Mais par qui, où etquand ? » s’est écrié M. Millard ! et il a répondu ceci ; « Senatqr dit que l’albumine pourrait être décelée dans toutés les urines, pourvu que les réactifs fussent suffisamment sensibles ; » mais cette assertion est démontrée inexacte par les expériences de MM. Lecorché et Talamon. En effet, ces savants, ayant reconnu que les réactifs de Tanret et Millard décèlent l’albumine dans les solutions au 1/200000° et même au 1/300000% s’expriment comme ceci : « L’urine qui ne donne aucun précipité avec ces réactifs, en supposant qu’elle contienne de l’albumine, en contient donc moins de 0 gr.003 par litre. Dès lors, sans parler de l’inutilité pratique d’une pareille recherche et en se plaçant uniquement au point de vue théorique, si le filtre rénal est disposé de manière à ne pas laisser passer S milligrammes d’albumine par vingt-quatre heures, on peut aussi admettre qu’il est apte à n’en pas laisser filtrer la moindre trace. »
Cela est parfaitement juste : il y a des quantités si petites, de l’ordre des infiniment petits, qu’elles sont comme non avenues ; Malaguti et Sarzeaud ont trouvé l’argent dans l’eau de mer, mais il y est comme n’y étant pas 1
Voilà qui est clair : le rein peut ne pas laisser filtrer une trace d’albumine, l’urine peut ne pas en contenir et par conséquent il n’y a pas d’albuminurie physiologique et seulement une albuminurie pathologique.
Mais est-il besoin dele faire remarquer? Cette conclusion de MM. Millard, Lecorché et Talamon n’est légitime que dans un sens, celui relatif au réactif employé : il aurait fallu dire que l’urine ne contient pas ou que le rein ne laisse pas passer d’albumine décelable par les réactifs employés. Je serai obligé de parler des méthodes de dosage de l’albumine ou, plus exactement, des albumines dans l’urine. Mais je dois faire remarquer que les réactifs employés par ces savants ont trait à l’albumine ordinaire, l’albumine sans épithète.
savoir, celle du blanc d’œuf de poule et du sérum sanguin, que l’on confond encore trop souvent comme étant de la même espèce. C’est l’albumine du sérum que l’on suppose exister en nature dans l’urine et que l’on recherche et dose à l’aide de ces réactifs ; c est l’albuminurie physiologique relative à l’albumine du sérum dont ils ont péremptoirement démontré la nonexistence. Mais il y a une autre albuminurie physiologique que leurs réactifs ont' méconnue, ce qui doit mettre en garde contre l’emploi de certains de ces agents.
C’est donc vrai, il est parfaitement exact que i albumine du sang ne passe pas du rein dans l’urine pendant l’état de santé ; mais je me propose de démontrer, à l’aide de mes propres recherches et de celles de M. le D-- J. Béchamp, que cette albumine ne passe pas non plus dqns l’état pathologique. Oui, je démontrerai que dans l’urine normale, physiologique, il existe une matière albuminoïde spéciale, soluble, qui n’existe pas dans le sang et que, dans les urines pathologiques, à côté de cette matière spéciale, il existe d’autres albumines dont aucune non plus n’est celle du sang ; enfin, fait capital, je citerai des cas pathologiques où la matière albuminoïde spéciale de 1 urine saine disparaît complètement. , . , ^
Je reviens, maintenant, au différend qui est entre M. G. Sée et M. Millard au sujet de l’albuminurie physiologique, car il est de première importance. Pour moi, j’y ai vu, non sans étonnement, qu’un fmt capital pour le diagnostic des albuminuries est sinon formellement contesté ou nié, du moins encore discuté, s’est de savoir s’il existe, ou n’existe pas une albuminurie physiologique normale de l’état de santé et, on peut le dire, sans laquelle la santé ne serait pas parfaite? Le sujet en vaut la peine, car, c’est évident, aussi longternps que le fait paraîtra douteux et sera par conséquent discutable, toutes les recherches relatives à l’albuminurie resteront stériles et le diagnostic de ces maladies, quelle que soit leur origine ou leurs causes, sera incertain.
Eh bien, oui, M. G. Sée avait raison contre M. Millard : oui, il y a une albuminurie physiologique. Il est
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démontré, en effet, et cela depuis vingt-sept ans, que l’urine humaine, dans l’état de santé absolu, contient toujours^ et contient nécessairement, une matière albuminoïde soluble, pouvant, sous certains rapports être confondue avec les albumines, mais très spéciale sous d’autres rapports, dont la quantité, selon le sexe, l’âge, l’alimentation, le repos ou le travail, varie de 0 gr. 3 à 0 gr. 8 et davantage et peut atteindre à près de 4 grammes par litre. On voit par là, ce qui est démontré et a été confirmé, que nous sommes loin des quelques milligrammes ou centigrammes dont parlait M. Millard. On voit aussi la confiance qu’il convient d’accorder à l’emploi de ■ certains réactifs et à la méthode de dosage qui a conduit à la méconnaissance de la réalité.
Cependant M. Millard avait, de son côté, raison contre M. Sée ; car dans cette albuminurie physiologique on ne découvre jamais l’albumine normale du sérum, albumine que l’on a coutume de considérer dans les albuminuries.
Mais comment un fait aussi important, qui a été publié avec tous les développements qu’il comportait, dont je pourrai parler encore comme d’une nouveauté, est-il si complètement ignoré encore aujourd’hui? C’est tout simplement qu’il heurtait les opinions admises concernant la véritable fonction du rein, glande que l’on continue à regarder comme un simple appareil de filtration, mais qui filtre surtout parce qu’elle se nourrit. Et aussi parce qu’il allait contre les idées reçues touchant la nature de la matière albuminoïde soluble des urines pathologiques et des liquides des épanchements pléuraux, ascitiques, péricardiques et de l’hydrocèle de la tunique vaginale, etc., regardée comme étant l’albumine du plasma sanguin. C est ce dont on jugera par ce qui suit, que je suis obligé de faire connaître comme point de départ de la démonstration que j’ai en vue, puisqu’elle doit faire modifier les idées courantes sur les causes et la nature des albuminuries, lesquelles sont aussi variées dans leur nature que dans celle de leurs albumines.
Après cette exposition préliminaire, puisque je considère les albumines des albumineries maladives comme
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des albumines anormales oupatliologique,il sera nécessaire de définir avec précision les albumines normales ou physiologiques pour en distinguer celles-là. Alors je pourrai entreprendre utilement la démonstration que le rein n’est point un simple appareil de filtration, mais qu’il possède une fonction propre, dépendante de lafonction de nutrition, caractérisée par un produitde sécrétion qui lui appartient en propre.
Opinions des savants concebn'ant la nature de l’albumine
DES exsudations ET DE l’ ALBUMINURIE ET DE LA FONCTION DU
« L’albumine du sérum, disent deux savants allemands, est identique à l’albumine que l’on rencontre dans l’urine. » Et les auteurs attribuent à cette albumine le pouvoir rotatoire — 36 degrés, pour la raie D du spectre solaire (1).
D’autre part, Gubler pensait que « si l’albumine du sérum ne pouvait pas s’exosmoser à travers les membranes animales, il est clair qu’il faudrait imaginer des milliers de ruptures capillaires pour expliquer les extravasations chez les albuminuriques, mais qu’il n’est pas besoin de cette multitude d’effractions artérielles ; unsimple changement dans le filtre rénal suffit. » Et l’éminent professeur invoquait « la faculté diosmotique de l’albumine pour rendre compte de son apparition dans l’urine, à la condition toutefois de se souvenir que cette faculté ne peut s’exercer si le rein n’éprouve pas de changements anatomiques, d’où résulte la perméabilité de ses capillaires pour l’albumine, celle de toutes les substances colloïdes qui
\ Neubauer et Vogel. De l'urine et des sédiments urinaires. p. 84, etc. (Traduction française.)
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résiste le plus à la dialyse opérée par les membranes organiques (1). » , , • >
M. Bouchard semble aussi ne voir dans le rem qu un simple filtre : « Si, dit-il, vous injectez à l’animal l'urine du malade urémique, cette urine a perdu une partie de sa toxicité ; elle peut être moins toxique que l’eau distillée. Les poisons n’ont pas traversé les rems
qui laissent encore passer l’eau (2). »
Le rein était donc considéré comme passit, dans l’état de santé aussi bien que dans l’état pathologique. Par elle-même cette glande n’était pour rien dans la nature diverse des composants de f urine : tout ce qui peut s’y rencontrer, même l’albümine quelconque, n’est que le résultat d’une simple filtration et vient du sang.M.leD^J.Béchamp (3) a montré que l’on admettait pareillement la passivité des tissus en général. « En parcourant les ouvrages de médecine, on trouve mentionnée partout, dit-il, la notion de l’identité parfaite des liquides épanchés dans les diverses cavités et du sérum sanguin. On suppose qu’il y a simple transsudation des éléments solubles du sang à travers les parois des vaisseaux. » Et l’auteur fait voir que telle est la conclusion à laquelle aboutit M. Jaccoud à propos de l’hydropisie. « La paroi vasculaire, dit M. Jaccoud, ne laisse passer que les éléments dissous du sérum; elle retient les éléments suspendus... Lest une transsudation élective dont les caractères particuliers, variables dans les diverses régions organiques, sont déterminés par les propriétés diosmo-
tiques du vaisseau vivant... Z-’a/6?/mine, à l’état d’albumine pure ( I d’albuminate de soude, forme la plus grande pari<e des éléments solides du transsudai hydiopique, mais elle y est toujours moins abondante que
dans le sérum . Ce qui caractérise le processus
hydropique, c'est d’être un acte purement passif, où
l’activité des éléments histologiques «’inferaienf en >u'e?7,
pour ainsi dire, où tout se passe en vertu des lois phy-